‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 136 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Pendant que la discussion d'un décret, qui ne devait pas être exécuté, retardait celle de la loi contre les provocateurs au meurtre et à l'assassinat, les plus mauvaises nouvelles arrivaient des départements. La Vendée, déjà fort agitée durant les derniers jours de la Législative, commençait à courir aux armes. Dix mille paysans s'étaient emparés de Chàtillon et marchaient sur Bressuire. Ils avaient été, à la vérité, repoussés par la levée eo masse des gardes nationaux des" Deux-Sèvres ; mais ce premier mouvementavorté en annonçait manifestement un beaucoup plus considérable. La captivité de Louis XVI et le massacre des prêtres dans les prisons avaient poussé au paroxysme les passions royalistes et catholiques des populations de l'Ouest.

A Lyon, des émeutiers avaient forcé tes portes du magasin qui renfermait la guillotine, et l'avaient établie en permanence sur la place de la Maison Commune. Les prisons, déjà si tristement visitées par le meurtre le 9 septembre, avaient été de nouveau envahies. Sept détenus en avaient été arrachés; deux avaient péri, malgré tous les efforts des officiers municipaux , qui n'avaient pu sauver les cinq autres qu'en risquant leur propre vie.

Le ministre de l'intérieur, dans la lettre par laquelle il avertissait la Convention de ces lamentables événements, réclamait le vole immédiat d'un décret qui

ordonnât, conformément à la demande même du conseil général de Lyon , le renouvellement intégral de Ja municipalité. Vitet, le courageux maire de la seconde ville de France, qui s'était démis de ses fonctions pour venir siéger à la Convention, s'empresse de confirmer ce qu'écrit Roland, et de convertir sa demande en motion. « Le conseil général, dit-il, n'est plus composé que de seize membres au lieu de soixante-trois. La municipalité est sans maire, sans force et sans moyens. Tous les désordres que l'on vient de retracer à vos yeux sont l'ouvrage de commissaires se disant envoyés par la Commune de Paris. Us ont jeté parmi les Lyonnais les soupçons, les détiauces ; ils ont prêché le mépris des lois et des autorités constituées. Les agitateurs de Lyon sont en correspondance avec les agitateurs de Paris. L'anarchie est a son comble; les propriétés sont violées, les massacres se renouvellent sans que les assassins soient poursuivis et punis: il est temps que les lois ne soient plus enfreintes, que les autorités constituées soient respectées, que la liberté ne soit plus confondue avec la licence et que le crime soit également puni dans toute la République1. « Legendre, l'un des commissaires envoyés le mois précédent avec Vitet et Boissy d'Anglas pour rétablir le calme dans le chef-lieu dé Rhône -el-Loire, veut atténuer les allégations de l'ancien maire; il affirme « que lorsqu'il a quitté Lyon, les lois étaient respectées, les citoyens unis et frères. » Mais, sans daigner prendre

4. Nous avons retrouvé le discours entier de Vilel. Le Journal des Débals et Décrets, n" 39, p. 722, en donne un résumé. Le Moniteur, n" 304, le mentionne à peine.

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