Jette pièce ost an Moniteur du 15 février
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HISTOIRE DE LA TE Et R EUR.
les montagnards profilèrent de la victoire qu'ils venaient de remporter en envoyant Louis XVI à l'échafaud, pour envahir les comités les plus importants, et notamment, le Comité de sûreté générale.
Le 13 février, Duhem, l'un des membres les plus fougueux de l'extrême gauche, vint, au nom de ce comité, lire un rapport qui concluait à ce qu'il plût à l'Assemblée de faire élargir le prisonnier de Quimper, et de mander à la barre le procureur général syndic du Finistère, « coupable d'avoir violé les droits de l'homme. »
A cette proposition, la droite se soulève indignée :
« Ce n'est point un rapport, s'écrie Lesage (d'Eure-et-Loir), qu'on nous en donne un autre!,..
« Qu'on lise le premier arrêté du Finistère, demande Bailleul, et la Convention reconnaîtra qu'on réclame la liberté d'un assassin et la punition d'administrateurs fidèles à leurs devoirs. Par cet arrêté, il est prouvé, d'une part, que Royou-Guermeur a paru suspect, non-seulement à cause des propos incendiaires qu'il tenait, mais encore à cause de la forme même de la commission dont il était porteur, commission où le nom du ministre de l'intérieur se trouvait biffé, où nul sceau ne garantissait la signature des quatre ministres signataires. 11 est prouvé, d'autre part, que Guermeur n'a été arrêté que provisoirement, jusqu'à ce qu'il plût à la Convention nationale et au minisire de l'intérieur de décider. C'est ce que n'ont fait depuis celte époque, ni l'Assemblée, ni le pouvoir exécutif. »
Duhem se trouve alors obligé de lire et la commission quelque peu irrégulière remise par le conseil exécutif à Guermeur et la pièce émanée du comité de surveillance de la Commune de Paris. Lorsque le rapporteur cite les noms des signataires Panis, Sergent et Marat, plusieurs voix s'écrient à droite: « Voilà les tyrans! »
« — Qu'on lise le procès-verbal d'arrestation!
Si ne i'ai paSi répond Duhem.
(i — Nous voulons toutes les pièces!
u — On conspire pour faire perdre le temps à l'Assemblée ; mettez aux voix l'élargissement et passez à l'ordre du jour sur tout le reste.
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NOTES
« — Non , non ! disent un grand nombre de membres. »
Au plus fort du tumulte, Marat descend de son banc et va se poser dans le milieu de la salle, le chapeau sur l'oreille; il montre le poing aux députés du Finistère et les apostrophe sur ce ton : «Taisez-vous, malheureux, laissez parler les patriotes!... Taisez-vous, contre-révolutionnaires!..* Taisez-vous, conspirateurs!... vous n'êtes que desgredins, des aristocrates, des coquins!... »
L'Ami du peuple, comme certains démagogues de son espèce, croyait avoir, pour lui et ses amis, le monopole des injures et des interruptions ; il criait à l'oppression dès qu'on voulait user de représailles. Un spectateur l'ayant apostrophé au moment où il menaçait et insultait la Gironde, il se tourne vers le président et le somme de faire vider les tribunes : « Il y a, dit-il , un insolent qui manque aux dépulés! »
Dès que l'on a réussi à faire taire l'Ami du peuple, Duhem est obligé de lire toutes les pièces qu'il niait, un instant auparavant, avoir entre les mains. Dans l'une d'elles, plusieurs citoyens déposaient avoir entendu dire à Guermeur que Roland, Brîssot, Guadet et Vergniaud étaient des gens détestables, tandis que Robespierre et Marat étaient des patriotes par excellence. La droite éclate de rire ; Marat rit aussi en criant : Oui I oui ! — Ce qui augmente encore l'hilarité générale. Mais bientôt on redevient sérieux, lorsque Duhem, continuant la lecture des faits allégués par les administrateurs du Finistère contre le client de l'Ami du peuple, en vient à la pièce où celui-ci menace les départements « de la surveillance de Paris. »
«Ce sont des faux fabriqués à Quimper, interrompt Marat!»
L'agitation est à son comble. Le président ne peut la dominer; sa voix se perd dans le tumulte. « Je demande la parole contre vous, monsieur le président, crie Bréard, si vous ne réduisez au silence ceux qui vous la dérobent audacieusement. »
Enfin Lesage, pour empêcher que la discussion du projet du comité n'occupe toute la séance , propose qu'elle soit ajournée jusqu'à ce que toutes les pièces de cette affaire aient été imprimées.
Cette motion est adoptée. On pouvait croire qu'elle mettrait fin à des débats scandaleux; mais ils recommencent lorsque
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Marat insiste afin d'arracher à la Convention la mise en liberté provisoire de Guermeur.
On réclame la question préalable sur cette nouvelle proposition ; elle est deux fois mise aux voix, et deux fois l'épreuve reste douteuse. Enfin, malgré l'insistance 'très-vive de Marat, de Legendre, de Basire et de Duhem, elle est adoptée, et il est décidé que Guermeur restera en prison jusqu'à nouvel ordre1.
