LIVRE XIV
mille Desmoulins est célébré, prôné sur tous les Ions. Ouvert après ce simulacre de débat contradictoire, le second tour de scrutin donne la majorité à l'auteur des Révolutions de France et de Brabant, à celui qui s'était proclamé lui-même «le procureur général de la lanterne. »
Le succès fait naître chez les exagérés l'idée de mettre en avant la candidature à laquelle ils tenaient le plus, parce qu'elle était la plus difficile à faire réussir, celle de Ma rat. Quoique vaincus dans la personne de Kersaint, ceux des électeurs que les menées et les fureurs des démagogues n'ont pas encore terrorisés, lui opposent le fameux Priestley, savant anglais, auquel un décret solennel venait de décerner le titre de citoyen français pour les écrits nombreux qu'il avait publiés en faveur cle la Révolution.
Robespierre, qui depuis quelques jours s'était abstenu avec soin de paraître vouloir influer d'une manière trop directe sur les votes de l'Assemblée, demande la parole à l'occasion de cette dernière candidature. Il entame un long exposé des découvertes scientifiques du patriote
|.as pu se défendre à la salle Saint-Honoré; mais, le soir môme, il livra a l'impression sa réponse aux attaques dont it avait été l'objet- Il s'y élevait contre le droit qu'on s'était arrogé de calomnier publiquemont les absents et qualifiait cette manière d'agir « de véritable assassinat moral, » Cela était parfaitement vrai: maïs n'en est-il pas de même dans les luttes électorales, chaque fois que l'arbitraire, armé de tous les pouvoirs, foule aux pieds tous les droits, et, n'admettant pas plus la contradiction que la résistance, s'assure un facile triomphe en étouffant la voix importune de ses adversaires sous les calomnies de la dernière heure?
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
anglais, mais il termine son panégyrique en regrettant d'être obligé de constater que, dans l'illustre Prieslley, l'homme politique n'est pas à la hauteur de l'homme de science. Robespierre s'était bien gardé de dire un mot de Marat, l'ancien médecin des écuries du comte d'Artois, qui avait fait rire tout Paris à ses dépens avec ses prétendues découvertes avant qu'il se fût avisé de le faire trembler avec ses sanglantes utopies. Les affidés comprennent ce que signifie cette prétention calculée; Marat est élu.
A moins d'une injustice apparente, pouvait-on imputera Robespierre l'élection d'un homme dont il n'avait pas même prononcé le nom ; et cependant son double but était atteint : il avait réussi à prouver à ses adversaires delà Législative que leur recommandation n'était d'aucun poids, lorsqu'elle n'avait pas obtenu son assentiment; dans la personne de Marat, il avait récompensé les organisateurs des massacres de Septembre de leur complaisance à lancer des mandats d'amener contre les chefs de la Gironde, ses ennemis personnels.
Ces deux échecs successifs suffirent pour convaincre les plus incrédules du corps électoral qu'il était impossible de faire la moindre opposition aux nominations arrêtées d'avance dans les conciliabules do la démagogie. Quel courage, en effet, n'eût-il pas fallu pour bi-aver les menaces de deux ou trois cents énergumènes, revêtus du titre d'électeurs, pour affronter 'les vociférations des tribunes, peuplées du public ordinaire du club des Jacobins? Et d'ailleurs, ces menaces, ces vociférations ne se mêlaient-elles pas aux hurlements des tueurs et aux