LIVRE XVII
lions. Mais les assignats, qu'ils retiraient ainsi de la circulation, au lieu de rester oisifs entre leurs mains, comme ils l'avaient promis, étaient employés par eux dans les spéculations les plus hasardeuses. Pour faire face au remboursement des billets émis, ils n'avaient dans leurs portefeuilles que des signatures de gens très-peu solvables, dans leurs magasins que des mar-, chandises dont ils exagéraient audacieusement le prix .d'achat.
Un pareil état de choses ne pouvait longtemps subsister sans grand péril pour les fortunes privées et pour la tranquillité publique. Au mois de mars 1792, Lafond- Ladebat présenta à l'Assemblée législative un rapport à la suite duquel fut rendue une loi qui mettait toutes les caisses patriotiques, de confiance et de secours sous la surveillance et le contrôle immédiat des autorités municipales. Occupé de tout autres soins, ie Conseil général de la Commune de Paris n'exerça sur ces caisses qu'une surveillance peu efficace; les émissions de billets de confiance ne cessèrent pas d'être aussi désordonnées que par le passé.
Cependant les discussions qui avaient eu lieu dans le sein de l'Assemblée avaient fort ébranlé le crédit des caisses. Elles ressentirent le contre-coup de la secousse violente qui renversa le trône de Louis XVI et furent frappées de mort par la stagnation complète des affaires, suite naturelle des journées de septembre. La principale de ces banques, dite la maison de secours, suspendit ses payements; son gérant, un sieur Guillaume, fut arrêté comme prévenu de malversations
HISTOIRE DR LA TEHREUIt.
graves. Ce lui le signal d'une panique universelle.
Les ouvriers, les petits marchands, et spécialement tous ceux qui faisaient le commerce d'approvisionnement des halles, étaient habitués à opérer toutes leurs transactions avec des billets de confiance. Ils en avaient les mains pleines, parce que de plus habiles et de mieux avisés avaient su s'en débarrasser à temps. Il fallait attendre la liquidation de la maison de secours pour savoir ce que vaudrait le papier émis par elle. Mais les porteurs de ces billets de confiance pouvaient-ils attendre? Ces pauvres revendeurs, ces malheureux artisans étaient dans l'impossibilité d'exercer leur industrie, d'acheter même du pain, puisque la seule monnaie qu'ils possédassent n'avait plus de cours et que tout le monde la refusait. Dans leur embarras, ils s'adressaient à la municipalité, formaient des rassemblements tumultueux au marché des Innocents et sur la place de Grève, déclarant qu'ils sauraient bien obtenir de gré ou de force le remboursement de leurs billets contre des assignats de même valeur. Ils répétaient sur tous les tons qu'ils n'auraient pas accepté les soi-disant billets patriotiques si on ne leur avait pas assuré que l'émission en était faite sous le contrôle légal des magistrats du peuple.
Le conseil général de la Commune crut devoir s'emparer de l'actif et du passif de la maison de secours et opérer elle-même cette liquidation si embarrassée. Pour parer aux premiers besoins, elle fit verser sur les fonds de la ville û.00,000 livres dans la caisse de cette banque, puis s'adressa à l'Assemblée législative, qui accorda également une avance de 300,000 livres. Mais tous
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France