‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 224 sur 236 · LETTRES CONFIDENTIELLES · texte numérisé non relu

LETTRES CONFIDENTIELLES

RELATIVES A LA CAMPAGNE DE L ARGON NE ET A LA RETRAITE DE L'ARMÉE AUSTRO-PRUSSIENNE EN 1793.

{Voie pages 160 et 167.)

La campagne de l'Argonne a été racontée avec les plus grands détails par tous les historiens de la Révolution. Aussi avons-nous essayé, dans le cours de notre récit, d'en résumer le plus brièvement possible les faits les plus importants, afin de réserver une plus large place au récit beaucoup moins épuisé de ce qui se passait à cette époque à la Convention et au club des Jacobins. Mais nos recherches nous ayant permis de réunir un certain nombre de lettres confidentielles et inédites qui jettent un jour nouveau sur plusieurs points historiques relatifs à cette campagne et lui donnent sa véritable physionomie, nous avons cru devoir les publier presque sans commentaires en les accompagnant seulement de notes qui indiquent : 1* les événements auxquels certains passages font allusion ; 2° la concordance qui existe entre la correspondance intime et les lettres ostensibles signées souvent des mêmes personnes. On a ainsi le récit confidentiel mis en regard du récit officiel. C'est au lecteur à comparer les différences que l'on rencontre souvent entre ce qui se disait tout haut et ce qui se pensait tout bas.

Dumouriez , général en chef de Varmée du Nord, à Servan, ministre de la guerre,

v Saidto-Menetiould, le 11 septembre 1792, l'an ive de la Liberté.

<i Je ne peux pas m'empêcherde vous dire, mon cher Servan, qu'en voulant réparer le mal qui est arrivé dans le déparlement du Nord, vous faites un aulre mal irréparable, car vous allez être cause de la désorganisation du corps excellent que m'amène Beurnonville.

« Je ne connaissais point M. de Ruault; c'est sur la recommandation du sage et vertueux La Bourdonnaye que je l'ai proposé pour maréchal de camp, pour le suppléer à Lille; vous l'en ôtez; sans doute il l'a mérité, mais il est possible que cet homme qui n'a pas assez de -tête pour être en chef soit bon avec La Bourdonnaye; ainsi, écrivez-lui sur cela.

« Le premier mal a été d'ôter La Bourdonnaye du commandement général, et je ne vous connais d'autre moyen que de le renvoyer en chef.

" « Beurnonville est excellent pour l'armée et ne vaut rien pour un commandement stable. 11 n'est pas encore assez fait pour cela. Les détails l'impatienteront ; il srcra fâché de ne pas être à la guerre et avec moi ; le corps de troupes qu'il amène sera découragé. D'ailleurs je n'ai que lui pour les avant-gardes, car Dillon ne vaut rien du tout; je m'en rapporte à ce que vous dira le commissaire Paris. Je vous prie même de le rappeler au plus tôt pour m'éviter la contradiction de le destituer, après l'avoir soutenu contre votre opinion à tous, parce que je lut croyais des talents militaires qu'il n'a pas.

« Quelque utile que puisse être La Bourdonnaye auprès du maréchal pour le salut de la patrie, donnez-lui le commandement en chef de l'armée du Nord, et faites-le marcher avec dix mille hommes du camp de Soissons. Je lui donnerai tous les conseils de mon expérience et de l'amitié; mais il est nécessaire en Flandre, où il est aimé. Répondez-moi courrier par courrier. Vous vous plaignez, mon ami, de ce que je fais trop d'officiers généraux, et nous n'en avons pas assez ici debout.

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NOTES

« Clïazot n'a pas de santé et ne peut qu'être attaché .au corps de bataille. Il fatit absolument renvoyer Dillon, que les commissaires de l'Assemblée et moi-même avons jugé trop favorablement. Dubouquet, Duverger, Diellimann sont de vieux routiers, honnêtes gens, mais sans de grands talents. Stengel est le seul bon officier que j'aie-, Miaczinski et Mouet, sont deux étrangers; le dernier n'a qu'un baragouin inintelligible et ne peut pas mener nos troupes.

