‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 22 sur 236 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

venu jouir dans son pays natal de son triomphe éphémère. Il préconisait hautement des doctrines dont, huit mois plus tard, il devait être une des premières victimes. Sur sa motion, le corps électoral des Bouches-du- Rhône envoya 1,200 hommes de gardes nationales avec cinq pièces de canon contre la ville d'Arles, dans le sein de laquelle des troubles venaient d'éclater; il décida que tous les frais de l'expédition seraient payés par la caisse de l'État et conféra aux commissaires qu'il mit à la tête des troupes un pouvoir qu'il n'avait pas luimême, celui de suspendre et de faire emprisonner les fonctionnaires publics qui n'obéiraient pas à ses ordres ou qui lui paraîtraient suspects1.

4. Cette même assemblée donna, en ces lermes, un certificat de civisme au fameux Jourdan Coupe-tète, l'un des principaux auteurs du massacre de la Glacière:

« Séance du 9 septembre au matin.

« On lit une lettre de M. Jourdan, ci-devant général de l'armée de « Vauciuse. Celle lettre est accompagnée de nombreux certificats de « différentes communes du comtat Venaiisin, attestant la bonne con- « duite de 31. Jourdan, calomnié pendant si longtemps par les ennemis « de la révolution avignonnaise. Le corps électoral , instmit des faits, « arrête qu'il sera fait mention dans son procès-verbal de la justice a qu'il rend à la conduite de M. Jourdan. »

Voici, du reste, la description de l'assemblée électorale de3 Bouches-du-Rhône, telle que la donne le président même de cette assemblée, Barba roux {Méritoires, p. 88 et suivantes) :

« Qu'on se représente une réunion du neuf cents personnes, en général peu instruites, n'écoutant qu'avec peine les gens modérés, s'abandonnant aux effervescents, et, dans cette assemblée, une foule d'hommes avides d'argent et de places, dénonciateurs éternels, supposant des troubles ou les exagérant pour se faire donner de lucratives commissions; des intrigants habiles à semer la calomnie, de petits

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Les électeurs d'Eure-et-Loir réunis à Dreux firent du moins un plus noble usage de l'autorité morale dont les circonstances les avaient investis. On vient les avertir que quarante prêtres insermentés, voyageant ensemble pour se rendre en exil et obéir à la loi, sont arrêtés aux portes de la ville et menacés de mort ; aussitôt l'assemblée tout entière se lève et sort du lieu de ses séances, sous la conduite de son président; la foule s' écarte devant cette manifestation imposante, et les quarante malheureux sont sauvés !

Terminons ce tableau des élections de 1792 par le récit de deux scènes qui nous ont paru caractéristiques. Nous copions textuellement les procès-verbaux des corps électoraux de la Drôme et de la Sarthe, qui siégeaient, le premier à Valence et le second à Saint-Calais.

« Valence, le 5 septembre.

« Sur la motion d'un citoyen, les membres du bureau se couvrent du bonnet de la liberté, tous les électeurs sont invités à l'arborer, et à l'instant la salle présente le spectacle d'une longue file de bonnets rouges, emblème cher à tous les amis de l'égalité. »

« Saint-Cahiis, le 9 septembre.

« Les dames patriotes de la ville sont introduites;

esprits soupçonneux, quelques hommes vertuuux mais sans lumières; quelques gens éclairés mais sans courage ; beaucoup de patriotes, mais sons mesure, sans philosophie: tel était le corps électoral du département des Bouches-du-Rhône. Un trait le peindra mieux que ce tableau très-imparfait : A la nouvelle des massacres du 2 septembre, il fit retentir la salle de ses applaudissements. »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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