LIVRE XVIt
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crimes produit bientôt les effets qu'on doit en attendre. Le peuple, toujours agité, toujours misérable, finit par regretter ie repos du despotisme et s'y laisse entraîner par lassitude et par épuisement. Voilà où les Français arriveront infailliblement, si vous ne les arrêtez pas d'une main ferme et hardie sur le bord du précipice, où de perfides flatteurs veulent les précipiter... C'était dans le profond silence de la retraite et du recueillement que les anciens législateurs méditaient le bonheur des hommes. Sera-ce au milieu du frémissement des passions les plus sanguinaires, des torches qu'elles agitent, des poignards qu'elles appellent que nous pouvons poser froidement les bases de la félicité d'une grande nation?... Au sortir des scènes désastreuses de ces derniers temps, sachons imposer à l'agitation, à. la malveillance, à la perversité; qu'une loi provisoire, mais nécessaire, austère et sage, réprime les passions cruelles qu'ont enfantées nos discussions politiques. »
Le rapport de Buzot était suivi d'un projet de décret, aux termes duquel toute personne qui, par des placards ou affiches, par des écrits publics ou colportés, par des discours tenus dans des assemblées publiques, aurait provoqué ou conseillé à dessein le meurtre, l'assassinat ou la sédition, devait être' puni de douze ans de fers, si le meurtre ou l'assassinat ne s'en était pas suivi, de mort, si le meurtre ou l'assassinat avait été perpétré. Les imprimeurs devaient être punis de quatre années de gêne, et les colporteurs de trois à six mois d'emprisonnement.
Le rapport et le projet de décret sont reçus avec de très-vifs applaudissements. On demande que la discus-
sion soit aussitôt entamée; mais sur l'opposition de plusieurs membres, la Convention décide que le projet présenté par Buzot sera mis à l'ordre du jour du surlendemain *.
Au même instant Gensonné réclame la parole, et annonce qu'il désire appeler l'attention de l'Assemblée sur une motion urgente, qu'il regarde comme indispensable pour éteindre tout esprit de parti et déjouer toute espèce d'intrigue. « Il faut, s'écrie-t-il, réduire à néant les calomnies de ces hommes qui ne feignent de servir le peuple que pour le tromper, qui ne respirent qu'au milieu des proscriptions et des meurtres; de ces hommes qui sont déjà aux aguets pour attaquer l'œuvre constitutionnelle que la Convention s'apprête à élever, pour propager le désordre, établir l'anarchie en système, et préparer la division violente de toutes les parties de la République et l'infaillible résurrection du despotisme. Otez à ces hommes un puissant prétexte d'accusation contre vous, en prouvant à tous votre absolu désintéressement. Songez que l'Europe vous regarde. Partout les despotes' publient que l'abolition de la royauté en France^ est l'ouvrage d'une poignée de factieux qui veulent s'en partager les dépouilles. Eh bien ! voici votre réponse : Décrétez qu'aucun membre de la Convention nationale ne pourra accepter et remplir une fonction quelconque que six ans après l'établissement de la nouvelle constitution.
« — Oui ! oui ! » répond l'Assemblée, qui, tout en-