‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 225 sur 236 · HISTOIRE DE LA TERKBDB · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA TERKBDB

me portai immédiatement en avant, et je découvris iin corps d'infanlerie hessoise d'environ 600 hommes, et 200 chevaux, ainsi qu'un escadron d'émigrés, postés sur une hauteur entre Auirecourt et Fleury ; les deux villages occupés par de petits postes de tirailleurs. Malheureusement la rivière d'Aire, qui n'est guéable que dans tin point, s'est trouvée entre nous et les ennemis. Je fus obligée d'attendre quelque temps mon canon et mon infanterie, et de la faire passer par le pont de Fleury. -Aussitôt que les ennemis virent notre canon, ils firent leur retraite sur Rarecourt. Le général Neuilly, qui était à ma gauche à Autre-courte n'a pas attendu que le bataillon de M. Fegond fût arrivé ; il s'est précipité à la tête de ses dragons dans le village, y a rencontré trente Hessois qui gardaient le pont, les a culbutés ; ils ont été tous tués, à l'exception de deux, qui sont prisonniers et fort blessés, et du lieutenant Lindon, que j'ai ici prisonnier, et que je vous mènerai demain. Il y a eu de plus 7 Hessois et 1 officier appelé Haller tué à Lavoye.

« Le général Galbaud a pointé lui-même un canon sur les émigrés et en a culbuté un. Sans la maudite rivière et le chemin immense que mon infanterie avait fait, j'enveloppais le corps hessois ; mais il eût été imprudent de le suivre plus loin que Lavoye. Nos hussards et nos dragons ont été jusqu'à une petite lieue de Clermont. J'ai admiré la patience et l'ardeur das troupes, après avoir fait six lieues dans des chemins affreux. .L'intrépidité et la promptitude des dragons est au-dessus de tout éloge. Le général Nenilly a tué le premier Hessois de sa main, et a donné la vie au lieutenant Lindon.

« Cette petite expédition fera, je crois, très-bien; ces ennemis verront que les Français vont partout au-devant eux; j'ai donné aux troupes Z| bœufs tués par les Hessois.

« Si vous avez quelques nouveaux ordres à me donner, mon cher général, faites-les-moi passer tout de suite; sans quoi je me propose de renvoyer mes troupes à Bienne, quitte a les faire re-' venir si les Hessois reparaissent, ce que je ne crois pas.

i« Le lieutenant général Dillok. »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES.-

Sillery à Pètion.

« Sainte-Menehoold, le 1 octobre.

u Vous pouvez juger, mon cher ami, par ma correspondance avec la Convention, que je suis dans la pins parfaite sécurité relativement à notre position. Dumouriez fait la plus belle etla plus savante campagne que la France ait jamais faite. Vous verrez quelle est mon opinion dans le petit résumé que j'en ai fait dans la lettre qui arrive à la Convention parce même courrier. Ce général a su tenir tête contre l'opinion générale , et la France est sauvée. Elle eût été dans un grand danger, s'il ne s'était pas obstiné à garder sa position. En effet, s'il s'était jeté sur Chàlons ou Reims, les ennemis, mourant de faim , n'eussent point cherché à l'attaquer, mais ils se seraient emparés du Barois, auraient hiverné dans nos campagnes abondantes, et là ils se seraient raccommodés et renforcés ; l'année prochaine ils eussent entamé une nouvelle campagne, au lieu que je les en défie maintenant.

« Depuis trois jours que nous sommes ici, plus de h ou 500 prisonniers ont été faits ; toutes les routes sont sillonnées de cadavres et de chevaux morts : en un mot, il n'en sortira pas de France 30,000 hommes, et ils sont venus au nombre de plus de 80,000. La France doit une grande marque de sa reconnaissance aux généraux qui l'ont si honorablement servie.

