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lie au moins en partie le système de ses idées morales au culte qu'il a professé jusqu'ici. Attaquer directement le culte, c'est attenter à la moralité du peuple. Jusqu'à ce que les bases sacrées de cette moralité aient pu être remplacées par les lois, par les mœurs et par les lumières publiques, consolez-vous en songeant que ce que fa superstition avait de plus dangereux a disparu; que la religion, dont les ministres sont stipendiés encore par la patrie, nous présente au moins une morale analogue à nos principes politiques. Si la déclaration des droits de l'humanité était déchirée par la tyrannie, nous la retrouverions encore dans ce code religieux que le despotisme sacerdotal présentait à notre adoration. Et s'il faut qu'aux frais de la société entière les citoyens se rassemblent encore dans des lemples communs devant l'imposante idée d'un Être suprême, là du moins le riche et le pauvre, le puissant et le faible, sont réellement égaux et confondus devant elle. »
Nullement philosophique, le projet du comité des finances lui paraît être, de plus, impolilique. « Au moment le plus difficile de la crise révolutionnaire, quand la République est proclamée plutôt qu'établie, est-ce bien le moment de mettre de nouvelles armes entre .les mains de la malveillance et du fanatisme? Il ne s'agit pas, prétendent les auteurs et approbateurs de la motion Cambon, d'abolir le culte, mais de ne plus le payer. Ne plus payer le culte ou le laisser périr, c'est à peu près la même chose. . . Le principe que les ministres ne doivent être payés que par ceux qui veulent les employer, ne peut s'appliquer exactement qu'à une société où la ma-
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jorité des citoyens ne le regarde pas comme une institution utile. Mais, en France, rien ne serait plus dangereux que ce sophisme; car, cessant d'être les prêtres du public, les prêtres des particuliers auraient une bien plus forte, une bien plus intime action sur les fidèles. Mille associations religieuses naîtraient, à l'ombre desquelles les partisans du royalisme se réuniraient sous l'étendard du culte dont ils feraient les frais. A la vue des prêtres dépouillés et réduits à l'indigence, le fanatisme se réveillerait; chaque village serait le théâtre de discordes entre ceux qui voudraient se passer de culte et ceux qui ne le pourraient pas. Financièrement, le projet est détestable; tout le poids du culte retomberait sur le peuple, qui est ie plus attaché à la religion, parce que la morale du Fils de Marie prononce des anathèmes contre la tyrannie et l'impitoyable opulence. Ce serait, du reste, un manquement à la foi publique engagée par la Constituante. »
Le mot final de l'article de Robespierre est celui-ci : «i Nulle puissance n'a le droit de supprimer le culte établi jusqu'à ce que le peuple en soit lui-même détrompé. »
Le décret du 30 novembre fit tomber celte polémique religieuse; mais elle se ranima bientôt sous une autre forme î celle du mariage des prêtres. Des exemples de ces étranges unions s'étaient produits même avant la chute de la monarchie. Quelques-uns des ecclésiastiques
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qui les avaient contractées, avaient abandonné leurs fonctions; quelques autres avaient cumulé les agréments du mariage et les avantages pécuniaires du sacerdoce ; mais la question n'avait pas été soulevée officiellement.
Cependant il arrivait parfois que les populations étaient médiocrement flattées de voir leur nouveau pasteur se marier. Dans plusieurs localités, des troubles éclatèrent. La Convention crut devoir y couper court en décrétant, le 17 novembre, que « tout prêtre qui se a marierait et qui serait inquiété à ce sujet par les habi- « tants de la commune de sa résidence, pourrait se re- « tirer dans tel Heu qu'il jugerait convenable, et que son « traitement lui serait payé aux frais de la commune qui « l'aurait persécuté. »
Quelques évêques constitutionnels déploraient euxmêmes ces scandales et auraient voulu y mettre un terme. L'évêque de Versailles ayant refusé l'institution canonique à un vicaire qui venait d'être élu curé et en même temps avait pris femme, le fait est aussitôt dénoncé à la Convention; celle-ci passe à l'ordre du jour, mais reconnaît au vicaire le droit de poursuivre l'évêque devant les tribunaux pour que justice lui soit rendue. En même temps ie prélat est sommé par les jacobins de Versailles de comparaître à la barre de leur club. Devant celte double menace, l'autorité ecclésiastique cède et le vicaire est institué1.
A chaque séance, la Convention recevait des lettres dans lesquelles des prêtres assermentés lui faisaient part
i. Voir le n° 180 des nduolalions de Paris.
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de leur mariage 4. Les jours consacrés à la réception des pétitionnaires, elle avait la visite des plus audacieux d'entre ces apostats qui venaient lui présenter leurs nouvelles épouses. L'ex -procureur syndic de la Commune de Paris, Manuel, s'était constitué leur introducteur. 1
^. Nous ne mentionnerons particulièrement qu'une seule de ces lettres. Lo 25 novembre, Joseph Lebon, ci-devant curé de Neuviliea-Libërté et alors maire d'Arras, annonçait qu'il venait d'épouser sa cousine et envoyait le discours qu'il avait adressé à cette occasion aux officiers municipaux de Sainl-Pol:
n Magistrats du peuple, je viens donner un exemple attendu depuis longtemps par le nombre infiniment petit de prêtres vertueux qui ont consenti autrefois à se confondre parmi les charlatans, pour éclairer et affranchir l'humanité; je viens terrasser le préjugé féroce qui condamnait une classe d'hommes à vivre dans le crime, et ne leur laissait que le choix des forfaits. Puisse ma démarche solennelle leur Ôter toute excuse! Puissent-ils se déterminer enfin à respecter à la fois la nature et la société : la nature, en suivant les lois de son auteur, en n'étouffant pas dans leur germe des êtres qu'il appelle à la lumière; la société, en ne se servant plus de leur ministère pour abuser de la femme et de la fille d'aulrui. »
C'est ce jour-la que, pour la première fois, le nom de Lebon fut prononcé au sein de la Convention. Il n'en faisait pas encore partie. 11 n'y entra qu'en juillet 1793 en qualité de premier suppléant de la députalion du Pas-de-Calais, par suite de la démission d'un député fort obscur, nommé Magniez. Mais il répara bientôt le temps perdu et se signala par d'effroyables forfaits, dont naguère un amour filial mal conseillé a cherché vainement à atténuer la gravité. Une publication récente, intitulée : Histoire de Joseph Lebon et des tribunaux rëvoliuio?maires d'Arras et de Cambrai, a fait justice de cet essai de réhabilitation qui avait révolté les consciences honnêtes. Elle est due à la plume habile d'un jeune avocat d'Arras, M. Paris, qui vient de donner une monographie très-intéressante des jugements prononcés par le tribunal extraordinaire institué par Joseph Lebon dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France