‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 113 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

les billets émis par la caisse venant en même temps à présentation, ces deux sommes farent absorbées eu quelques jours. Sur ces entrefaites, Ja Convention se réunit, et un des premiers objets*dont elle eut à s'occuper fut la demande formée par la Commune d'une nouvelle avance pour faciliter la liquidation de la maison de secours. Cette fois le chiffre de la demande montait à deux millions.

À l'annonce de ce chiffre exorbitant, le vigilant gardien du Trésor public, Cambon, éclate de colère. « De millions en millions, dit-il, on ruine la France pour le profit d'une troupe de voleurs qui, avec le moule d'impression signé Guillaume, ferontpasser toutes les papeteries de la République en billets de confiance. Il est temps que la Commune de Paris soit assimilée à toutes les autres communes delà République; je demande qu'au lieu d'accorder les deux millions, vous réclamiez le compte de l'emploi des trois millions avancés pour différents objets à la ville de Paris, et que l'on vous fournisse l'état de situation de la maison de secours. » Combattue par Osselin, Danton, Tallien, la motion de Cambon est adoptée par l'Assemblée4.

Mais bientôt la Commune revient à la charge. « On nous réclame à grands cris le remboursement des billets de la caisse de secours, disent ses-délégués, nous ne répondons plus de la tranquillité publique si l'on ne nous accorde pas une nouvelle avance. » La Convention presse son comité des finances de déposer le rapport qu'elle lui a ordonné de faire. Le 11 octobre, Cambon expose que le

< . 28 septembre. Journal fies Débats cl Décrets, n" ft, p. 452-154.

comité a examiné les comptes de la maison de secours et les a trouvés incomplets, insuffisants, non certifiés. « La municipalité, ajoute-t-il, n'a pas inspecté cette banque ainsi que le voulait la loi, elle n'en a jamais connu la situation vraie; jamais elle n'a pu obtenir le compte de l'actif. Depuis que le gérant Guillaume a élc arrêté, la municipalité a pris la gestion de la maison de secours, mais elle n'a pas fait apposer les scellés; elle s'est emparée des caisses sans inventaire. S'il fallait, dit en terminant le rapporteur, rembourser tous les billets de cette maison de banque, la nation perdrait 5 à 6 millions en outre des sommes déjà délivrées. La presque totalité de ces billets a été émise depuis que la loi a défendu les nouvelles émissions. Si la loi est ainsi méprisée et qu'on vienne ensuite nous demander de l'argent pour rembourser des dilapidations, nous n'en finirons pas et nous épuiserons le trésor public1. » Adoptant les raisons exposées par Cambon? la Convention passe à l'ordre du jour sur la pétition de la Commune.

Trois jours après, celle-ci ayant risqué une nouvelle démarche, Cambon s'écrie encore : « Si nous continuons les avances, le peuple perdra d'une main ce qu'il aura reçu de l'autre. Paris ne peut exclusivement préoccuper la' Convention. Il faut garder de quoi sauver la France. Peut-être Coblentz a-t-il des fabriques de ces . billets innombrables dont le remboursement épuiserait à la fin le trésor national? » — Tout ce qu'on peut faire, selon l'intraitable financier,

■1. Journal des Débats cl Décrets, n° 22, p. 396-398.

Page 1