« Je fais venir Beurnonville pour mon avant-garde , il a encore besoin de mes conseils; il a la confiance des troupes, à cause de sa figure, de sa bravoure , de sa loyauté; j'en aurais fait en six mois un bon général; vous me l'ôtez pour le charger d'un commandement au-dessus de ses forces. Vous m'ôtez Dampierre, qui de même est un général de main et n'a ni les talents, ni l'âge pour un commandement stable. Desforêts, que vous laissez pour conduire le renfort, est plus propre dans une place et n'a pas cette réputation patriotique qui peut maintenir dans ce renfort l'esprit du camp de Maulde.

« Je vous prie, pour le salut de la patrie, de changer cette disposition; si je n'ai pas de coopéraieurs à mon choix, je ne réponds plus de rien. J'ai encore besoin de deux officiers généraux excellents que je vous demande. L'un est M. de Pouthier, colonel du 21e régiment de cavalerie, qui a sauvé son régiment; l'autre est M. Neuilly, colonel de dragons, qui est propre à tout.

« Je retourne ce soir à mon camp; et, à tout hasard, je vais renvoyer le général Duval au-devant des dix mille hommes que je n'ai fait venir dé Flandre qu'à regret et sur votre sollicitation, car je craignais de dégarnir ce côté ; aussi ne m'y suis-je décidé qu'après la prise de Verdun, et à l'extrémité. Je peux, si vous voulez, renvoyer en Flandre M. de Vouillers, chef de mon état-major, et je reprendrai Moreton , mais c'est encore faire tort à La Bourdonnaye, qui est nécessaire en Flandre. Vous me direz qu'il est utile auprès du maréchal; point du tout, donnez-lui des commissaires civils, et il ira bien.

« Mon dernier mot est que, si vous ne vous dépêchez pas d'envoyer La Bourdonnaye en Flandre, ce pays est perdu; que Beurnonville ne peut pas le suppléer et qu'il m'est nécessaire

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ici, parce que je n'ai que lui, Stengel, Duval et Neuilly, à employer détachés- Je serai ce soir à Grandpré.

« Le général en chef de l'armée du Nord, « Dumouriez. »

BeurnonoilU au maréchal Luckner.

A La CUcppc, le lfi septembre 1702.

« Monsieur le Généralissime, « J'avais eu le bonheur d'échapper cette nuit au nombreux ennemi qui s'oppose à ma jonction avec M. le général Dumouriez; à deux heures elle devait ôtre faite à Dammartin, mais j'ai trouvé l'ennemi placé à Contrevout, entre M. Dumouriez et moi; je suis forcé de me replier sur Chàlons,-où j'arriverai à sept heures du soir. Je vous supplie d'ordonner que l'on m'envoie bois et paille pour près de onze mille hommes accablés de fatigue, qui ont huit jours et trois nuits de marche sans relâche, par la pluie, par la boue, par la traverse, et qui meurent de fatigue, mais pleins de zèle pour se réunir à leurs braves camarades.

h Voilà quatre nuits, Monsieur le Général, que nous ne dormons point, nous comptons sur vos bontés. J'ai besoin d'un logement de trois mille hommes d'avant-garde, le reste campera.

« Je demande repos pour demain, et après je serai au général Dumouriez. Je crois qu'il sera attaqué ce soir, je l'en préviens, et vous prie de lui faire parvenir diligemment ma 'eltre* « Le lieutenant général,

« Beurson ville. »

Damouriez à Philippe Deuaux, son aide de camp l.

« Le 18 septembre, à deux heures, au camp du Braux.

« Dites à mon brave ami Ketlermann, mon cher Devaux, que je crois qu'il n'y a pas d'inconvénient à ce qu'il campe à

1. Çctte lettre est adressée par Dumouriez à Devaux qui était déjà à Dampierre auprès de Ketlermann ; elle était évidemment faite pour Être montrée à ce dernier.

