‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 157 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

morin, des Lessart, n'avez-vous pas cru entendre le manifeste de Brunswick ou de Condé? »

Robespierre nie tout; il nie le propos tenu à Lacroix, et les menaces de tocsin ; il nie et les insolentes pétitions qu'il était venu, au nom de la Commune, apporter à la barre de la Législative, et ses dénonciations dirigées contre les chefs de la Gironde. Il termine son discours par cette adroite péroraison :

« Vous tentez depuis longtemps d'arracher à la Convention nationale une loi contre les provocateurs au meurtre. Qu'elle soit portée! elle vous devra frapper vous-mêmes les premiers ! N'avez-vous pas ditcafomuieusenient, ridiculement, que j'aspirais à la tyrannie? N'avezvous pas juré par Bru tus d'assassiner le tyran? Vous voilà donc convaincus par votre propre aveu d'avoir provoqué tous les citoyens à m'assassioer...

« Indépendamment du décret sur la force armée que vous cherchez à extorquer par tant de moyens, indépendamment de cette loi tyrannique contre la liberté individuelle et contre celle de la presse que vous déguisez sous les spécieux prétextes de la provocation au meurtre, vous demandez sous le nom d'ostracisme une loi de proscription contre les citoyens qui vous déplaisent... Ainsi vous avez pensé que, pour faire de la Convention nationale l'instrument de vos coupables desseins, il suffirait de prononcer devant elle un roman bien astucieux et de lui proposer de décréter sans désemparer la perle de sa liberté et son propre déshonneur. Que me reste— t-il à dire contre des accusateurs qui s'accusent eux-mêmes?

« Ensevelissons, s'il est possible, ces misérables

machinations dans un éternel oubli..- Pour moi, je neprendrai aucunes conclusions qui me soient personnelles... Je renonce à la juste vengeance que j'aurais ledroit de poursuivre contre mes calomniateurs. Je n'en demande point d'autre que le retour de la paix et letriomphe de la liberté. Citoyens, parcourez d'un pas ferme et rapide votre glorieuse carrière, et puissé-je, aux dépens de ma vie et de ma réputation même, concourir avec vous à la gloire et au bonheur de notre communepatrie *. »

Robespierre avait été fréquemment interrompu par les applaudissements des tribunes et delà Montagne; au moment où il regagne son banc, ces témoignages d'approbation redoublent. Louvet s'avance pour lui répondre, les séides des tribunes le menacent du geste et de la voix, l'extrême gauche demande que l'on fasse immédiatement justice de toutes ces attaques dirigées contre son héros. La clôture de la discussion est vivement réclamée par une partie de l'Assemblée; d'autre part, on en demande la continuation. Le président annonce qu'un grand nombre d'orateurs se sont fait inscrire : notamment, pour l'ordre du jour, Saint-Just, Jean Bon Saint- André, Garnier (de Saintes); contre, Louvet, Chénier, Biroteau, Buzot, Barbaroux; sur, Barrère, Bailleuï, Pétion,

Louvet et Barbaroux sont déjà tous deux à la tri—

■1. Le discours de Robespierre se trouve in extenso dans le Moniteur du 6 novembre, n° 3ol ; dans !c Journal des Débats et, Décrets^ n- 48.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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