LIVRE XIV
elles sont accompagnées d'un détachement de gardes nationaux et de plusieurs officiers municipaux en écharpe; une musique guerrière les précède; les grâces et les ris les suivent. La joie est peinte sur tous les visages. Les dames se rangent autour du bureau, Mme Froger prononce un discours et le termine en posant sur ia tête du président Philippeaux le bonnet de la liberté. Le secrétaire, les scrutateurs et les autres députés présents reçoivent la même faveur des autres dames. Le président répond en ces termes :
« Le corps électoral est heureux de se voir encouragé et approuvé dans seselïorts patriotiques par le sexe aimable et enchanteur qui fait la consolation et les délices de l'espèce humaine. Quant à moi, paré parla main des grâces, je vais, au nom de l'assemblée, donnera ces datnes le baiser de la fraternité. »
Dans certains départements, les honneurs de la députation conventionnelle n'étant pas très-enviés, les électeurs se virent obligés de prendre pour mandataires des hommes qui leur étaient personnellement inconnus; ils allèrent naturellement les choisir dans les rangs des journalistes parisiens ou des révolutionnaires émérites.
L'Assemblée législative, par un décret, solennel du 26 août, avait accordé le titre de citoyen français à quelques étrangers qui, suivant elle, avaient bien
mérité de la France1. Trois d'entre, eux, Priestley., Ànacharsis Cloots et Thomas Payne, furentélus par plusieurs départements. Le premier refusa ; les deux, autres acceptèrent 2.
Le nom du journaliste Carra , l'ex- conspira leur du Soleil d'Ory l'ami de Roland qui venait de le nommer conservateur de la Bibliothèque nationale, sortit six l'ois de l'urne électorale ; la Somme, l'Orne, l'Eure, la Charente, Loir-et-Cher et Saône-et-Loire se disputèrent l'honneur d'être représentés par le rédacteur des Annales patriotiques.
1. Ce fut à l'occasion de ce décret qu' Anacbarsis Cloots, venant remercier L'Assemblée législative, prononça ce mol fameux : « Mon cœur esl français, mais mon âme est sans culotte. » Moniteur, p. 1026.
2. ÎSous avons vu pages 44 et 43 Marat préféré à Priestley par les électeurs parisiens ; mais le corps électoral tir, RhOne-et-Loire et celui de l'Orne vengèrent le savant anglais de cette injustice. Cloots fut élu dans Saône-et-Loire et dans l'Oise; Thomas Payne dans l'Aisne, l'Oise, le Puy-de-Dôme et le Pas-de-Calais. La lettre par laquelle Priestley refusa la députatioh se trouve au Moniteur, 30 septembre, n° 294. Rien lui en prit de décliner cet honneur, car les belles phrases par lesquelles la Législative avait convié les écrivains, qu'elle déclarait dignes de la reconnaissance du peuple français, à venir s'asseoir nu foyer de leur patrie a do pli ve, furent plus tard oubliées. Le titre d'étranger devint un motif de suspicion contre Cloots et Thomas Pa yno. Le premier, malgré son extravagance iitîma^ogirf ne, fui déclaré déchu de son siège, enveloppé dans la proscription de son ami Hébert, le père Duchéne, envoyé avec lui au tribunal révolutionnaire, condamné à mort et exécuté le 4 germinal au u (24 mars 1794). Thomas Payne, exclu égalëment de la Convention, fut traîné de prison en prison pendant toute la tourmente révolutionnaire; mais lepatrioteaméricain eut plus de bonheur que le baron prussien: il ne fut pas désigné à Fouquier-Tinville par les pourvoyeurs de la guillotine, et, après la session conventionnelle, il retourna en Amérique.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France