NOTES

Dampierre, mais que je serais bien aise, pour prouver à mon armée quels secours lui arrivent, qu'il m'envoyât soit des ordonnances, soit des détachements de plusieurs espèces de troupes pour qu'on les vît dans le camp. Il n'y a rien qui paraisse en avant de mon front de ce côté-ci de la Tourhe, dont j'ai fait couper tous les ponts. Le général Stengel observe tout ce fond.

a C'est le général Duval qui est aliaqué du côté de ce bois, entre l'Aisne et la forêt. II m'annonce trois colonnes de plus de vingt-cinq escadrons de cavalerie. Je lui ai envoyé cinq bataillons de renfort. J'en ai envoyé deux à Florent avec deux pièces de position; je lui ai conseillé de perfectionner les abatis qu'il a commencés, pour n'être pas tourné par le bois; il a coupé tous les ponts et il a sept mille hommes, dont moitié d'excellente cavalerie, pour tomber sur les têtes de colonnes en cas qu'elles s'avisent de vouloir passer le canal de la Biesme devant lui. C'est une attaque à faire périr beaucoup de Prussiens. J'espère qu'ils n'en tenteront pas une sur la Tourbe: si cela était, j'aurais le temps d'avertir mon ami Kellermann, et il aurait le temps de m'envoyer du secours. J'ai le plus grand désir de l'embrasser. a Le général d'armée,

« DtJMOUIUEZ. »

Le général Dumouriez au générai La Bourdonnaye.

« Quartier général de Sainte-Munehould, le 19 septembre 1702, l'an iv= de la Liberté, le i" de l'Égalité.

« Je vous envoie sur-le-champ, mon cher La Bourdonnaye, le pauvre Valence', comme vous le désirez ; je suis enchanté qu'enfin on ait suivi mon avis, quoique un peu tard, et qu'on ait remis en vos mains le commandement de l'armée du Nord, qu'on n'aurait jamais dû vous laisser quitter un seul moment. Je vous enverrai à Valenciennes tous les papiers qui concernent ce commandemeni, et je vous conseille de laisser à Lanoue les détails du camp de Maubeuge et de l'arrondissement de Rocroy,

1. En marge est écrit, de la main du générai La Bourdonnaye : « C'est ■M. de Spam qui est arrivé. »

Philippeville, Marienbourg et Givet. Gardez-vous Malus? si vous voulez Votiillers, qui est un homme sage et'de détails, envoyez-moi Moreton et nous ferons l'échange.

« J'ai été plus brave que vous pour mon adresse à l'armée de Châïons; je l'ai fait publier ici à l'ordre aux sept bataillons que vous m'avez envoyés, ils ont été très-souples et m'ont promis monts cl merveilles; je leur tiendrai parole et je ne les raierai pas. Si je ne prenais ce parti, ils ruineraient mon armée et finiraient par me pendre, ce que je ne suis point du tout d'humeur à endurer. — Les Prussiens sont accablés de maladies, exténués de fatigue et mourant de faim. En tenant cette position-ci, j'achèverai de ruiner leur armée; c'est l'affaire de quinze jours et je réponds du succès, à moins de crise fâcheuse dans l'armée même, ce qui, j'espère, n'arrivera pas. Ainsi tenez-vous sur la défensive : les Autrichiens ne peuvent faire aucun siège ; il est trop tard et ils n'ont pas ce qu'il faut. Je vous promets avant le 10 octobre de mener trente ou quarante mille hommes à votre secours, et de pénétrer encore cet hiver en Brabanl. Je vous conjure de bien examiner l'instruction que j'ai laissée a Moreton, de pousser la levée des bataillons francs et surtout celle des Belges. Faites venir Maret, qui est auprès de vous. Voyez ce qui reste des six cent mille francs, et demandez six cents autres mille francs qu'il faut vous envoyer sans délai. Vous pouvez envoyer copie de ma lettre au Conseil exécutif pour appuyer vos demandes. Donnez-moi de vos nouvelles. Votre présence vaut beaucoup dans un pays où vous êtes aimé et estimé. Notre tendre et sincère amitié ajoutera encore au concert qui vas'établir entre nous, et j'espère que nous finirons cette guerre heureusement ensemble. Je vous embrasse.

*i Le général en chef de l'armée du Nord,

« DUMOUMBZ. »

Damouriez à Biron.

