‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 12 sur 236 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

accuser injustement plus tard. Ils voulaient, comme leurs adversaires, l'unité et l'indivisibilité de la république. Seulement, ils se préoccupaient des moyens d'abattre la suprématie de cette grande cité où l'influence commençait à leur échapper; après s'être appuyés sur les démagogues parisiens pour renverser ie trône de Louis XVI, ils voulaient briser l'instrument de leur triomphe, ou du moins le laisser à l'écart en transférant ailleurs le siège du gouvernement. C'était cette pensée qui s'était révélée à deux jours d'intervalle, à l'Hôtel de Ville par la bouche de Pélion, à la salle du Manège par celle de Gensonné, pensée qui, rappelée sans cesse et sous toutes les formes, devait plus que toute autre cause amener la chute du parti girondin. Car, à la longue, lous les citoyens de Paris, de quelque classe de la société qu'ils fissent partie, quelles que fussent d'ailleurs leurs opinions, devaient se sentir froissés, dans leur amour-propre comme dans leurs intérêts, en entendant chaque jour retentir à leurs oreilles la même menace. Dans tous les temps, mais particulièrement en temps de révolution, rien ne sert de menacer, il faut agir; c'est ce que ne surent jamais Brissot et ses amis; c'est ce que savaient Marat et ses adeptes.

Chaque jour les murs de Paris étaient couverts de nouveaux placards où l'Ami du Peuple prêchait le meurtre de tous ceux auxquels il soupçonnait le dessein de s'opposer à ses fureurs, et dénonçait d'avance aux vengeances populaires « ces hommes flétris par leur incivisme, ces hommes reconnus pour traîtres à leur patrie , ces hommes pervers , l'écume de l'Assemblée con-

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

HISTOIRE DE LA TIïllREUR.

stit uante et de l'Assemblée législative- » — « Français , s'écriait cet énergunoène, qu'attendez- vous d'hommes de cette trempe? Ils achèveront de tout perdre... si vous ne les livrez au glaive de la justice populaire dès l'instant qu'ils viendront à manquer à leurs devoirs... Nous sommes trahis de toutes parts,... par les ministres, les corps administratifs, les officiers généraux, les commissaires des guerres et la majorité pourrie de l'Assemblée nationale, centre de toutes les trahisons... 11 importe que la Convention nationale soit sans cesse sous les yeux du peuple, afin qu'il puisse la lapider si elle oublie ses devoirs *. »

C'était par ces cris de bêle fauve que le promoteur des massacres de septembre saluait l'arrivée de la nouvelle assemblée. Il avait été désavoué par la Commune, dénoncé à la Législative, mis au ban de l'empire comme le plus exécrable des scélérats. Mais que lui importait? L'action des lois ne- pouvait pas l'atteindre. Il était inviolable; il allait entrer triomphalement à ia Convention, accompagné de deux des principaux membres du comité de surveillance, Panis et Sergent; du procureur et du substitut de la Commune , Manuel et B'illaud-Va rennes, qui avaient harangué les assassins de l'Abbaye; de Danton, de Camille Desmouîins et de Fabre d'Églantine, qui avaient si fraternellement secondé au ministère de la justice leurs amis delà mairie.

Aussi bien il est temps de faire connaître par quelle

1 . L'Ami du Peuple, du '15 septembre, cilé dans l'Histoire parlementaire, tome XVIII, p. 40 à 42.

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