« Malgré ma goutie, je suis à cheval depuis le matin jusqu'au soir, et je sens, mon cher ami, que lorsqu'on estmù par un grand intérêt, on oublie ses maux facilement.

ii Les nouvelles de cette nuitannoncent que Dillon a attaqué les passes de l 'arrière-garde de l'ennemi qui décampe de Clermont; il leur a tué 30 hommes et fait quelques prisonniers. Tout

va bien, je suis content, et d'ici à vingt jours, ces b là ne

seront plus sur notre terrain. Dumouriez a envoyé un courrier à Metz pour faire venir de l'artillerie de siège, des mortiers, et bientôt Verdun et Longwy seront assiégés. Adieu , cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur.

« SlLLERV. »

a Mes respects aux deux nonnes citoyennes. »

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HISTOIHH DE LA TKHHKUH-

Westermann à Pètion.

« De Vienne-Ie-Château , le 'A octobre i'tWï, à six heures àa matin .

« Tout continue à aller bien ; nous suivons l'ennemi, nous faisons toujours des prisonniers , nous prenons des équipages sans pour ainsi dire perdre des hommes.

« Ci-joint des lettres des généraux en sous-ordre à M. Dnmouriez, où vous verrez notre position ; une autre, prise sur un paysan arrêté, et envoyée à un émigré de Grand-Pré à Verdun, où vous connaîtrez aussi la déplorable position des armées ennemies; c'est là la meilleure correspondance. Ces misérables sont à Grand-Pré, et marchent selon toute apparence surLongwy et Verdun. Nous les suivons de près... De I'eau-de-vïe , du vinaigre, du riz et des munitions, et nous chasseronsces ennemis de nbtre félicité jusqu'à Vienne et Berlin.

« J'écris sous un arbre; excusez mon griffonnage. Mes hommages à vos dames, qui, à l'heure qu'il est, sont bien sûrement plus à leur aise que mot.

« Westermann. »

Le général Westermann au citoyen Philibert, négociant a Slrasbowy.

ii Du quartier général de Sainto-Meuehould , le 3 octobre 1792.

« Ne m'accusez pas, mon ami, d'ingratitude de ce que je suis si longtemps sans vous écrire; je n'ai pas le temps de respirer, je ne dors pas, et je ne puis plus résister à la fatigue. Chef de la légion du Nord, adjoint à l'état-major de l'armée, et commissaire général du pouvoir exécutif, mes occupations et mes courses sont inexprimables.

« J'ai été au camp prussien, dîner avec le roi de Prusse ; j'ai fait plus que jamais l'on n'a espéré de moi; dans ce moment je suis tout-puissant; que petix-je faire pour vous, mon ami ? — J'ai fait chasser Thoinassin. La place n'était pas pour vous;

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NOTES

dites-moi quelle est la place de l'imprudent Enremann (ils; je le ferai ciiasser et vous la ferai donner; ou marquez -moi ce que vous désirez. — Tout va bien; tes Prussiens se séparent d'avec les Autrichiens; toutes leurs armées sont en déroute; chaque jour nous leur prenons des équipages de vivres et des hommes, et nous leur tuons passablement. La République sera établie malgré l'univers. Oubliez vos anciens préjugés. Aimezmoi, et je vous aimerai toujours.

« Adieu, mille choses à vos dames.

« Westërmakk. 11

Sillenj à Pêtion.

« Siiitily-SIeneliould, le 3 octobre, mu i"r de la République.

« Tout va, cher ami, au delà de nos espérances; les ennemis f. le camp grand train; ils ont déjà dépassé les gorges

de Grand-Pré; et si Dumouriez était obéi par le général Kellerman, on les aurait écrasés dans leur retraite. À deux heures du matin, j'ai été réveillé par un aide de camp du général, qui m'annonce que Kellermann a donné ordre aux troupes qui sont sous ses ordres de rétrograder. Kellermann a probablement imaginé ce mouvement sur un faux avis qu'il a reçu, que les Hessois qui étaient à Glermont se portaient du côté de Bar-le- Duc. Nous avions reçu, hier au soir, le même avis de la part des administrateurs du département, et je n'en avais été nullement inquiet, parce que j'avais été le même jour (qui était hier au soir) à Glermont, et que je n'en étais revenu qu'à dix heures du soir : j'y avais appris que les Hessois se repliaient du côté de Verdun en grande hâte, et déjà nous avions dix mille hommes à Clermont.

