‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 155 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

tions avec Marat n'ont jamais existé; je n'ai eu avec lui qu'une seule conversation, et il a déclaré dans sa feuille qu'il avait pu se convaincre que je n'avais ni les vues ni l'audace d'un homme d'État. »

L'orateur reprend un à un tous les griefs énoncés par « monsieur Louvet » : ainsi affecte-t-il de désigner son accusateur, lui donnant un vernis d'aristocratie qui ne peut manquer de le rendre suspect aux vrais sansculottes.

A l'assemblée électorale, il n'a pas désigné plus particulièrement Marat que tous les écrivains courageux qui avaient combattu ou souffert pour la cause de la Révolution. Le despotisme d'opinion qu'on lui reproche d'avoir exercé aux Jacobins n'était que l'empire des principes. Depuis le renversement du trône il a paru a 'peine six fois au club. Il n'a été nommé au conseil général de la Commune que le 10 août dans la journée; s'il n'a pas partagé les périls de ses collègues nommés dès le 9 au soir, il ne demande pas à partager leur gloire, it veut seulement les défendre lorsqu'on les incrimine injustement.

On parle sans cesse d'intrigants dans le sein de la Commune; quel corps futabsolumentexemptdecefléau? — On dénonce éternellement quelques actes répréhensibles; il ignore les faits; il ne les nie ni ne les croit. Quant à lui-même, il n'a été chargé d'aucune espèce de commission, ne s'est mêlé d'aucune opération particulière, n'a jamais un instant présidé le conseil, ni eu la moindre relation avec le comité de surveillance « tant calomnié. »

« On reproche à la Commune des arrestations arbitraires. — Est-ce donc le code à la main qu'il faut apprécier les précautions qu'exige le salut public dans les temps de crise, amenés par l'impuissance même des lois? Que ne nous reprochez-vous d'avoir brisé les plumes mercenaires dont l'emploi était de blasphémer contre la liberté? Que n'instituez-vous des commissaires pour recueillir les plaintes des écrivains aristocrates et royalistes? Que ne nous reprochez-vous d'avoir désarmé les citoyens suspects, d'avoir écarté des assemblées où nous délibérions sur le salut public les ennemis de la Révolution1? Que ne faites-vous à la fois le procès et au corps électoral et aux sections de Paris, et aux assemblées primaires des cantons et à tous ceux qui nous imitaient?...Toutes ces choses étaient illégales, aussi illégales que la Révolution, que la chute du trône et de la Bastille elle-même... Citoyens, vouliez-vous «ne révolution sans révolution?... Qui peut marquer, après coup, le point précis où devaient se briser les flots de l'insurrection populaire?... Les Français amis de la liberté, réunis à Paris, au mois d'août dernier, ont agi à ce titre au nom de tous les déparlements, il faut les approuver on les désavouer tout à fait. Leur faire un crime de quelques désordres apparents ou réels inséparables d'une grande commotion, ce serait les punir d'avoir sauvé l'État... Nous, nous n'avons point failli, j'en jure par le trône

1. Ici Robespierre, comme on le voit, préconise et s'approprie les odieuses et violentes pratiques que la démagogie employa après le 10 août, et que nous avons racontées et flétries, tome III, pages 2 et suivantes.

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