LIVRE XVII
Convention se montrera plus dédaigneusement généreuse envers elle. Puisque la pétilion n'a pas été envoyée, puisque le conseil général confesse qu'il a eu tort de l'approuver, puisqu'il reconnaît qu'elle n'avait pas l'aveu de toutes les sections, Pétion et Lasource eux-mêmes invitent leurs collègues à décerner les honneurs de la séance aux municipaux repentants et à voter l'ordre du jour.
L'Assemblée ne paraît pas vouloir se montrer aussi indulgente que les chefs de la Gironde. Ce n'est qu'à la suite de deux épreuves douteuses qu'elle accorde en ces termes un bill d'indemnité à la municipalité parisienne:
« La Convention nationale, après avoir entendu la « lecture de l'arrêté de la Commune du 30 octobre *, « passe à Tordre du jour sur le délit de celle Commune « compris dans l'envoi à la poste des paquets arrêtés « hier par ordre du ministre. »
Enfin, pour consacrer religieusement le principe de l'inviolabilité du secret des lettres, l'Assemblée décrète que les paquets arrêtés à la poste seront rendus aux expéditeurs sans avoir été ouverts2.
4. Cet arrêté était ainsi conçu ; « Le conseil général, par respect pour la loi, passe à l'ordre du jour et arrête que la loi sera envoyée aux quarante-huit sections. » L'espèce d'amende honorable que s'était imposée lu municipalité parisienne était, on le voit, formulée dans des lermes d'un sécheresse assez significative.
2. Cet exemple du respect des principes donné par la Convention sera vite oublié par les démagogues parisiens, en faveur desquels ce bill d'indemnité avait été prononcé. Comme ils l'avaient fait au 10 août, ils violeront encore le secret des lettres au 31 mai, lorsqu'ils pourront se venger sans pitié ni merci de l'insultante générosité do la Gironde.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
IIIST0I11E DK LA T EUR EUH.
VIÏ1.
La commission des Six, devenue depuis la commission des Neuf, avait été chargée de préparer, en outre du projet de loi sur l'organisation de la garde départementale, un décret contre les provocateurs au meurtre et à l'assassinat1. Buzot fut encore choisi par la commission pour lui servir d'organe; il déposa son second rapport le 27 octobre. Il ne s'y dissimulait pas que la loi, proposée par ses collègues et lui, touchait aux immunités de la presse, « que des républicains voulaient voir jouir d'une liberté indéfinie; » mais il se hâtait d'ajouter : « Nous sommes devant une nécessité triste et pressante; nous sortons a peine, ou plutôt nous sommes encore environnés de ces révolutions qui donnent à l'espèce humaine tout son ressort, mais qui développent en même temps toutes les passions dont une société corrompue a nourri toutes les semences. Ainsi, d'une part, l'élévation du caractère, l'énergie des sentiments, l'activité de l'esprit, la grandeur de l'enthousiasme animent et exaltent les natures généreuses, tandis que la basse stupidité, la cruelle envie, l'ambition désordonnée, la défiance sanguinaire, la rage de détruire, la fureur de dominer égarent, d'autre part, ces individus malheureux dont les vices de l'ancien gouvernement avait opéré i'avilissementet préparé les crimes. L'affreuse association de tous les vices et de tous les