Maïs ces discussions rétrospectives sur la circulaire du 3 septembre, ses auteurs et ses propagateurs, avaient épuisé toute l'énergie de la Convention. Le 6 mars, Duhem revient à la charge, et présente cette fois un décret qui déclare la parfaite innocence de Guermeur, et enveloppe, dans les poursuites ■destinées à venger sa détention arbitraire, cinq ou six magistrats du Finistère. Au nom du Comité de sûreté générale il propose2 :
1° La mise en liberté du citoyenRoyou dit Guermeur et de son compagnon Jézégabel, détenus à Quimper, en vertu d'un arrêté du département du Finistère;
2° La citation à la barre des citoyens Kergariou , président du département, Brichet, procureur syndic, Ledeau, maire de Quimper, Vuéack, officier municipal, Legoarre, procureurde la Commune, pour rendre compte de leur conduite.
Une très-vive discussion s'engage sur ce rapport. Un député du Finistère, Gomaire, déclare qu'il ne s'oppose pas à la mise «n liberté du prisonnier de Quimper, mais ïl demande la question préalable sur la seconde partie de la proposition du Comité de sûreté générale.
a Personne ne contestera, dit-il, que la municipalité de Quimper, essentiellement chargée de veiller au maintien de la paix autour d'elle et dans son sein, n'ait été fondéeà faire mettre •en état d'arrestation un homme porteur d'ordres arbitraires émanés du comité de surveillance de la Commune de Paris ; un homme connu pour avoir assisté, présidé même aux sanglantes exécutions de septembre. Quels reproches peut-on faire à la
\. Cette scène est racontée au Moniteur des 1 Cet 17 février 1103, noa 213 «t 214, et dans le Journal des Débats et Décrets, p. 174-170, n" 148.
2. Voir le Journal des Débats et Décrets, n° 107, p. 42-44, et le Moniteur du 5 mars 1703, n° 04.
NOTES
municipalité de Quimper et au département du Finistère, à moins qu'on ne leur fasse un crime d'avoir entravé les desseins de certaines gens?
« N'ont-ils pas au contraire bien mérité de la patrie, s'ils ont prévenu dans leur département le renouvellement des scènes d'horreur, qui ont déshonoré Paris et fait reculer la révolution... i)
« Guermeur n'a été arrêté, répond Lamarque, que parce qu'il ne professait pas pour Roland l'idolâtrie qu'à ce moment l'on avait pour ce ministre; je pensais qu'il avait été convenu qu'on ensevelirait dans le silence ces débats honteux sur les personnes qui ont si souvent troublé nos discussions. Je demande avec Gomaïre, la question préalable sur la comparution à la barre des magistrats désignés par le Comité de sûreté générale, et je propose la rédaction suivante :
« La Convention nationale décrète que le citoyen Royou dit Guermeur, sera mis en liberté sur le champ, ainsi que son compagnon Jézégabel, si ce dernier est encore détenu, et passe à l'ordre du jour sur le fond de cette affaire. »
Comme le disait Lamarque, les choses avaient marché depuis le jour où, pour la première fois, la circulaire du 3 septembre avait été lue par Vergniaud à la Convention. Ce qui excitait alors les cris d'indignation de l'immense majorité, était maintenant accepté comme-un acte de peu d'importance, comme le résultat d'un entraînement fatal. Le procès du roi, les doctrines sauvages, qui, à cette occasion, avaient été proclamées à la tribune, le décret ordonnant la susperision de tonte procédure contre les assassins de septembre, décret que, le 8 février, les montagnards avaient arraché à l'Assemblée (voir t. Hi, p. 612), tout concourait à empêcher les girondins d'insister désormais pour faire maintenir en arrestation le prisonnier de Quimper. Ils se crurent trop heureux d'acheter, au prix de sa mise en liberté, l'abandon des poursuites que leurs adversaires voulaient commencer contre les magistrats courageux qui l'avaient fait arrêter six mois auparavant.
Ce fut une espèce de contrat synallagmatique; mais les conditions n'en furent pas longtemps respectées, au moins d'un côté. Guermeur fut mis en liberté ; quelque temps après
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le 31 mai 1793, les administrateurs du Finistère furent jetés en prison et traduits au tribunal révolutionnaire établi à Brest par les représentants que la Montagne victorieuse y avait envoyés en mission. Un des principaux griefs articulés contre eux fut l'arrestation de Guermeur. Celui-ci était revenu une seconde fois en Bretagne, à la suite des proconsuls montagnards. Il put lui-même surveiller la réalisation de la vengeance qu'il avait à exercer contre Kergariou et les vingt-cinq courageux administrateurs du Finistère. Le 1er prairial an ti, ils furent tous condamnés à mort et exécutés le même jour1.
Plus heureux que bien d'autres démagogues, Guermeur échappa à la tourmente révolutionnaire. Sous le Directoire, il était l'un des confidents de Barras ; sous le Consulat , il partit, avec son ami Fréron, pour l'expédition de Saint-Domingue, à laquelle il fut attaché en qualité de commissaire civil. Comme lui aussi, il y mourut misérablement.
1. Le savant auteur de l'Histoire de la Révolution dans les département!: de l'ancienne Bretagne, M. Ducliaiellier, cite de Guermeur un trait trop honorable pour que, dans notre impartialité, nous le passions sous silence; ses opinions ultra-démagogiques ne l'empêchèrent pas de cacher dans sa propre maison, en 1793, son frère, le rédacteur de l'Ami du Roi.
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