LIVRE XVII
saires des jacobins et des sections révolutionnaires les injures les plus vives, les comparant à Sylla, César et Cromwell? Nullement. Autant il était audacieux et insoT lent lorsqu'il se trouvait dans son milieu habituel, en présence d'un auditoire dont il avait toutes les sympathies; autant il est souple et obséquieux lorsqu'il est vis-àvis de la représenlation nationale1. L'embarras de l'orateur se traduit par l'incohérence et l'emphase de son discours. « Si la justice et la vérité, dit-il, étaient exclues de la (erre, ce serait ici qu'on pourrait les retrouver. Je prie, au nom du salut public, les législateurs de m1 entendre jusqu'au bout. Jl faut vous rappeler ce qu'est aujourd'hui le conseil général. Au 10 août, il était composé d'hommes vigoureusement patriotes; c'étaient des hommes fermes dans les principes. Peu d'entre eux, il est vrai, étaient capables d'administrer une aussi grande ville. Quelque temps après, le conseil changea de face : eh bien! la face de ce conseil est encore changée depuis. Le petit nombre d'hommes qui compose le conseil est bien décidé à faire cesser cette lutte exécrable de quelques anarchistes. Les lâches sont toujours cruels; ils ont quitté leur poste. Ceux qui sont restés se sont écriés tous : Périsse le conseil de la Commune plutôt que la jranquil- -fité publique soit troublée, que le salut du peuple soit •compromis! »
Chaumette fait à moitié l'aveu des crimes que l'on
4 . Voici comment M. fllichaïet s'exprime sur Chaumette à l'occasion de ce discours (tome IV, p. 479} : « Chaumelle vint, a plat ventre, se roula dans la bassesse d'une hypocrite humilité, déclama contre les anarchistes { c'est-à-dire contre lui-même). »
284 HISTOIRE DE LA. TERREtUS,
reproche au conseil général; en son nom, if en promet la punition. « Il y a eu des prévaricateurs clans la Commune) s'écrie-t-il, le petit nombre d'hommes purs qui siègent au conseil les mettra sous la hache de la loi !... Nous dénoncerons nous-mêmes ceux d'entre nous qui ont commis des dilapidations, mais vous ne confondrez pas les innocents avec les coupables.... N'altérez pas la confiance des citoyens en nous!... Comment voulez-vous que nous arrêtions les provocateurs au meurtre, que nous empêchions les insurrections d'éclater, que nous démasquions les pervers qui les excitent? » — Arrivant enfin au fait particulier sur lequel il est tenu de s'expliquer, Chaumette n'entre dans aucun détail, mais il désavoue tout ce qui a pu froisser la représentation nationale. « Le conseil général, des qu'il a eu connaissance du décret qui improuvait l'arrêté municipal du 19, a fait suspendre l'envoi de celte malheureuse pétition qui nous a tant agités. Quant au contre-seing, s'il a été appliqué sur des paquets déjà préparés pour la poste, c'est par suite d'un usage établi depuis longtemps. Cela s'est toujours fait sans que le maire en fût instruit. Si le conseil général a paru donner son assentiment à la pétition contre la garde départementale, c'est qu'il a cru ne devoir pas résister au vœu exprimé par les commissaires de section. Ces commissaires ne représentaient pas tout Paris, mais la majorité des sections parisiennes. »
La Gironde s'estime satisfaite des explications de Chaumette; elle les croit assez humiliantes pour la Commune et se figure que son ennemie sera d'autant plus vaincue et abaissée devant l'opinion publique, que la