« Saînte-Menehould, 25 septembre

« Tout se réunit ici, mon cher Biron; le roi de Prusse s'est fourré dans le guêpier et meurt de faim. Vous m'avez mandé

que vous avez quinze mille hommes prêts. Faites-les marcher par Metz et Toul sur Bar avec la plus grande diligence. Là, je leur indiquerai les moyens de couper la communication de Verdun. Ne perdez pas de temps, nous tenons les ennemis, et sous quinze jours nous pouvons ruiner leur armée et terminer laSuerre- «Votre ami,

(l DfJMOUJMEZ »

« P. S. Je réunis ici près de cent mille hommes. Je couvre Reims, Cliâlons et Vitry ; votre corps d'armée achèvera Je reste. »

Dumouriez , général en chef de l'armée du Nord, au, ministre d-e la guerre.

u Sainte-MeoehouW, le 2G septembre 1702, l'an iv* de la Liberté, le itr de la République.

« J'ai reçu, ministre citoyen, votre lettre du 23, parlaquelle vous me demandez des lettres plus fréquentés et plus détaillées. Si tout était en bon ordre, si tout marchait comme je le désire, je n'aurais à faire que mon métier de général, et alors j'aurais du temps de reste pour vous écrire; mais je suis obligé de faire tous les métiers et de passer à tout moment au travers de toutes les contrariétés.

« Le petit nuage est entièrement dissipé entre Kellermann et moi. Je lui ai développé mon plan ; il l'entend parfaitement bien, il l'a entièrement adopté, et nous sommes convenus de tous nos faits; mais je n'en crois pas moins nécessaire que vous donniez une décision sur le commandement du plus ancien, quand deux armées sont réunies, pour tout le temps qu'elles passent ensemble. Vous devez être sur que je n'en abuserai pas et que je ferai faire par amour ce que je pourrais exiger par droit. Kellermann me fait dire que vous lui écrivez une lettre très-pressante pour l'engager à se porter sur Chàlons. Je vous avoue , mon cher Servan , que je pourrais être un peu étonné de ce que vous vous adressez séparément à un des deux chefs de l'armée : 1» parce que vous avez l'air de craindre que je m'obstine à garder ma position de Saihte-Menehould ;

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2° parce que, si Kellermann prenait an pied de Ja lettre votre dépêche, ou il me forcerait la main et dérangerait mon plan, ou il partirait seul et m'abandonnerait à l'ennemi. Si j'ai votre confiance, comme vous me le mandez dans toutes vos lettres, n'écrivez rien qui puisse me faire croire le contraire; sinon , je vous demanderai des ordres, je les exécuterai, et vous répondrez de tout. Ne vous laissez point aller par Tes frayeurs de la ville, et analysons de sang-froid ma conduite depuis l'ouverture de la campagne.

« Je suis arrivé à Sedan le 28 d'août ; la totalité de l'armée du traître La Fayette était de dix-sept à dix-huit mille hommes. Le roi de Prusse et Clerfayt en avaient quatre-vingt mille contre moi ; je leur ai tenu tête, sans être entamé, jusqu'au 15 de ce mois.

« Depuis lors, au moyen des différentes réunions, j'ai rassemblé au camp de Sainte-Menehould cinquante-huit mille hommes. Ce camp, contre lequel on crie tant à Paris, a tenu si bien en échec l'armée prussienne, que, quoique placée entre Reims et Chàlons et moi , elle n'a osé pénétrer ni à Reims ni à Chàlons.

