‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 116 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

6,000,000. Que signifie ce changement de chiffre? — « La contradiction n'est qu'apparente, répond un membre de la députalion, La pétition d'hier ne provenait pas de la Commune, mais des quatre-vingt-seize commissaires des sections; et c'est pourquoi ils vous ont demandé six millions1! » À cette étrange explication, l'Assemblée reste stupéfaite. « Eh bienî continue ftouyer, comprenez-vous maintenant dans quelle anarchie d'administration les citoyens de Paris sont plongés? doit-il y avoir deux corps de représentants de la Commune? le souffrirez-vous?... Les autorités révolutionnaires doivent-elles exister après la Révolution? J'avais pensé que la Révolution était finie le jour que nous avons aboli la royauté. Qu'avons-nous à redouter eneore, si ce n'est l'anarchie? Je ne sais si vous êtes libres ici; aucun pouvoir ne vous l'assure. Je demande que le ministre de l'intérieur vous rende compte de l'état de Paris et qu'il vous dénonce les rebelles à la loi ; vous saurez bien les faire rentrer dans le silence !» — « Et moi, ajoute Camus, je demande que le directoire du département de Paris soit réintégré dans toutes ses fonctions, et que désormais la Commune ne puisse communiquer directement avec la Convention nationale. »

« Si la Commune a demandé les six millions, dit Tallien, c'était pour venir en aide à toutes les caisses de confiance de la République! » Cette explication était trop tardive, on la considère comme inventée pour le besoin de la cause. Afin de couper court à de nouveaux men-

i. Journal des Débats et Décrets, n° 37, p. 695.

HISTOIRE DE LA TE R ItEUIt.

songes, la Convention se hâte de décréter : « La Commune de Paris devra, dans les trois jours, douner l'état de situation de l'actif des maisons de secours de cette ville; dans le même délai, le ministre de l'intérieur fera rapport à l'Assemblée de l'état oit se trouvent, depuis le

10 août dernier, les autorités publiques à Paris, notamment le département, la municipalité et la Commune.

11 fera connaître les obstacles que l'exécution des lois éprouve en cette ville et les moyens d'y remédier. »

Loin de clore Ja discussion, le vote de ce décret semble en augmenter la vivacité. Kersaiot dénonce l'existence d'une assemblée de quatre-vingt-seize commissaires de section qui, sans faire partie du Conseil général, s'est emparée du service des subsistances. « Ainsi, dit ïe courageux girondin, cette partie si délicate de l'administration est livrée à je ne sais qui. »

Les amis des dictateurs de l'Hôtel de Ville nient le fait avec une indicible fureur. En vain le président Guadet les engage-l-il au calme, les menace-l-il d'un rappel à l'ordre; il lui devient impossible de dominer le tumulte. La droite demande que le président se couvre, que la séance soit levée. Mais Guadet, pour faire preuve d'impartialité et pour ramener le calme en détournant l'orage, accorde la parole h un autre membre de la députation de la Commune, qui l'a réclamée pour rectifier, dit-il, quelques faits. Le nouvel orateur a l'air doucereux et le parler tranquille. Petit et grêle, il n'a rien de l'encolure d'un tribun; c'est le fameux Bébert, le père Duchêne en personne. Le matin, en qualité de substitut du procureur-syndic.de la Commune, il prêche à l'Hôtel

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