LIVRE XVI r
suspendu comme une menace sur la tête de la Commune. Peut-être attendait-elle d'avoir, en fait, rassemblé le noyau de cette garde avant d'en décréter, en droit, la formation.
La Convention ne tarda pas à s'apercevoir que, si elle avait risqué le coup d'audace que lui avait proposé Lidon, elle aurait trouvé derrière elle, dans Paris même, d'énergiques auxiliaires. Dès. le 20, le président de la section de la butte des Moulins écrit à la Convention pour lui déclarer que cette section n'a nullement participé à l'adresse présentée le 49 et qu'elle en désapprouve le style et la forme. Le 21, Popincourt et la Fontaine de Grenelle envoient des délégués faire à la barre de l'Assemblée nationale les mêmes déclarations1. Le président Guadet leur répond :
« Citoyens, les agitateurs cherchent à égarer les
Chabot. C'est le montagnard qui demande que l'on fixe un jour pour la discussion définitive du projet de la garde départementale; c'est e girondin qui répond qu'il y a à l'ordre du jour des questions plus urgentes, qu'il faut avant tout terminer les lois sur les corps administratifs, sur les émigrés et sur les subsistances. Cet incident, curieux à noter, eut lieu dans la séance du 19 octobre, une heure avant que les délégués des quarante-huit sections ne fussent introduits. Probablement les girondins attendaient les Marseillais de Barbaroux qui n'arrivèrent que le 21 octobre f voir plus loin p. 268.)
1. Quelques jours après les sections Mirabeau, des Tuileries, de Molière et Lafoutaine, de la Fraternité, du Marais adhérèrent à ces protestations.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
HISTOlItli DE LA TEttBEUR.
citoyens de Paris ; votre pétition en est une double preuve. On nous avait présenté une adresse comme le vœu de quarante-huit sections; vous la désavouez. On vous a fait croire que la Convention nationale a l'intention de créer une garde pour elle; on vous avait trompés. C'est pour vous, citoyens, c'est pour la ville de Paris; c'est pour assurer l'unité de la République. Au reste, c'est à vous à éclairer vos concitoyens, à vous qui réunissez au civisme pur les lumières qui captivent la confiance 4. »
En même temps que certaines sections parisiennes se détachaient résolument du faisceau que la Commune avait espéré former contre la Gironde, les municipalités de province et les administrations départementales envoyaient des adresses approbatives du décret présenté par Buzot. A ces démonstrations écrites, qui affluaient de tous les points de la France, vint bientôt s'ajouter une autre démonstration plus significative encore. Le dimanche 21 octobre, apparaissent à la barre les délégués du bataillon marseillais, dont Barbaroux a déjà annoncé plusieurs fois l'arrivée à la Convention.
« Nous venions des bords de la Méditerranée, dît Lallemand, leur orateur, offrir notre sang à nos frères de Paris menacés par les soldats des despotes. Mais les jours de péril sont passés, et les seuls ennemis qui nous restent à combattre ici sont les agitateurs avides de tribunal et de dictature. Nous vous offrons nos bras contre eux... Citoyens représentants, vous appartenez
1. Le Moniteur ne donne pas celte réponse du président; elle se trouve dans le Journal des Débats et Décrets, p. b92.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France