« Je suis arrivé au point d'épuiser cette armée par les bivacs, la famine, les maladies et la désertion. J'ai eu l'avantage dans tous les combnts particuliers : c'est en quoi le brave Kellermann m'a vigoureusement aidé. J'ai été le Fabius, il a été le Marcel lus, et nous minons sensiblement TAnnibal Brunswick. Après avoir joué le rôle de temnoiïseur tout le temps nécessaire pour en imposer à ces fameux généraux prussiens, lorsque j'ai appris qu'ils avaient écrit pour recevoir des secours, j'ai fait un plan pour réunir soixante-dix à quatre-vingt mille hommes, avec lesquels je vais les forcer à faire un mouvement. En attendant, nous nous amusons mutuellement avec de vaines négociations dont j'ai tout l'avantage, parce que cette espèce de trêve donne l'occasion à nos postes avancés d'inonder les leurs du décret des déserteurs en allemand. Vous verrez, par le plan développé dans la dépêche que vous porte M. Vialia, que par mon projet de réunion je couvre également Chàlons et Reims sans découvrir Vitry. Je tiendrai celte nouvelle position beaucoup plus facilement encore que celle de Sainte-Menehould. Je recevrai mes

NOTES

convois avec une extrême facilité et j'embarrasserai fort l'ennemi, à qui je ne laisserai pas même la ressource désespérée de hasarder une bataille. Si, au lieu de cela, nous nous divisions, le général KeJlermann et moi , nous courrions risque l'un et l'autre de nous voir accablés par la totalité des Prussiens avant 'd'être secourus; nous nous éloignerions trop de l'ennemi, nous laisserions trop de terrain à sa disposition et nous intimiderions nos deux armées, parce que nous aurions l'air de fuir un ennemi qui n'ose nous attaquer.

« Le général Dubotiquet est déjà rendu d'hier au soir au Frêne; sa cavalerie légère est en avant de lui sur Tilloy. Voilà donc notre communication de Chàlons bien parfaitement rétablie. Quant à celle de Reims, comme j'espère que, le 28 ou le 29 au plus tard, le général d'Harville sera campé à Auberive sur Suippe, alors je pourrai faire mon mouvement par la gauche et déborder la droite du roi de Prusse. Je fais partir aujourd'hui les gros équipages pour Vitry, ainsi que Kellermann les siens, afin d'être moins embarrassé dans nos mouvements, et, vers le 30, j'exécuterai ma grande disposition; jusque-là, rien ne périclite, et si vous montrez mon plan au patriote Laclos, je le fais juge lui-même de cette disposition militaire.

. <( J'attends ce que mon ami Le Brun me mandera sur les propositions de l'aide de camp général Manstein ; il a diné chez moi hier avec Kellermann, .Valence et les deux princes Égalité. Je lui ai remis le Moniteur, et je lui ai expliqué avec beaucoup de franchise que le roi de Prusse, s'il voulait traiter, devait le faire avec la Convention nationale. J'ai aujourd'hui chez le roî de Prusse M.Thouvenot, adjudant général, pour traiter l'échange des prisonniers. Je crois que, malgré la répugnance du monarque prussien, on me rapportera de nouvelles propositions. Je les ferai passer sur-le-champ par an courrier., J'avoue que je suis intimement persuadé que rien ne serait plus heureux pour la France que de détacher le roi de Prusse; jusqu'à présent je ne suis que la raquette qui reçoit et qui renvoie les propositions de négociations. Comme les Prussiens paraissent me témoigner une confiance exclusive, parce que j'ai été ministre des affaires étrangères, je pourrai , si la République le juge à propos, et si on m'envoie des bases, travailler activement et

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profiter des circonstances. J'attends sur cela des ordres ultérieurs, mais on peut être persuadé que la négociation ne dérangera en rien mes opérations militaires , et que dans la position militaire où nous sommes, j'aime mieux couper le nœud gordien que le délier. Il faut nécessairement quele roi de Prusse : 1° reconnaisse la République et traite avec elle; 2° rompe la convention dePilnitz ; 3° évacue les places de Longwy et Verdun qu'il a prises et remmène ses troupes; 4* ne se mêle point de notre guerre avec la maison d'Autriche, et déclare qu'il ne la regarde point comme une guerre d'empire ; 5° se contente d'une simple intercession en faveur de Louis XVI; sans rien exiger à cet égard ; 6° laisse terminer par une discussion juridique l'affaire des princes possession nés.

