‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 125 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

aux quatre-vingt-trois départements, vous êtes donc à nous comme aux citoyens de Paris, et le service militaire auprès de vous, auprès des établissements publics , est un droit commun à tous les soldats de la patrie, dont nous vous demandons l'exercice. Nous savons que certains hommes disent aux Parisiens que cette réclamation est une injure, comme s'il était injurieux pour eux de reconnaître que nous sommes leurs frères et que nous avons les mêmes droits. Nous savons encore qu'on leur répète que la Convention nationale veut établir autour d'elle une garde prétorienne. Un mot répond à celte calomnie : Nous y serons! Les enfants de Marseille savent obéir comme ils savent se battre; ils haïssent les dictateurs comme les rois, et vous pouvez compter sur eux pour le maintien de vos lois contre les hommes qui n'en voudraient aucune1. »

A peine la députation marseillaise a-t-elle quitté ïa barre qu'une autre députation s'y présente au nom des hommes du ili juillet et de la section des quinze-vingts. L'orateur n'est autre que Gonchon, le plus célèbre comme le plus verbeux des orateurs populaires. Nous ne le suivrons pas dans la série interminable de ses axiomes politiques, de ses comparaisons ampoulées, de ses phrases sentimentales. Il y avait de tout dans son discours, des appels réitérés à la concorde, des éloges pompeux donnés au peuple de Paris, des malédictions contre

1 . Le discours de l'oraieur marseillais est beaucoup moins complet d ans le Moniteur, nfl 296 que dans le Journal des Débats el Décrets, n° 32, p. 580.

la loi martiale, des paroles d'amitié adressées aux frères des départements *.

Au fond, quel était le but de cette harangue dont l'auteur avait des relations secrètes avec Roland et ses amis, et à laquelle le président Guadet fît une réponse aussi sympathique que possible2? La Gironde était, à la fin d'octobre, dans le plus fort de sa lutte avec la Montagne, elle avait l'appui évident des départements; elle voulut sans doute, par une,habile diversion, apaiser les préoccupations parisiennes et donner un gage de la modération avec laquelle elle userait de la victoire qui semblait De pouvoir lui échapper.

Ce furent très -probablement les girondins ou au moins quelques membres de ce parti , les intimes de la maison Eoland, qui suscitèrent la pétition Gouchon. Les inspirateurs du soi-disant délégué du faubourg Saint- Antoine lui avaient permis de donner libre carrière à son éloquence, pourvu que, dans sa conclusion, il adhérât au principe d'une garde dont les départements fourniraient les principaux éléments; ils l'avaient même autorisé à demander, pour gage d'alliance entre l'Assemblée et les masses populaires, l'abrogation de la loi en

4. Le discours de (ronchon se trouve in extenso au Moniteur, n* 299, et au Journal des Débats et Décrets, n° 34, page 634. . 2. Voici le texte même de la réponse de Guadet :

v Estimables et généreux citoyens, vous parlez de la liberté comme vous savez la défendre. Rien n'égale votre amour, si ce n'est l'énergie avec laquelle vous la proclamez, et lorsque je vous parie ainsi, je ne flatte pas, je raconte. Car, si la liberté pouvait se perdre dans la république française, elle se retrouverait au faubourg Saint-Antoine. La Convention nationale vous invite à sa séance. »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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