‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 186 sur 236 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

bres du conseil de la Commune demande la permission de paraître à la barre. « C'est, suivant la lettre adressée au président, pour un objet de la plus haute gravité, puisqu'il s'agit des subsistances. » Rewbell consent à ce qu'on. fasse lire par un des secrétaires de l'Assemblée célte pétition; car elle peut servir de préliminaire à la discussion qui va s'ouvrir sur les mesures proposées par le ministre de l'intérieur, mais il s'oppose à ce que la dépulatîon soit admise. « Il est dangereux, ajoule-t-il, de donner en pareille matière à une commune une espèce d'initiative, et il est bien extraordinaire qu'il ne puisse être rien discuté dans le sein de la Convention sans subir telle ou telle influence. Écoutons donc cette pétition qui cadre si bien avec l'insurrection de Bloisd! »

Les amis de la Commune ne croient pas devoir relever l'allusion pourtant si transparente de Rewbell, mais ils insistent afin que la dépulation tout entière soit introduite et que son orateur donne lui-même lecture de la pièce dont il est porteur. Leur double demande est accordée.

« Représentants du peuple, dit le délégué du conseil général, la partie la plus nombreuse du peuple, celle qui a fait la Révolution, .qui la maintiendra, qui sait aimer la liberté, qui mérite toute la sollicitude des législateurs, est livrée aux plus grandes inquiétudes, à la plus cruelle misère. Une coalition des riches capitalistes veut s'emparer de toutes les ressources territoriales et industrielles; non contente d'entreleniE la cherté des subsistances, elle

i . Moniteur, nB 325.

les dénature, en travaillant et en empoisonnant les bolssons. Une nouvelle aristocralie veut s'élever sur les débris de l'ancienne par le fatal ascendant des richesses

L'accaparement des subsistances était un des moyens contre-révolutionnaires du ci-devant roi. Louis le -traître était aussi Louis l'accapareur; des maisons de commercé, des caisses soi-disant patriotiques, des maisons de secours étaient d'intelligence avec le tyran pour opprimer le peuple, pour l'affamer et le reconduire au despotisme par la disette. La Révolution est faite, il n'en faut plus. L'Assemblée constituante décréta la suppression des entrées. Le peuple allait être soulagé; mais elle décréta la liberté du commerce, et son bienfait devint nul. Le système d'une liberté indéfinie est une calamité publique pour les objets de première nécessité. Au nom du salut public, législateurs, vengez la cause de l'humanité, faîtes des lois sévères contre les accapareurs et rendez aux autorités constituées le droit de taxer les denrées de première nécessilé. •> Grégoire, qui préside, répond par des phrases banales à celte pétition qui légalise d'avance, pour ainsi dire, tous les mouvements populaires dont le prétexte est la taxation des grains et dont le résultat doit .être le resserrement du commerce et la désertion des marchés. Puis, la Convention entame sérieusement la discussion sur les subsistances. Ce jour-là, elle entend quatre orateurs : Fayau (de la Vendée}, Lequinio, Valazé, Saint-Just. Contrairement -aux habitudes de l'Assemblée, ils sont tous écoutés avec la plus grande attention et peuvent développer leur thèse sans être interrompus par les clameurs de leurs adversaires.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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