LIVRE XVIII
« Nous irons mettre à la raison la chambre de Paris, « (c'est ainsi qu'ils nommaient la Convention), nous « voulons nos prêtres et nos églises. » Des curés étaient au milieu de l'attroupement ; on faisait de fréquentes et vives allusions à la motion présentée récemment par Cambon pour abolir le salaire du clergé. Si la seule nouvelle de ce projet cause tant d'effervescence, jugez des troubles qu'occasionnerait un pareil décret s'il était rendu. »
Dès qu'on soulevait la question religieuse, les partis se confondaient; à droite comme à gauche, il se trouvait des députés prêts à attribuer tous les maux de la France aux agitations suscitées par le clergé insermenté et même assermenté. Pétion déplore l'égarement de ses concitoyens, il fait , suivant son habitude, un appel à la sensibilité de l'Assemblée, mais réserve toutes ses sévérités « pour le fanatisme qui rallume ses torches. » Danton se plaint de ce que, par perfidie et par ignorance, l'on ait commenté d'une manière si étrange la proposition de Cambon ; le fougueux démocrate prêche la tolérance et tonne contre ceux « qui, trop imbus des doctrines de la philosophie moderne, seraient capables de bouleverser la France pour en obtenir l'application immédiate. » Il partage leurs opinions, mais il ne saurait approuver leur impatience. « Le peuple, dit-il, et surtout le peuple des campagnes n'est pas mûr pour cette application. Je ne connais d'autre Dieu que celui de l'univers, d'autre culte que celui de la justice et de la liberté; mais l'homme maltraité par la fortune cherche des jouissances éventuelles; quand il voit l'homme riche se livrer à tous ses
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■m HISTOIRE DE LA TEItREUR.
goûts, caresser lous ses désirs., tandis que ses besoins à lui sont restreints au plus strict nécessaire, alors il croit, et cette certitude est consolante pour lui, il croit que, dans l'autre monde, ses jouissances à lui se multiplieront en proportion de ses privations dans celui-ci. Laissez-lui cette erreur... Attendez que vous ayez des officiers de morale qui puissent faire passer dans son âme, neuve encore, le sentiment de son erreur. Jusquelà il serait barbare, ce serait un crime de lèse-nation, de vouloir ôter au peuple ses idées, ses chimères!... L'homme des champs respecte l'homme consolateur auquel sa jeunesse, son adolescence, sa vieillesse, ont dû quelques instants de bonheur. Le malheureux a l'âme tendre et s'attache plus particulièrement a tout ce qui porte un caractère majestueux. Laissez-lui son erreur, mais éclairez-le ; que le peuple ne craigne pas de perdre ce qui seul l'attache à la terre quand il n'y lient pas par la fortune. 11 serait utile que la Convention fit une adresse pour persuader au peuple qu'elle ne veut rien détruire, mais tout perfectionner; que si elle poursuit le fanatisme, c'est parce qu'elle veut la liberté des opinions religieuses. Il serait utile aussi que la Convention accélérât le jugement du roi, car il faut enlever toute espérance aux royalistes comme aux fanatiques. »
11 faut, disent plusieurs députés, envoyer de nouveaux commissaires au devant des rassemblements ; mais Robespierre s'y oppose, parce qu'il lui paraît inutile de « compromettre des membres de la Convention dans les mouvements effervescents d'un peuple égaré. » Il est, selon lui, des mesures plus générales et plus efficaces à