‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 189 sur 236 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

La discussion sur les subsistances allait continuer les jours suivants, lorsque de déplorables nouvelles transmises d'Eure-et-Loir viennent réveiller au sein de l'Assemblée les passions un instant assoupies.

Arrivés à Chartres le 28 novembre, les commissaires nommés par la Convention pour apaiser les troubles d'Eure-et-Loir, Lecointe-Puyraveau, Maure et Biroteau, apprennent qu'un rassemblement considérable de paysans armés s'est formé à Courville et se dispose à prendre la roule de Paris. Ils y courent sans escorte, espérant que leur éloquence suffira pour rappeler les égarés à la raison. Ils se trouvent en présence de six mille hommes armés de fusils, de piques, de croissants, de fourches, de faux, assemblés sur le champ de la fédé-

sistance des hommes est une propriété commune à la société entière. Il n'y a que l'excédant qui soit une propriété individuelle et qui soit abandonné à l'industrie des commerçants. »

Bien loin de chercher à éclairer les masses populaires, Robespierre s'appropriait tous leurs préjugés et professait cette incroyable théorie que, fussent-ils fondés ou non, Je législateur devait aveuglement y obéir. « Les alarmes des citoyens, s'écriait-il, doivent être respectées ; les mesures même qu'on propose ne fussent-elles pas aussi nécessaires que nous le pensons, il suJHt qu'ils le désirent, il suffit qu'elles prouvent à leurs yeux votre attachement à leurs intérêts pour vous déterminer à Ie3 adopter. »

Le discours de Robespierre fut prononcé le 2 décembre 4792 et remplit plusieurs colonnes du n" 339 du Moniteur.

ralion. Leurs premières paroles sont écoutées avec assez de calme, mais bientôt on crie de toutes parts : n Ce sont des charlatans, des end orme urs, des aristocrates, il faut les pendre! »

Biroteau et Maure sont entraînés d'un côté, Lecointe- Puyraveau de l'autre. En vain agitent-ils leurs écharpes, en vain invoquent-ils le respect dû à leur caractère sacré de représentants du peuple. Ils sont frappés, leurs vêtements déchirés; on les conduit de force sur la place de la halle, on les hisse sur des sacs de blé entassés et on leur enjoint de taxer les grains sous peine de mort. Ils s'y refusent, les hurlements redoublent; les armes qui les menacent se rapprochent de leurs poitrines, ils sentent qu'ils vont périr s'ils ne cèdent; ils signent tous les papiers qu'on leur présente.

Délivrés, grâce h cette capitulation de conscience, les malheureux, députés accourent à Paris, et, dès l'ouverture de la séance du 30, montent l'un après l'autre à la tribune de la Convention pour raconter les mauvais traitements dont ils ont été les victimes. Stupéfaite du peu d'énergie qu'ils ont montré et se rappelant le courage héroïque que le maire d'Étampes , Simonneau , avait déployé quelques mois auparavant dans des circonstances semblables, l'Assemblée entière murmure. Mais sa colère prend un autre cours lorsque les commissaires lui déclarent que, suivant eux, « ces agitations qui, en apparence, ont pour but l'établissement de lois agraires, la fixation du prix des blés, la réduction du prix des baux, sont, au fond, excitées par le fanatisme religieux. — « Voici, disent-ils, les propos que nous avons entendus :

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