LIVRE XVII
étaient inséparables de la Révolution, comme l'a trèsbien expliqué dans son récent rapport le ministre de la justice, Garât1. Sans doute, tout républicain a le droit d'appeler les vengeances de la justice contre ceux qui n'auraient excité des mouvements révolutionnaires que pour assouvir des vengeances particulières, mais il ne faut pas que, par amour passionné de l'ordre et des lois, on aille jusqu'à voir sous la couleur de l'esprit de faction et de grand complot d'État, ce qui n'est peut-
1 . Garât (voir tome 111 de cet ouvrage, p. 616) avait présenté, le octobre, un rapport dans lequel il posait cette question : a Les prisonniers mis en liberté dans les journées des 2, 3 et 4 septembre doivent-ils èlre poursuivis de nouveau pour les délits dont ils étaient accusés, ou bien les craintes auxquelles ils ont été en proie, les horreurs de ta mort qu'ils ont éprouvées par la situation où ils se sont trouvés, ont-elles expié Fuffîsamment les crimes dont ils pourraient être coupables? doit-on se borner à prononcer la déporta-, lion contre ceux qni sont coupables d'assassinat? »
Un Jong extrait de ce rapport est donné au Moniteur, n* 348. Dans ce document le ministre de la justice avait parlé des événements de septembre d'une manière tout autre que son collègue de l'intérieur en parlait huit jours après. An milieu delà phraséologie sentimentale dont Garât avait orné son rapport, il y avait des passages qui avaient été fort appréciés par Danton et ses amis, ceux, par exemple, dans lesquels Giirat reconnaissait aux habitants de la ville, où siègent les autorités constituées, le droit et le devoir de s'insurger au nom de la nation Entière, toutes les fois que, de leur autorité privée, ils jugent la souveraineté nationale en danger. C'était reconnaître a Paris, suivant l'expression même de Garât, la représentation du droit insurrectionnel de la nation. De pareils principes étaient trop conformes aux pratiques, dontavait déjà usé la démagogie parisienne et dont elle comptait bien user encore, pour qu'elle hésitât à couvrir de sa protection spéciale le ministre qui venait de leur donner une consécration si éclatante.
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être que la réunion d'intrigues petites et misérables dans leur objet comme dans leurs moyens... Réunissons nos efforts pour faire cesser l'agitation tle quelques ressentiments et de quelques préventions personnelles. Ne nous laissons pas effrayer par de vains et chimériques complots dont on serait bien embarrassé d'avoir à prouver l'existence. Pour moi, je n'ai accusé personne et je suis prêt à repousser toutes les accusations; je suis inattaquable. Je demande que la discussion soit fixée à lundi prochain (5 novembre), afin que ceux qui veulent accuser et ceux qui auront à se défendre aient le temps de se préparer au combat auquel on semble nous défier. »
Buzot répond à Danton : « Je pense que l'Assemblée ne doit pas prendre le change sur le véritable état de la question; la Convention nationale ne doit pas être transformée en un club; cette auguste enceinte n'est pas une arène de gladiateurs se battant les uns contre les autres pour des passions privées. Vous devez vous occuper uniquement de ce qui a trait à la Commune de Paris. Le mémoire du ministre contient à cet égard des faits importants. Il faut vérifier les faits; s'ils sont vrais, y appliquer des remèdes; s'ils sont faux» prendre des mesures contre le ministre. Quant à Robespierre, s'il se trouve calomnié, qu'il s'adresse aux tribunaux.
Robespierre. — « En ce cas, que la Convention fasse les frais du procès. »
Le président, avec un sourire ironique. — « Voulez-vous que je mette votre proposition aux voix ? »
' Robespierre. — « La Convention a fait les frais de l'impression de l'accusation, elle doit aussi, si elle ne
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