SOMMATIONS FAITES A THION VILLE
Nous avons donné, dans le texte même de ce volume, (pages 1/|2 et ikb) l'extrait des deux sommations qui furent envoyées aux autorités civiles et militaires de Verdun par le duc de Brunswick. Elles étaient faites en son nom, et invoquaient accessoirement le nom des frères de Louis XVI. Celles envoyées
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NOTES
aux autorités de Thionville présentaient le fait contraire. Elles étaient libellées au nom du comte de Provence et du comte d'Artois; le nom du généralissime des armées coalisées y était à peine mentionné. Nous ne croyons pas que les sommations adressées à Thionville aient jamais été imprimées. Nous donnons le texte même de ces sommations, ainsi que celui des réponses du général Wirnpiïen qui commandait cette place.
Première sommation faite par les frères du roi, commandant leur armée campée près Thionville.
« De par le roi,
« Nous, Louis-Stanislas-Xavier et Charles-Philippe, Fils de de France, Frères du Roi, commandant l'armée de Sa Majesté, composée de ses plus fidèles sujets et réunie à celle de Leurs Majestés Impériale et Prussienne, sous les ordres de Son Altesse Sérénissime le duc de Brunswick, déclarons au commandant de la ville de Thionville, à la garnison, à la municipalité, au district et à tous les habitants, que nous venons prendre possession de cette ville, pour le Roi notre Frère, et qu'en son nom nous les sommons, par ces présentes, d'ouvrir aussitôt leurs portes, d'apporter leurs clefs et de se soumettre au commandement de leur légitime souverain , sous peine , en cas de refus et d'une résistance, qui, lorsqu'ils se trouvent cernés par trois armées, serait aussi insensée que criminelle, d'y être forcés par toutes voies d'exécution militaire, avec la plus extrême rigueur, et de subir les punitions' exemplaires dues à des rebelles pris les armes à la main; déclarons, conformément aux intentions de Leurs Majestés Impériale et Prussienne, que, s'il n'était pas satisfait à la présente sommation, le commandant, les olliciers municipaux et les chefs du district répondraient personnellement des suites d'une désobéissance séditieuse qui obligerait d'employer le fer et le feu sans ménagement et exposerait la ville à une subversion totale. Nous espérons que les habitants préviendront cette cruelle nécessité qui serait infiniment douloureuse à notre cœur, et nous les conjurons, an nom de tout ce qu'ils
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ont de plus cher, de nous l'épargner en se hâtant de rentrer dans leur devoir. Nous sommes informés qu'on a caché aux peuples des provinces qu'un roi, qui fut et sera toujours leur père, est détenu et emprisonné, livré aux plus indignes traitements. Nous sommes persuadés qu'il suffit de le leur apprendre, pour faire reparaître des sentiments innés à tous les Français et leur faire abjurer toute liaison avec des scélérats qui veulent rendre la nation complice de leur attentat atroce contre la Majesté Royale.
« Les habitants de Thionville doivent reconnaître que si la présente sommation est accompagnée de menaces redoutables, ells ont leur salut pour objet, qu'elles ne tendent qu'à les arracher à un funeste égarement, et que ce serait le comble du délire que de se laisser écraser par des forces irrésistibles, plutôt que de redevenir fidèles à leurs premiers serments, et d'imiter l'exemple des villes de Longwy et de Verdun qui ont prévenu leur ruine par une prompte soumission. Nous désirons vivement que celle des habitants de Thionville nous mette dans Je cas de n'avoir à exercer envers eux que des actes de clémence et de bienfaisance analogues aux sentiments paternels de Sa Majesté ; nous comptons sur la fidélité des officiers de ses troupes et nous saurons faire valoir toutes les preuves qu'ils donneront de leur attachement à leur Roi.
<t Ainsi fait et notifié par nous Frères du roi, Fils de France, au nom de Sa Majesté, de concert avec Son Altesse le prince de Hohenlohe, commandant les troupes autrichiennes unies aux nôtres en ce moment.
« Au quartier général d'Hettange-la-Grande, le h septembre 1792.
« Louis-Stanislas-Xavier , Charles-Philippe, de concert avec Son Altesse Royale le prince de Hohenlohe, gé- ■ néral, commandant l'armée impériale au quartier général de Richemont. »
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NOTES
Réponse du général commandant la place de Thionville.
« Nous ignorons ce qui se passe en France : les citoyens et ta garnison n'ont pas cessé un instant d'être fidèles à la nation, à la loi et au roi; ils dépendent des autorités constituées, tant civiles que militaires, établies dans leur chef-lieu de département et ne peuvent recevoir d'ordre que d'elles.
« Fait à Thion ville, le 4e jour du mois de septembre 1792.
« Félix Wimpffes, maréchal de camp, commandant à Thionville. «
Seconde sommation faite par les frères du roi.
« Aux citoyens et à la garnison de Thionville.
« Puisque vous déclarez vous-mêmes que vous ignorez ce qui se passe en France, nous sommes portés à croire qu'aussitôt que vous en serez instruits vous en aurez horreur, et que vous vous séparerez avec indignation de la faction criminelle dont les attentats font frémir l'humanité; qui a violé la personne sacrée de votre Roi, qui le lient emprisonné, qui menace ses jours, qui menace vos compatriotes et qui a plongé le royaume dans un abîme de maux.
