‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 154 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

vous fasse connaître les prévaricateurs qu'il a promis de vous dénoncer et qu'il ne vous dénonce pas. »

Comme conséquence des vues exposées dans son discours, Barrère propose de faire imprimer et expédier aux départements les deux adresses contradictoires qui viennent d'être lues à la barre, l'une par les fédérés, l'autre par les commissaires des sections ; de demander compte au ministre de la guerre des mesures qu'il a dû prendre relativement à la force armée de Paris et au casernement des fédérés; d'obliger la Commune a répondre si, comme elle l'a promis, elle a dénoncé aux autorités constituées les agitateurs et les prévaricateurs qu'elle a trouvés dans son sein; enfin, de charger le comité de sûreté générale cle faire un rapport sur l'état de Paris et de sa force publique, ainsi que sur les moyens d'y maintenir Tordre- Merlin (deThionville), Legendre, Osselin présentent des motions supplémentaires, mais elles sont écartées, et l'Assemblée convertit purement et simplement en décret les propositions de Barrère.

Le lundi, 5 novembre, avait été le jour fixé pour entendre la réponse de Robespierre à Louvet. La séance est ouverte comme d'ordinaire entre neuf et dix heures du matin, au milieu d'un concours considérable de députés et de spectateurs. Les tribunes sont pleines, les escaliers sont encombrés de curieux, tous les alentours de la salle

du Manège sont occupés par une foule énorme dont les mouvements tumultueux manifestent l'anxieuse curiosité. Le fauteuil de la présidence, depuis le 2 novembre, n'est plus occupé par Guadet, dont la quinzaine est expirée, mais par un homme d'opinions mixtes et indécises, Hérault-Séchelles. En l'appelant au fauteuil, la Convention a évidemment tenu à faire preuve d'impartialité.

Cependant plusieurs heures se passent en discussions d'un assez médiocre intérêt. Vers midi, l'Assemblée commence à s'impatienter de ne pas voir Robespierre. À une heure, Louvet s'écrie : « Je demande que Robespierre monte là1 ! » et du doigt il désigne la tribune.

« A la tribune, Robespierre! » répète-t-on de toutes parts.

Le héros des jacobins paraît enfin. Son entrée est saluée par les tribunes d'une triple salve d'applaudissements. Le président réprime ces manifestations et donne la parole au député de Paris. Celui-ci, dès l'abord, dédaigne de paraître en accusé et se pose en triomphateur.

« Tout mandataire du peuple, dit-il, se doit à l'intérêt public; je répondrai donc au monstrueux assemblage de calomnies que depuis plusieurs années peut-être on élève si laborieusement contre moi. De quoi suis-je accusé ? d'avoir aspiré à la dictature, au triumvirat, au pouvoir suprême? Mais où étaient mes trésors, mes armées, les grandes places dont j'étais pourvu? Tous les pouvoirs étaient entre les mains de mes adversaires... Mes rela-

i . Journal des Débats et Décrets, n° 47, p. 63.

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