LIVRE XVIII
Fayau est opposé à la liberté du commerce des grains. La proclamer, ce serait, selon lui, donner carte blanche aux accapareurs. Il ressasse tous les lieux communs que l'ignorance jacobine débite tous les jours dans les clubs et dans les sections. 11 lonne contre les marchands de blé, il regarde comme sublime le projet d'établissement de greniers publics. « Les hommes créés par le peuple pour défendre ses droits, dit-il, doivent l'être particulièrement pour pourvoir à ses besoins ; ce ne sont donc pas les négociants en grains, mais les administrateurs, les législateurs qui doivent être les pourvoyeurs des Français. » En conséquence il demande : « que chaque cultivateur soit tenu de déclarer sur l'honneur la quantité de grains dont il est propriétaire; qu'un recensement de tous les blés existant en France soit opéré par les soins des municipalités, districts et départements; que les autorités soient chargées d'acheter les grains qui, après enquête, seront reconnus nécessaires pour les besoins de leur circonscription, qu'aucun citoyen ne puisse acheter au delà de sa consommation et de celle de sa famille. »
C'était le maximum de 1793 proposé dès 1792. C'était la théorie de l'État substitué à tout et à tous, utopie que le comité de salut public devait, à l'aide de la plus effroyable terreur, essayer d'établir en France, et dont l'expérience devait en. quelques mois coûter tant de larmes et tant de sang à notre malheureuse patrie.
Lequinio, quoique assez rapproché de la Montagne par ses tendances politiques, fait preuve de courage et de bon sens en déclarant que la disette, qui désole plusieurs
iv 25
points de la France, est due en très-grande partie aux déclamations auxquelles on se livre contre les prétendus accapareurs, les fermiers et les marchands. « La récolte de cette année a été généralement bonne, dit-il, nous y touchons encore; quand elle serait insuffisante pour les besoins de l'année entière, il est évident que nous sommes en ce moment dans une abondance réelle. La disette n'est occasionnée que par le défaut de circulation. Pourquoi les blés ne circulent-ils pas? C'est que le commerce est paralysé par les menaces de mort qu'on fait entendre contre ceux qui s'y livrent. Tant que le commerce ne sera pas actif, le peuple sera dans la misère; et il ne peut être actif qu'à la condition d'être protégé, honoré. Les ambitieux, les ignorants et les perfides auront beau crier; je le dis hautement, dût cette vérité paraître un paradoxe à beaucoup de gens, je regarde un homme qui se livre au commerce des blés comme un des bienfaiteurs de la pairie. C'est en vain que le cultivateur parviendrait à faire prospérer ses récoltes, si l'excédant de ses besoins ne pouvait être transporté dans les villes qui n'en produisent pas et dans les pays qui en manquent. Or, commentée transport pourra-t-il avoir lieu tant que le public lui-même aura fa maladresse de l'empêcher en entravant, en proscrivant le commerce? Sous le règne du despotisme, le blé a été souvent plus cher qu'aujourd'hui; la même disette n'existait pas, parce que le blé, qupique cher, circulait, parce que la libre circulation était maintenue par la force, parce que l'alarme publique n'élait pas excitée partout comme elle Test aujourd'hui. »
Valazé parle à peu près dans le même sens, mais on