(i Les affreuses vérités, qu'on a eu soin de dérober à vos regards, sont tracées dans notre déclaration du 8 du mois dernier, dont nous vous envoyons plusieurs exemplaires; voyez-y par combien d'égarements on a porté la nation à se détruire elle-même, de combien de forfaits on a souillé nos annales; vous y verrez que l'on a forcé les -puissances de l'Europe à s'armer contre notre malheureuse patrie, et dans quelles intentions nous nous sommes joints aux armées qui n'attaquent la France que pour la sauver; nous y avons consigné nos sentiments et vous y trouverez vos devoirs.
« Ce qui est arrivi depuis doit achever de vous ouvrir les yeux, non-seulement sur le caractère et les projets des scélérats qui opprimant le royaume, mais aussi sur les suites abc-
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minables qu'entraînent les innovations qui vous ont séduits : sachez donc qu'un roi, qui a tout sacrifié à son amour pour son peuple, est aujourd'hui victime des séditieux acharnés à le combler d'outrages; sachez que, forcé de fuir, avec toute la famille royale, sou palais ruisselant de sang et fumant d'incendie, votre infortuné monarque s'est vu réduit à chercher sa sûreté au sein même de l'Assemblée qui surprit son pouvoir, et que là, après l'avoir confiné avec la Reine et monsieur le Dauphin dans un espace étroit, où pendant vingt-quatre heures il a été abandonné sans aucun secours, on a eu l'indignité de prononcer en sa personne la suspension de tout exercice d'autorité; sachez que renfermé ensuite au Temple, dont la tour est préparée pour lui servir de prison, il est traité en criminel d'État, séquestré de toute communication et soumis à l'humiliation d'être interrogé par des sujets rebelles sur des accusations chimériques; sachez enfin que, dans l'état des choses, il n'y a plus à hésiter; que ne pas se hâter de désavouer les crimes des usurpateurs, c'est y tremper; que rester armé avec des factieux, c'est mériter les peines qui leur sont dues, et qu'il faut ou redevenir Français fidèles, ou périr révoltés. Vous n'avez plus que peu d'instants pour choisir, et votre choix décidera du sort de votre ville-, celui qu'une résistance aveugle attirerait sur elle lui est notifié par la déclaration que Son Altesse le duc de Brunswick a faite le 25 juillet dernier au nom de l'empereur et du roi de Prusse. Peut-être en a-t-on empêché la publication dans votre ville; nous vous en adressons un exemplaire et nous vous exhortons avec tes plus vives instances à ne pas vous exposer aux exécutions militaires qui y sont annoncées ; vous devez voir que rien ne pourrait vous en préserver et que l'armée formidable dont vous êtes entourés, ainsi que la prise de Verdun, ne vous laissent aucun espoir de secours; vous ne pouvez trouver de salut que dans la soumission; rendez-la assez prompte pour qu'on puisse l'attribuer aux sentiments plutôt qu'à la crainte. Le relard ne pourrait être d'aucune utilité et les effets en seraient funestes ; s'il vous faut un exemple de ce qu'exige le cas où vous êtes, vous le trouverez dans la déclaration ci-jointe, que les habitants de la ville de Longwy nous ont envoyée : ils ignoraient comme vous ce qui s'était
NOTES
passé dans la capitale'; ils ont frémi en l'apprenant, et se sont empressés de déposer en nos mains l'expression des sentiments qu'il nous paraît impossible que vous ne partagiez pas avec eux et avec tous les bons Français. Hâtez-vous donc de faire les mêmes protestations; profitez de la modération des puissances qui veulent éclairer avant de frapper, et donnez à votre Roi captif la consolation de voir ses peuples revenir à lui, revenir à leurs devoirs sans y être forcés par des rigueurs dont il gémirait, mais que leur obstination rendrait indispensables.
« Nous vous déclarons finalement, suivant les instructions de Leurs Majestés Impériale et Prussienne et d'accord avec Son Altesse le prince de Hohenlohe, dont l'armée est devant votre ville, que la présente itérative sommation de nous ouvrir surle-champ vos portes est la dernière que nous puissions vous faire; vous rendant personnellement responsables des suites terribles que votre refus aurait immédiatement causées.
« Au quartier général d'Heltange-la-Grande, le 5 septembre 1792.
K Louis-Stanislas-Xavier, Charles-Philippe, de concert avec Son Altesse Royale le prince de Hohenlohe, général commandant l'armée impériale au quartier général de Richemont. »
Réponse du commandant de la place de Thionville à l'armée impériale et prussienne.
« Nous gémissons avec vous sur les maux qui affligent la France, nous ne partageons et ne partagerons jamais les crimes qui souillent les annales de notre révolution; mais, citoyens français, nous sommes tout aussi peu disposés à nous soumettre au despotisme que vous nous offrez ; et les princes savent bien qu'à part opinion, un ensemble de gens d'honneur ne posent point lès armes sur des invitations qui ne sont que des menaces.
u A Thionville, le 5 septembre 1792, l'an he de la liberté.
« Félix WiMPFfEN, maréchal de camp, commandant à Thionville. »
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