LIVRE XVIII
(a dernière extrémité; ces agitations marquent le dernier effort des ennemis.de la République. » D'autres députés répondent à Chasles que les troubles sont bien plutôt dus aux excitations des commissaires envoyés par la Commune de Paris; Barrère, toujours prêta formuler en articles de loi ce que veut la majorité, demande que le pouvoir exécutif soit tenu de rappeler sur-le-champ tous les commissaires envoyés dans les départements et que la Convention délègue neuf de ses membres pour aller dans le Loir-et-Cher, la Sarthe et l'Eure-et-Loir, rétablir la libre circulation des grains et faire connaître les causes et les auteurs des troubles qui ont eu lieu dans ces départements.
La majorité voudrait voter immédiatement les propositions de Barrère. La Montagne s'y oppose en réclamant la question préalable. « Je ne suis pas étonné, s'écrie le girondin Lidon, qu'on veuille étouffer cette discussion; mais moi qui arrive de mission, je puis vous attester que le trouble est en partie dû aux commissaires du pouvoir exécutif et de la Commune de Paris. J'ai en main les preuves écrites de toutes les malversations exercées par ces commissaires. Ils ont conseillé à des administrateurs de s'emparer du domaine national pour leur xisage; à des officiers municipaux, de prendre sur la caisse publique les sommes dont ils pourraient avoir besoin pour l'acquit de leurs dettes. Un d'eux, Momoro, a fait une proclamation dont le but était évidemment la loi agraire.
— Aux voix! aux voix! le rappel des commissaires!
— Je crois, dit Sergent, à la possibilité des faits qui vous sont dénoncés; je les crois même vrais. Mais, en
donnant des ordres aux ministres, vous les déchargez de la responsabilité qui pèse sur eux. »
La première partie de la proposition de Barrère est adoptée. On demande par amendement que la Commune de Paris soit tenue de rendre compte de la conduite de ses commissaires dans les départements.
« IL y a des commissaires qui ont sauvé la patrie, s'écrie Prieur (de la Marne).
— Tant mieux ! lui répond-on; on leur rendra justice.
— Ils ont égaré l'opinion publique, ils ont prêché le meurtre, s'écrie-t-on à droite. »
La Montagne réclame avec énergie l'ordre du jour sur l'amendement. Après deux épreuves douteuses qui amènent une longue agitation, l'amendement est repoussé et le décret proposé par lïarrère adopté purement et simplement 1.
Le lendemain, le ministre de l'intérieur confirmait les nouvelles alarmantes que la Convention avait déjà reçues d'Orléans, de Blois, de Chartres, de Saint-Calais et de la Fer té-Bernard. « Par suite de l'agitation qui règne dans une grande partie de la France, personne, ajoutait-il, n'ose plus se livrer au commerce ou au transport des grains, de peur de passer pour accapareur. Il n'y a de remède à un pareil état de choses que de déclarer que tous ceux qui porteront la moindre atteinte à la liberté du commerce et de la circulation, seront réputés perturbateurs du repos public et poursuivis comme tels, sous peine, pour les municipalités, dé répondre des suites de leur négligence. »