‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 147 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

une curiosité véritablement incompréhensible? pas le double. »

Quelques mon tagnardsinterrompent. — Louvet s'écrie: « Vous niez? eh bien! interrogez Pétion, c'est lui-même qui m'a attesté le fait. Mais, dit-on, si le peuple n'a pas participé à ces meurtres, pourquoi ne les a-l-il pas empêchés? Pourquoi? Parce que l'autorité du maire de Paris était enchaînée, parce que Boland parlait en vain, parce que le ministre de la justice ne parlait pas, parce que les présidents desquarante-huit sections, tout prêts à réprimer tant d'affreux désordres, attendaient des réquisitions que le commandant général ne fit pas; parce que les officiers municipaux revêtus de leurs écharpes présidaient a ces atroces exécutions. Mais l'Assemblée législative, que ne les a-t-elle empêchées?L'AssembléelégisIalive, représentants du peuple, vous la vengerez. L'impuissance oii vos prédécesseurs étaient réduits est, à travers tant de crimes, le plus grand de ceux dont il faut punir les forcenés que je vous dénonce. L'Assemblée législative, elle était journellement méconnue, avilie par un insolent démagogue qui venait à la barre lui imposer des décrets, qui ne retournait au conseil général que pour la dénoncer, qui revenait jusque dans la commission des Yingt-et-un la menacer de faire sonner le tocsin. »

Depuis une heure que Louvet jetait sa parole brûlante du haut de la tribune, l'Assemblée l'écoutait avec une attention pour ainsi dire fébrile, comprimant les murmures, retenant même ses applaudissements, afin de ne rien perdre des paroles de l'orateur et de ne pas détourner le cours de son éloquence torrentielle. Mais, en ce

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moment, l'indignation tourne à la fureur. Lacroix et Cambon, qui, certes, n'étaient ni l'un ni l'autre Girondins, interrompent l'orateur pour confirmer ses paroles,

Cambon, sentant se réveiller, en lui le souvenir de toutes les luttes qu'il a eues à soutenir contre les membres de la Commune, montre le poing aux. Marat, aux Sergent, aux Panis, et leur crie d'une voix de stentor : « Misérables, voilà l'arrêt de mort des dictateurs! »

Lacroix, qui lient à rappeler à ses collègues de la Convention le courage dont it fit preuve à l'époque rappelée par Louvetj prie l'orateur de lui céder un instant la parole. « Je veux, dit-il, préciser les faits qui viennent seulement d'être indiqués. Quelque temps après le 10 août, un soir, pendant ma présidence à l'Assemblée législative, j'avais cédé le fauteuil à Héraul-Sech elles, vice-président; Robespierre, à la tête d'une dépulation du conseil général de la Commune, vint demander qu'un décret confirmât l'anéantissement déjà opéré de fait du directoire du département. J'eus le courage de combattre cette proposition et l'Assemblée celui de passer à l'ordre du jour. En descendant de la tribune, je me retirai à l'extrémité du côté gauche, et, de la barre où il était, Robespierre me dit que si l'Assemblée ne faisait pas de bonne volonté ce qu'il demandait, on saurait bien le lut faire faire avec le tocsin *. »

Robespierre bondit vers la tribune, son frère l'y suit ; des cris « à la barre l'accusé! » se font entendre.

« Je n'ai pas fini, » reprend Lacroix, en clouant d'un

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