LIVRE XVII
la République? Si l'on s'acharne contre la municipalité parisienne, c'est que Ton veut donner à Louis XVI et à l'infâme Marie-An toi nette le doux plaisir de voir égorger ceux qui les ont mis daus la tour du Temple? »
En jetant ainsi dans le débat le nom d'illustres prisonniers, Merlin cherchait a le passionner encore davantage; ceta n'était guère nécessaire, car depuis une heure, les colères bouillonnaient au fond des cœurs et éclataient à chaque instant par les plus violentes interruptions. Les amis de la Montagne aussi bien que ceux de la Gironde sentaient que celte querelle, qui avait l'air presque puérile puisqu'elle s'agitait à l'occasion de quelques paquets d'imprimés arrêtés momentanément à la poste, résumait en réalité tous les dissentiments qui creusaient un abîme de plus en plus infranchissable entre les deux partis de la Convention.
En vain Barrère lente-t-il de contenter tout le monde en déclarant qu'à ses yeux « la municipalité et le ministre sont également coupables, le ministre, parce qu'il n'a pas consulté la Convention avant d'opérer la saisie des paquets; la Commune, parce qu'elle a essayé d'expédier des paquets faussement contresignés. » La gauche veut absolument que l'Assemblée déclare que Roland a violé le secret des lettres. La droite s'y oppose avec non moins d'énergie. L'agitation prend un tel caractère de violence que le président se couvre et fait inscrire nominativement au procès-verbal Merlin, le provocateur du scandale. Enfin l'Assemblée, longtemps indécise, semble vouloir prendre un parti décisif. Elle passe à l'ordre du jour sur tout ce qui concerne la conduite du ministre, et
accorde la parole à Harbaroux, qui annonce avoir à faire les propositions les plus importantes pour le salut de la République.
« L'anarchie règne autour de nous, dit le fougueux marseillais, et nous n'avons rien fait pour la réprimer. Les provocateurs au meurtre, les administrateurs infidèles, les souleveurs d'une poignée de citoyens égarés sont encore triomphants; n'est-ce donc plus ici la volonté nationale qui commande? Les représentants de vingtcinq millions d'hommes doivent-ils courber la tête devant trente factieux? Nous n'avons pas assez calculé les conséquences terribles de notre longue patience. Quelle opinion les peuples, chez lesquels nous allons porter la liberté, peuvent-ils se former de notre République, lorsqu'ils voient le crime siéger à côté de la vertu , les dictateurs respirer le même air que les hommes du lli juillet? »
L'orateur girondin démontre que, si les désordres ne sont pas promptement réprimés, fa Convention se déshonorera à la face de l'Europe, et laissera la démagogie parisienne entraîner la France à l'abîme. Discutant les calomnies des désorganisateurs, il prouve qu'il n'y a point de parti qui veuille une république fédérative. Il somme Marat de dénoncer les traîtres qu'il accuse dans son journal de vouloir démembrer la patrie. Il affirme que les citoyens que l'on intitule fédéralistes sont précisément ceux qui, depuis dix ans, combattent ce système de gouvernement. « Le projet d'une garde départementale, ajoute-t-il,a aussi servi deprétexteaux plus absurdes calomnies. Sans doute, Paris ne veut pas opposer sa volonté à la volonté de quatre-vingt-trois départements. Il