LIVRE XVII
cule apothéose. » Il énumère toutes les intrigues aux quelles Robespierre a été mêlé avant le 10 août, lui dénie toute espèce de part dans l'insurrection, lui reproche néanmoins d'avoir voulu s'en attribuer l'honneur.
h Deux jours après cette journée glorieuse, ajoute Louvet, je siégeais dans le conseil général provisoire. Un homme entre; il se fait un grand mouvement. J'en crois à peine mes yeux; c'était lui-même, il venait s'asseoir au milieu de nous, je me trompe, il était allé s'asseoir à la place prééminente qu'il s'était lui-même choisie au bureau.
« Depuis longtemps, il n'y avait plus d'égalité pour lui. Quoi! Robespierre, l'orgueilleux Robespierre qui dans des jours de péril avait quitté le poste où la confiance de ses concitoyens l'avait appelé, qui depuis avait vingt fois pris l'engagement solennel de n'accepter aucune fonction publique, qui seulement un soir, devant quinze cents témoins, avait bien voulu s'engager à se faire le conseiller du peuple, pourvu que le peuple en témoignât le vif désir, Robespierre consentait à devenir simple officier municipal! De ce moment, il me fut démontré que le conseil général devait exécuter de grandes choses et que plusieurs de ses membres étaient appelés à de hautes destinées.
h Mais cette révolution du 10 août que Robespierre et ses amis semblaient vouloir confisquer à leur profit, est-ce qu'elle est à eux? Elle est l'œuvre des faubourgs et des fédérés au milieu desquels ils ne se trouvaient pas; elle est l'œuvre de la Législative qu'ils ne cessaient d'attaquer; elle appartient à ces deux cents courageux dé-
putés1 qui, ici même, au bruit des décharges de l'artillerie, rendirent le décret de suspension contre Louis XVI 73t plusieurs autres que la commission des Vingt-el-un tenait tout prêts; elle appartient à tous, la révolution du
10 août Mais celle du 2 septembre, conjurés barbares, elle est à vous, elle n'est qu'à vous. Eux-mêmes s'en glorifient; eux-mêmes, avec un mépris féroce, ne nous désignent que comme les patriotes du 10 août, se résolvant le litre de patriotes du 2 septembre. Ah! qu'elle reste cette distinction, digne en effet de l'espèce de courage qui leur est propre! Qu'elle reste, et pour notre justification durable et pour leur long opprobre!
« Les .prétendus amis du peuple ont voulu rejeter sur le peuple de Paris les horreurs dont la première semaine de septembre fut souillée. Ils lui ont fait le plus mortel outrage, ils l'ont indignement calomnié. Je le connais, le peuple de Paris, car je suis né, j'ai vécu au milieu de lui! Il est brave, mais, comme les braves, il est bon;
11 est impatient, mais il est généreux. II ressent vivement une injure» mais après la victoire, il est magnanime. Le peuple sait combattre, mais non assassiner. Il est vrai qu'on le vit tout entier le 10 août devant les Tuileries; il est faux qu'on l'ait vu le 2 septembre devant les prisons. Dans l'intérieur, combien les bourreaux étaient-ils? deux cents, pas deux cents peut-être. Au dehors, combien y avait-il de spectateurs retenus par
4. 200 députés sur 749 dont se composait la Législative. Ce mot de Louvet confirme ce que nous avons dit (tome II, pages 261 et 343] , du petit nombre de députés qui siégeaient le i0 août sur les bancs de l'Assemblée et votèrent la déchéance de Louis XVI.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France