- « Si ces six articles, avec peut-être quelques modifications, peuvent être accordés, il s'ensuivra très-vite un traité d'alliance entre la France et la Prusse qui donnera, presque sans combattre, la liberté aux peuples de la Belgique. Je n'ai rien entamé à cet égard avec M. Manstein, mais dans la conversation d'hier jelui ai fait entrevoir l'impossibilité de traiter autrement, et le peu d'intérêt que mettent les Français à traiter de quelque manière que ce soit. Je saurai ce soir quelle impression ma conversation a pu faire au quartier général.

« Vous pouvez annoncer à nos pères conscrits que les soldats montrent autant de persévérance que de courage; que, quoique sans pain depuis deux jours par la lenteur des convois, non-seulement ils ne murmurent pas, mais que, plus ils souffrent, plus ils semblent redoubler de confiance en leurs généraux. Je vais encore faire quelques exemples pour achever d'établir l'obéissance aux lois. Dans l'armée de Dubouquet, on ne parle que découper des têtes. J'ai écrit une lettre qui, j'espère, fera effet. Si cela ne suffit pas, je prendrai d'abord le parti de chasser avec infamie les motionnaires , et, si cela ne suffit pas encore, j'en ferai faire une justice sévère et expéditive. Les troupes républicaines doivent avoir, avec moins de châtiments avilissants, une discipline plus austère que les satellites des despotes.

« Le général en chef de l'armée du Nord, « DuAiouriEz. »

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NOTES

Beurnonville à Dumowiez i.

u J'ai trouvé sur les journaux que le général Kellermann n'a pas oublié les louanges pour son armée le jour de l'affaire du 20. Je n'en demande point pour moi , mais dites quelque chose pour votre avant-garde à mes ordres ; elle lit , elle verra avec plaisir que vous ne l'oubliez pas.

« Voilà plus de 250 prisonniers dans la semaine; mais depuis hier à aujourd'hui, 200 prisonniers, ù émigrés officiers de la maison du roi, régénérée à Coblentz, 1 aumônier, 80 chevaux, 2q chariots chargés : voilà le résultat de mes prises dans quarante-huit heures.

u Tués, 27 hussards et fantassins, et l'officier commandant les hussards.

« Assaisonnez ce bulletin pour louer votre avant-garde sur le premier journal. Vous avez fait trêve de feu , mais je n'ai point cessé de courir sur le butin ; aussi tous mes hussards ont des montres et de l'or.

« Ajax !. »

« Ajax se rappelle à MM. tes commissaires, et surtout à Ulysse qui a de si bon vin de SMlery, à qui il présente ses hommages. »

1. Cette lettre n'est pas datée, mais elle Tait allusion au rapport de Kellermann sur la canonnade de Valmy. Ce rapport, ainsi que celui de Dumouriez, se trouve au Moniteur du 24 septembre, n° 208. Il n'a pu être connu des avant-postes français que le 27 ou le 28 ; d'un autre côté , on voit que l'armistice sur le front de l'armée dure encore; il ne finit que le 3(1. On peut donc avec certitude assigner à cette lettre la date du 28.

2. Beurnonville aigne Ajax. C'est un surnom que Dumouriez lui avait donné quelques jours auparavant et dont on trouve la confirmation dans la lettre écrite par celui-ci au ministre de la guerre, datée du 1" octobre {Journal des Débats et décrets, n° '13, p. 221.) u L'armée, y est-il dit, a baptisé le brave Beurnonville du nom d'Ajax français. » On voit par une lettre do Carra (Moniteur, n° 182) que l'on s'était plu à donner ans principaux personnages de cette guerre des surnoms qui rappellent les héros d'HomèTC. Ainsi à côté d'Ajax-Beurnonville, figuraient UI.V3se-SiHery,Agamemnon-Dumourici!, Diomède-Duval.

tv 35

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HISTOIRE Dtë LA TRKKEDH.

Beurnonvitte à Dumouriez.

» La NeuvilIe-au-Pont, le 20 septembre -17 'J2.

u Comme j'aime à vous faire plaisir, mon cher général, je joins aux 18 chariots de ce matin l'envoi d'environ 70 prisonniers, savoir : 1 sergent , 1 chirurgien, 46 soldais , un Liégeois, 3 domestiques, h femmes, plus deux hussards déserteurs de Chamboran; plus MM. de Boisseuil, émigré, se disant major de la nouvelle gendarmerie, Detrès de Tissard, officier aux gardes françaises, et de Nauvray, otiieier de chevau- légers, avec M. Girard, aumônier des hussards Lauzun. Demain matin j'espère vous envoyer autre chose; mes corsaires sont en course.

