LIVRE XVIII
le discours qu'il n'avait pas pu prononcer à la Convention. Dans ce morceau d'éloquence pédagogique, il traitait comme un véritable écolier celui que les électeurs lui avaient préféré pour le mettre à la tète de la députation parisienne, celui qu'un ami maladroit avait proposé de placer à côté de lui sur le même piédestal. Il amnistiait Robespierre du lait d'avoir aspiré à la dictature, mais il lui reprochait d'être trop ombrageux, trop bilieux, trop atrabilaire, trop amoureux des faveurs du peuple 4. Pélion accompagna la publication de son discours d'une Lettre aux jacobins, dans laquelle il se proclamait purement et simplement le sauveur de leur société, le sauveur de Paris, le sauveur de Robespierre lui-même.
On s'amusa tort2 de ce (àetum dans lequel ('exmaire de Paris donnait d'autant plus facilement prise sur lui qu'il s'y montrait aussi avide de popularité, aussi personnel que celui qu'il admonestait. Aux Jacobins, on ne se contenta pas de rire de ce prétendu sauveur de tout et de tous; on le prit au sérieux, on s'indigna de le voir s'attribuer l'honneur d'avoir fait à lui seul la Révolution du 10 août3. Pétion se crut alors obligé de revenir Sur l'énumération de ses mérites; il fit paraître un très-long Compte rendu à ses concitoyens, où il racontait tout ce qu'il avait fait durant son administration municipale, et se ménageait d'autant moins les éloges que, contre son habitude, il parlait à la troisième personne.