LIVRE xvin
L'Assemblée, en attendant qu'on lui apporte cette pierre philosophafe, s'empresse d'envoyer des commissaires dans les départements où des agitations populaires lui ont été signalées. Déjà, comme nous 'l'avons vu1, elle avait expédié à Lyon trois de ses membres, qui s'épuisaient en efforts impuissants pour apaiser les souffrances de 30,000 ouvriers sans ouvrage. À la séance du 3 novembre, des députés extraordinaires de cette ville se présentent, demandant des secours afin de prévenir de nouveaux malheurs. Au même instant, Fabre annonce le dépôt du rapport promis par les comités de l'agriculture et du commerce. La lecture immédiate en est réclamée. Après avoir décrit la situation de la France au point de vue des subsistances, situation anormale et pleine de périls, le rapporteur conclut en ces termes : « La propriété est sans cloute un droit sacré, mais la société peut en régler l'exercice... Chaque citoyen doit à l'intérêt général un léger sacrifice de sa propriété pour jouir tranquillement du reste. La tranquillité de la République dépend de l'abondance ou de la disette des subsistances... La liberté particulière doit céder à l'intérêt général : il faut donc que, dans un motnent de disette, celui qui a du blé à vendre et qui refuserait de le vendre puisse y être obligé ; il faut qu'on puisse le requérir d'approvisionner les marchés dégarnis. La liberté complète de la circulation est un besoin dans une grande république; sans la circulation, l'unité et l'indivisibilité ne seraient qu'une chimère, puisqu'un peuple de frères refuserait à ceux