« J'envoie le commissaire des guerres et un adjoint pour voir si, dans l'envoi que je fais, il y a des chemises, souliers et eau-de-vie, afin que vous fassiez donner à l'avant-garde ce qu'elle a besoin de ces objets qui lui manquent.

« Je vous embrasse, bien content de voire fils aîné.

« Beurnonville.»

« Je vous recommande ces b d'émigrés qui ont l'air de

pendards et qui nous font tant de mal. Vous voyez, ici qu'on les abandonne à la sévérité des lois; »

Weslermami au. ministre de la guerre.

« Du quartier général de Sainus-Meuehoulil, le 30 septembre 1192.

« Mon général , « MM. les députés de l' Asse mblée nationale ont été hier aux deux armées, et avant-hier à celle de M. Du bouquet, ils ont harangué les soldats avec force et un Vive la nati&n ! Vive la république ! est devenu le refrain général de l'armée. J'ai parlé à M. Kellermann; les deux généraux ont resserré de nouveaux nœuds d'amitié; l'amour-propre ni de l'un ni de l'autre ne fera souffrir la chose publique, quoique vous en ayez été effrayé un

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NOTES

instant. L'ennemi lève dans le moment son camp, et nous le nôtre pour le suivre ; nous ne savons pas encore où il porte sa marche. Soyez parfaitement rassuré sur notre position; l'ennemi est aux abois, nous lui avons coupé sa communication avec Verdun ; 1 05 prisonniers avec 27 voitures de vivres ont été le fruit du courage du brave Beurnonville; il y a 8 émigrés aunombre des prisonniers; nos hussards avaient déjà pris 60 voitures de vivres, mais le bataillon de la section des Lombards de Paris devant soutenir ce convoi a pris la fuite à l'approche d'un escadron de hussards; ces malheureux crièrent aussitôt, en fuyant, à la trahison, et qu'on les conduisait à la boucherie; nos hussards, forcés d'abandonner leur proie, ont coupé les jarrets à /| 0 chevaux, et ont amené encore 6 de ces voitures. 25 volontaires de ce bataillon des Lombards ont eu la tête rasée, et ont été chassés en veste

« Je n'entrerai dans aucun détail sur la négociation avec les Prussiens. M. Dumouriez a fait imprimer le tout, qui va vous parvenir, et MM. les députés de l'Assemblée nationale vont de même en rendre compte2.

« Je vous demande pardon de mon griffonnage -, les chevaux sont à la porte pour suivre l'ennemi.

«'Je suis avec respect, mon général,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur, « Westermank. »

« J'apprends par des paysans près du camp de l'ennemi que, chaque jour, ils enterrent une grande quantité de monde. »

I. C'est à cet incident que Dumouriez fit allusion dans son discours à la section des Lombards- (Voir page 181 de ce volume.),

II. Voir au n° 277 du Moniteur la lettre par laquelle Dumouriez annonce, le 1" octobre, au ministère du la guerre, l'envoi de ces pièces : — « Jo vous envoie quelques exemplaires dp, ma négociation, écrit le général en chef; je l'ai fait imprimer, païen que le général d'une armée d'hommes libres ne doitpoint laisser de soupçon sur su correspondance avec les ennemis. » — Les pièces sont publiées au 3lonilew, n° 280. Elles se composent: 1° d'un Mémoire de Dumouriez au roi de Prusse; 2" d'une Lettre île l'aide de camp jiruxsien Manstcin ; Z" de la Réponse de Dantouriez à cette lettre, 28 septembre; i" d'une nouvelle Lettre de Man&tein, .29 septembre; 5° de la Réponse' de Duutouries, en date du même jour.

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Westermann à Pètion.

« Du quartier général de Sainte-Meneliould, le 30 septembi-e 1192, à onze heures du soir.

