‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 145 sur 236 · LIVRE XVII. \ 30 i · texte numérisé non relu

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veut pas m'en tendre, faire les trais de l'impression de ma défense. »

On rît et l'on murmure. — Le député de Paris s'élance à la tribune; mais le président l'arrête d'un mot. h Robespierre, dit-il, je vous rappelle à Tordre et à votre place. »

Kebecqui ajoute en le menaçant du geste : « Je demande que cet individu n'exerce pas ici le despotisme de la parole qu'il a su exercer ailleurs. »

Aussitôt que le tumulte suscité par cet incident est quelque peu apaisé, Buzot reprend : « Je veux éloigner de moi cette discussion sur les personnes, déjà trop longue et trop fastidieuse. Mon intention n'est pas de jeter de nouveaux ferments de troubles dans cette assemblée. Vous avez demandé au minisire de l'intérieur un rapport sur l'état actuel de la ville de Paris. Il vous présente les faits, le résultat de ses investigations, les moyens de remédier au mal. On vous demande de discuter le rapport, et pourquoi? Est-ce pour 'renouveler les divisions et les personnalités? Il s'agit ici des choses et non des hommes. Je vous ai présenté, au nom d'une commission nommée par vous, deux rapports, l'un sur la garde départementale, l'autre sur les provocateurs au meurtre. Je demande que vous vous occupiez le plus tôt possible de ces deux propositions, et surtout de la dernière. Ceux qui trouvent qu'il est bon que l'on puisse assassiner ou provoquer à l'assassinat, tandis qu'il est défendu, par les lois, de menacer même la maison de son voisin, pourront nous faire part de leurs idées. Je tâcherai de leur répondre. Mais à moins que de laisser le champ libre à

toutes les passions haineuses, il est impossible d'établir une discussion sur le rapport du ministre en lui-même : il faut le renvoyer à la Commission et le discuter en même temps que le projet de décret auquel il sert de commentaire. »

La Convention prononce la clôture de la discussion et le renvoi du mémoire de Roland à la commission des Neuf. Mais, aussitôt après le vote, Robespierre veut protester contre cette décision qu'il prétend avoir été surprise à l'Assemblée. Sa voix est couverte par les murmures de l'immense majorité des députés. Comme il insiste, Louvet demande à motiver l'accusation qu'il a annoncée une heure auparavant et qu'il est prêt à justifier ù l'instant même. En vain la Montagne réclamet-eUe l'ordre du jour. La curiosité l'emporte sur l'impartialité. Louvet a la parole contre Robespierre.

Louvet débute ainsi : « Une grande conspiration a un instant menacé de peser sur la France. Elle n'a que trop longtemps pesé sur la ville de Paris. À votre arrivée, vous avez cru que votre seule présence déjouerait toutes les trames. L'état dans lequel nous sommes depuis que vous êtes ici annonce qu'elles ne furent qu'un instant interrompues, qu'on les suit avec une ardeur nouvelle. Il est temps de savoir si la faction dont on parle est composée de 7 à 8 membres de cette Assemblée ou des 730 autres qui la combattent. Il faut que de cette lutte

insolente vous sortiez vainqueurs ou avilis. Il faut que vous rendiez compte à la France des raisons qui vous font conserver dans votre sein cet homme sur lequel l'opinion publique se développe avec horreur, » (et d'un geste dédaigneux, l'orateur désigne Marat) « il faut que par un décret solennel, vous reconnaissiez son innocence ou que vous nous délivriez de sa présence. Il faut que vous preniez des mesures, et contre cette Commune désorganisatrice qui prolonge une autorité usurpée, et contre les agitateurs qui sèment le trouble par leurs écrits et par leurs placards. »

Louvet, après ce rapide exorde, aborde les faits; sa parole, comme une bâche fraîchement aiguisée, entre au cœur de l'arbre qu'il s'est promis d'abattre. Pour porter une lumière éclatante sur les desseins des anarchistes, il doit remonter de six mois en arrière et rappeler ce qui se passait alors dans « un lieu célèbre » où se rassemblaient mille à quinze cents des plus ardents patriotes de Paris.

« Ce lieu, dit-il, je vous prie de ne me pas obliger de le nommer

— Aux Jacobins! nommez-les, crient un grand nombre de députés.

— Je demande qu'il soit permis à Louvet de toucher le mal et de mettre le doigt dans la blessure, s'écrie Danton.

— Oui, Danton, je vais le toucher, réplique l'orateur, mais ne criez donc pas d'avance

« Dans ce lieu, dont je ne parle qu'avec un certain respect, à raison des immenses services que les membres

de la société qui s'y rassemblent ont rendu naguère encore à la patrie, il se formait, dès les premiers mois de l'année 1792, un parti faible de moyens et de nombre, mais fort d'audace et d'immoralité, qui mêlait déjà aux inculpations contre la cour les inculpations les plus atroces contre l'excellent côté gauche de la Législative. A la tête de ce groupe était un homme qui semblait vouloir usurper le monopole de Ja parole, un homme dont quelques parleurs fougueux faisaient constamment le plus fastueux éloge, à moins qu'il ne le fît lui-même; un homme que ses afïidés déclaraient le seul homme vertueux, le seul à qui on pût confier le soin de sauver la patrie; un homme qui prodiguait les plus basses flatteries à quelques centaines de citoyens, d'abord qualifiés le peuple de Paris, puis seulement le peuple et enfin le souverain; un homme qui, répétant sans cesse l'éternelle accumulation des mérites, des perfections, des vertus sans nombre dont il se reconnaissait pourvu, ne manquait jamais, après avoir vingt fois attesté la force, la grandeur, la bonté, la souveraineté du peuple, de jurer qu'il était peuple aussi. Ruse grossière au moyen de laquelle, confondant ensemble et l'idole et les adorateurs, on parvient à. les rendre solidaires les uns des autres; ruse coupable qui a réussi à tous les usurpateurs, depuis Césarjusqu'à Gromwell, depuis Sylla jusqu'à Masaniello. »

Après avoir ainsi fait justice de l'idole des jacobins, Louvet dessine à grands traits les adulateurs qui l'entourent et l'encensent, « toujours plus impudents dans leurs calomnieuses persécutions, plus rampants dans leur populacière flagornerie, plus imprudents dans leur ridi-

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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