LIVRE XVII
en considération ce que vient de dire le boucher parisien, la Convention décrète que la municipalité lyonnaise sera renouvelée sur-le-champ, que trois commissaires pris dans son sein seront de nouveau envoyés pour rétablir l'ordre et faire respecter les lois. Les commissaires élus sont, comme la première fois, Vitet et Boissy d'Anglas. Legendre seul est remplacé par Delacroix (de la Marne) . Par cette exclusion, la majorité montrait assez la tendance qu'elle avait à soutenir résolument les opinions et les hommes de la Gironde et à écarter de toute mission importante les Montagnards que, dans son impartialité, elle avait d'abord appelés à y prendre part dans une certaine proportion 4.
A peine cet incident est-il terminé que des délégués des tribunaux criminels siégeant à Paris demandent à être entendus. C'est le célèbre avocat Target, naguère membre de l'Assemblée constituante et maintenant président de l'un des tribunaux parisiens, qui est à la tête de la députation 2.
L'orateur rappelle les principales dispositions de la loi sur l'instruction criminelle, puis il ajoute : « Citoyens, voilà la loi et voici les faits : Les prisons ont élé vidées il y a sept semaines par une sanguinaire catastrophe; elles sont déjà remplies. On ne sait par quels motifs tant
i. Le rapport des nouveaux commissaires envoyés à Lyon se trouve au Moniteur, n" 324; l'approbation des mesures financières qu'ils proposèrent est consignée au n*> 330.
%. Journal des Débats et Décrets, n°39, p. 721 . Le Moniteur, n" 303, consacre quelques lignes seulement à l'annonce de cetie députation; mais il n'en nomme pas l'orateur.
HISTOIRE DE Là TIÎRREUR.
i!o citoyens sont arrêtés; les écrous ne sont point en règle, et aucune plainte n'a été portée aux tribunaux par les ofltciersde police. Ainsi la Commune réduit les tribunaux à l'inaction; de. là vient que les citoyens d'une république sont plus opprimés qu'on ne l'est sous le despotisme. Les ambitieux d'un jour, les déprédateurs qui ne peuvent cacher leurs malversations que dans les troubles, saisissent ces prétextes pour faire croire au peuple que la loi est impuissante, pour l'égarer, l'agiter et le porter à des excès. » En conséquence les pétitionnaires demandent qu'il soit nommé dans chaque section deux commissaires- visiteurs des prisons, lesquels prendront connaissance des noms des personnes incarcérées, de l'état des écrous et de la manière dont les prisonniers sont traités. Ils rendrontcompte à ia Convention de toutes les violations de la loi qu'ils auront pu relever.
La pétition de Target est couverte d'applaudissements. Kersaint s'écrie : « Vous voyez qu'on appelle l'ordre et les lois de tous les côtés. 11 est temps de punir le crime. Quand on .n'a plus de roi, c'est la .loi qu'il faut mettre sur le trône. » Hérault-Séchelles annonce que le comité de sûreté générale s'est déjà occupé, depuis le décret du 8 octobre1, de l'état des prisons de Paris, qu'il s'en occupe avec la plus grande sollicitude et qu'il sera bientôt en mesure de présenter son rapport.
i . Le décret du 8 octobre était ainsi conçu :
« La Convention nationale décrète que les citoyens détenus dans les maisons qui ne sont ni prisons, ni maisons d'arrêt, seront transférai dans le délai de quinze jours dans les prisons et maisons d'arrêt établis par la loi; ledit délai expiré, tout citoyen contre lequel il n'y