« Monsieur le Maire ,

« Nous n'avons pas eu d'attaque ; l'ennemi s'est replié pour se rapprocher de ses magasins. II s'est campé à Saint-Jean-sur- Tourbe. Le chirurgien-major de l'armée a visité le camp qu'ils ont abandonné. Il dit qu'il est pestiféré et qu'il faut y brûler beaucoup de vinaigre et autres choses. Demain toute la route de Chàlons sera bien garnie; notre communication y est rétablie. Je vous envoie des lettres du général Beurnonville à M. Dumouriez, où vous verrez ses projets et ses prises; elles me dispensent d'entrer en détail. Demain je vous enverrai une espèce de supplique des Prussiens et la réponse imprimée de M. Dumouriez, après le manifeste de Brunswick. Je sors des prisons; tous les prisonniers sont d'accord que l'armée prussienne et autrichienne est attaquée de la dyssenterie. Sur 200 prisonniers, 45 sont à l'hôpital. Nous avons appris qu'ils ont 8,000 malades à Grand-Pré. Tous disent qu'ils manquent de tout. En voilà assez ; je vais me coucher bien fatigué. A demain.

« Envoyez de ma part, si vous le pouvez, plusieurs de ces imprimés aux Jacobins.

K Westeiîmann. »

i< Du quartier gim-ral >le. S Liutc-Meneliould, ic 1"" octobre 1702, an ier de la République française.

« Monsieur le Maire, « Indépendamment des nouvelles que vous apprendrez par les pièces ci-jointes, je vous dirai qu'environ 26 à 28 autres prisonniers et 6 voitures nous ont été amenés, 3 émigrés, les sieurs Condé, Gissert et Montigny, ci-devant officiers d'Angoulême, Français. Mais ces braves chevaliers revenaient tranquillement en France reconnaître leurerreur; c'est le refrain de tous ceux qui sont pris.

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« J'ai été aujourd'hui au camp que l'ennemi a occupé hier la nuit. J'y ai trouvé 6 chevaux et 2 hommes morts, je crois qu'ils retournent chez eux. Tout va au mieux.

« Je viens d'embrasser la malheureuse victime, Georges, qui, avec une très-grande barbe, accompagnera vos commissaires à Paris ; demain je vais avec un trompette au camp de l'ennemi , au risque de ma vie, pour délivrer un autre député, nommé Uaude, que Georges m'a dit être aux fers à Verdun. Heureux si je puis être assez heureux de le délivrer aussi ! A demain d'autres nouvelles.

« Westermann »

Dillon à Dumouriez.

et A la ferme de Milet, le i" octobre 1792, l'an i" de la llépublique, Nuit heures du soir.

it Je rentre, mon cher général, de ma petite excursion contre les Hessois. En arrivant le matin à Passavant, j'ai appris qu'un corps de Hessois avait passé à six heures du matin à Lavoye et se portait sur FJeury, où il avait commandé hier des vivres. Les hussards et la brigade de dragons se portèrent sur ces deux villages pour connaître la force et la position des ennemis. Je me portai avec mon infanterie au coin du bois Labbé, en avant de la verrerie de Waly. J'appris, presque au même moment, qu'un corps ennemi occupait les villages d'Autrecourt et de Fïeury. Je

i. Les trois lettres de Westermanit, les deux îettres de Beurnonvillo et les autres lettres qui vont suivre doivent être rapprochées :

■1° De ladépeche écrite de Sainte-Menehould, le 30 septembre, par les commissaires Carra, Sillery, Prieur, et de la lettre de Du mou riez, en date du 1" octobre, qui se trouvent toutes deux au Moniteur, n" 277;

2° De la lettre des trois commissaires, en date du 1 octobre, et de la lettre de Dumouriez, en date du 1er octobre au soir, Moniteur, n° 278;

3° De la lettre de Dumouriez, datée de Vienne-la-Ville, 2 octobre, Moniteur, n" 279 i

4" De la lettre des trois commissaires, datée de Sainte-Menehould, 2 octobre, Moniteur, n" 2S0;

58 De la lettre de Carra, du 2 octobre, dont extrait est donné au Moniteur. n° 282.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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