‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 185 sur 236 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

■ On le voit, dans su lettre ministérielle ainsi que dans sa pétition civique, Roland concluait exactement comme Ferrand et demandait que le projet présenté par ce représentant fût converti eajoi. Il profitait de l'occasion pour se plaindre très-vivement de la gestion du conseil général de la Commune en matière de subsistances. « Ce conseil, écrivait-il, fait-vendre des farines à un pris bien inférieur au prix d'achat; par faiblesse et par amour de la popularité, il perd chaque jour 12,000 livres. Tous les approvisionnements des environs se font en ce moment dans la capitale, d'où l'on retire sans cesse des grains au lieu d'en apporter. Il est question, au sein du conseil général, de fixer le prix: des bois à brûler; l'annonce seule de cette fixation porte déjà l'effroi dans ce genre de commerce et fait disparaître les approvisionnements. Toutes ces opérations sont mauvaises, parce qu'elles flattent pour tromper, parce que, sous l'apparence d'un bien passager, elles préparent des maux affreux. Les fermiers, les laboureurs n'osent plus paraître sur les marchés, mettre en route ou en vente un sac de blé. Au sein de l'abondance, nous sommes prêts à périr de misère. Voilà les fruits de l'inquiétude, de l'agitation, des éternelles déclamations avec lesquelles on soulève les esprits, on répand la menace et l'effroi. Les fripons s'agitent, les sots s'épouvantent. Je suis assailli de plaintes, de reproches, d'arrêtés de la Commune, qui d'ailleurs ne répond jamais aux lettres officielles que je lui adresse, aux questions que je lui fais. Les sections reçoivent son impulsion, en propagent les effets. S'il n'est pas mis un terme à cette agitation des sections, à

cette permanence qui n'est plus que celle des troubles et de la désorganisation; si cette Commune, foyer de toutes les intrigues, continue de subsister, Paris et la Convention elle-même sont perdus ! »

L'intrépide Lanjuinais convertit en motion les dernières considérations émises dans la lettre de Roland et demande : « 1° que la Commune de Paris soit tenue de faire cesser la perle de 12,000 livres qu'elle fait sur les farines par elle revendues, cette perte devant en définitive être supportée ou par les consommateurs ou par le trésor de la République; 2° que l'on supprime la permanence des sections; 3° qu'il soit immédiatement procédé au renouvellement du comité de sûreté générale- dont les divisions intérieures peuvent devenir funestes à la tranquillité publique. » Mais la Convention ne se sent pas le courage de suivre les conseils du député d'UIe-et- Vilaine; elle se contente de renvoyer toutes les questions soulevées par le ministre de l'intérieur à ses comités d'agriculture et de sûreté générale1.

La discussion sur la liberté du commerce des grains, si souvent interrompue, si souvent reprise, était toujours à l'ordre du jour. Le 29 novembre, une députalion composée de commissaires des sections de Paris et de mem-

1. Voir le compte rendu de celte séance du 28 novembre, au Moniteur et au Journal des Débats et Décrets-

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