‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 128 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Chabot et insiste pour que Roland soil immédiatement mandé à la barre; la Gironde veut que la conduite du ministre, bien loin d'être incriminée, reçoive de ('Assemblée une approbation formelle. Quelques députés allant beaucoup plus loin demandent que l'on suspende à l'instant même le conseil général de la Commune. Ces diverses propositions s'entrecroisent et soulèvent un inexprimable tumulte. Cependant il s'apaise un instant lorsque l'on voit Barrère monter à la tribune. La partie flottante de l'Assemblée s'était engouée de cet homme qui devait bientôt mériter un si triste renom par sa lâcheté, ses trahisons et ses rapports à deux tranchants; elle le regardait comme son représentant le plus accrédité, comme son oracle le plus sûr. L'influence, que cet orateur à double face avait déjà acquise, il cherchait à la consolider en affectant de tenir la balance absolument égale entre les girondins et les montagnards.

Barrère commence par tonner contre la Commune pour avoir le droit de conclure contre Roland. « Je demande, dit-il, que le conseil général qui a si souvent donné et qui donne encore en ce moment l'exemple de la violation des lois, soit immédiatement suspendu. Ce corps , né de l'anarchie, doit disparaître avec l'anarchie. Je demande aussi que le ministre de l'intérieur soit sans retard mandé à la barre et interrogé sur la manière dont il a été informé de l'envoi des paquets confiés à la poste. C'est pour l'honneur même du ministre que je fais cette proposition. Quoiqu'il ne soit pas directement accusé, le soupçon a plané sur sa tète. Vous ne pouvez l'y laisser plus longtemps. »

La première proposition n'avaiL été présentée par Barrère que pour faire plus sûrement accepter la seconde. Il n'insiste pas sur la suspension de la municipalité, mais il fait adopter le décret qui mande Roland à la barre. Celui-ci y obéit sur-Ie-cliamp, et vient donner à l!Assemblée les explications qui lui ont été demandées.

« J'ai, dit-il, suspendu l'envoi des paquets parce que je savais qu'ils contenaient des exemplaires d'une adresse soi-disant émanée des quarante-huit sections parisiennes, adresse que la Convention a improuvée, que plusieurs des sections auxquelles on l'attribuait ont rétractée, adresse qui tendait à discréditer les représentants du peuple dans l'esprit de leurs commettants et était de nature à porter le trouble dans les départements. Ces paquets étaient d'ailleurs revêtus du contre-seing d'un homme qui le désavouait.

(i — Mais comment, dit le président, qui interrogeait le ministre au nom de l'Assemblée, avez-vous eu connaissance de cet envoi?

« — J'ai reçu un billet d'une personne qui avait coopéré à faire les paquets. Cette personne, je ne dois pas la nommer, parce que je puis bien me compromettre pour le salut public, mais je ne puis compromettre celui qui m'a donné un avis de confiance et par zèle pour la République1. »

Merlin (de Thionville) essaie de parler contre Roland, mais il est interrompu par les murmures de l'immense majorité de l'Assemblée. « On veut donc, s'écrîe-t-il, tuer

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