‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 192 sur 236 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

Buzot d'achever le développement de son opinion.

L'orateur girondin reprend la parole, aux applaudissements de la majorité de l'Assemblée, et, revenant sur la question des subsistances, il s'élève contre ce propos inconsidéré, tenu à une précédente séance par Fayau, qui avait prétendu que les représentants devaient Qtve les pourvoyeurs du peuple, qu'ils devaient briser les portes pour lui fournir des subsistances. « Comment, s'écriet-il, le peuple ne serait-il pas égaré par.de faux principes, lorsqu'ils sont énoncés dans cette assemblée même? De ces excitations, plutôt que du roi et de son jugement, proviennent les troubles. La vraie, la seule cause des séditions qui dévastent la République, c'est l'anarchie entretenue par les faux amis du peuple; cette anarchie dévorera la République, si la Convention n'y sait pas mettre «n terme par des lois respectées et sévèrement exécutées1. »

Dès que Buzot est descendu de la tribune , Marat prétend user de son droit de parler à son tour.

« On nous répète sans cesse, s'écrie-t-il au milieu des plus violents, murmures, que les autorités constituées ne sont pas respectées. Le respect se mérite, mais il ne se commande pas!... » — La droite bondit. — a Ce n'est pas en présentant des canons et des baïonnettes à des malheureux qui demandent du pain , que vous inspirerez la confiance et ferez renaître le calme. Ce moyen est celui des tyrans... » — L'immense majorité

1. Toute cette partie de la séance du 30 novembre est omise au Moniteur. Nous suivons le compte rendu du Journal des Débats et Décrets, n*73, page 404 et suivantes.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

de l'Assemblée proteste, Marat continue sur le même ton : « Le sang a coulé dans le Loiret. Pourquoi? parce qu'on a confié la disposition de la force publique aux accapareurs eux-mêmes...

— Que Marat prouve ses assertions!

— Marat a-t-il jamais rien prouvé? La calomnie est son élément!

— Sans doute, reprend l'orateur sans daigner répondre aux interrupteurs, il faut déployer toute la sévérité de la loi contre les agitateurs... »

L'Assemblée, très-étonnée de cette concession de L'ami du peuple, applaudit tout entière.

«... Mais je demande que la force armée, lorsque vous serez obligés de l'employer, soit mise sous la conduite d'un chef dont le patriotisme vous soit connu...

— De Marat? crie-t-on ironiquement.

— Vous voulez que je vous indique qui? D'un homme comme Santerre, que personne ne peut récuser.

— Je fais observer, dit un membre, que Marat a dénoncé San terre comme un traître. »

Le girondin Ducos, fidèle aux habitudes d'indiscipline de "son parti , s'élève à son tour contre les mesures rigoureuses préconisées par Buzotet blâmées par Marat. 11 demande que le comité d'agriculture soit chargé de présenter le lendemain à l'Assemblée une instruction claire et précise sur les subsistances. « Elle vaudra mieux que les baïonnettes et fera plus d'effet1. »

1 . Marat se souvint du secours inattendu que Ducos lui avait prêté dans cette circonstance et lui témoigna sa reconnaissance en faisant effacer son nom de la liste de proscription dressée sous sa dictée,

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