« Dumouriez, qui s'était porté en avant, avait fait ses dispositions, et son ancienneté lui donnant le droit de commander Kellermann, il lui avait prescrit le mouvement qu'il devait faire. Ce dernier, enorgueilli d'être général en chef, ne reçoit qu'avec répugnance de tels ordres, et il se croit le maître d'agir d'après ses idées. Vous sentez, mon ami, combien il est fà-

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HISTOIRE DE LA TfiHRUUK.

cheux que des f disputes de commandement nuisent ainsi

au bien de la chose publique. Je n'ai pas hésité, j'ai fait réveiller mes collègues, et voilà la lettre que nous avons envoyée au général Kellermann :

« Général Kellermann, « C'est avec une surprise extrême que nous apprenons le ■( mouvement rétrograde que vous vous proposez de faire. Rieu « ne motive une démarche aussi étrange dans la circonstance, « et si vous donniez pour raison l'avis que vous avez reçu, que « les ennemis se portaient sur Saint-Mihiel, nous vous répon- « lirions que c'est un faux avis, dont on nous a envoyé le « double. Nous avons été liier à Clermont ; les ennemis ont pris « la fuite et font leur retraite par Verdun ; le général Oillon « est à leur poursuite.

■ «i 11 serait bien étonnant qu'au moment de terminer la cam- « pagne la plus brillante , le mouvement que vous vous propo- (( se/, de faire pût faire en un moment changer tontes les espé- « rances que nous donne la situation des ennemis. Nous ne ii. pouvons vous cacher que le général Dumouriez, par son an- « cienneté, a le droit de vous commander et que vous ne pouvez « opérer aucune séparation sans ses ordres positifs. Lacircon- « stance est trop urgente pour ne pas vous déclarer, au nom de « la patrie, que nous vous rendons personnellement responsable « do mouvement que vous allez opérer et que nous vous ordon- « nons, au nom de la Convention nationale, d'obéir aux: difle- « rents ordres que vous recevrez du général Dumouriez, et de « reprendre votre posiiion , si vous l'avez quittée.

h Les commissaires de la Convention nationale. »

« Vous jugez, mon ami, combien il était instant de prendre une mesure vigoureuse. Nous avons peut-être outre-passé nos pouvoirs ; mais a ma conscience et à mon amour pour le bien public, j'ai cru que c'était une de ces circonstances où un sot ne fait rien de bien.

a Carra et Prieur sont allés cette nuit au camp de Kellermann ; il m'a été impossible d'y aller -, j'avais été hier jusqu'à Clermont et je n'étais rentré qu'à dix heures du soir avec une

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NOTES

attaque de goutte affreuse; à leur retour, je verrai s'il faut rendre compte de ce détail à la Convention nationale; faites part de ce détail à nos vrais amis.

« Nous venons d'apprendre les grandes victoires de Custine et vous ne tarderez pas à apprendre que tous ces coquins-là sont partis. — Mon cher ami, il n'y a pas deux partis à prendre ; il faut donner à Dumouriez le grade de maréchal de France qui ôte tout prétexte de division entre les chefs; lui seul a tenu tôte à toutes les opinions différentes» et le résultat est qu'il a sauvé la France et fait la plus savante campagne que jamais général ait faite. Il faut promptement décider cette querelle et que toutes les petites rivalités cessent.

■i Arthur Dillon va à merveille; il les saboule dans leur retraite; hier, il a tué trente hommes et fait quelques prisonniers.

<i On assure que Verdun est évacué; cependant nous n'en avons encore aucune nouvelle positive-, le fait est très-probable. Dumouriez va sons peu de jours assiéger Longwy; il a demandé de la grosse artillerie à Metz, elle est en route.

« Leur retraite, leur séjour en France, leur coûtera plus de trente mille hommes. Vive la République française ! Je vous embrasse de tout mon cœur.

« Sillery. »

« Westermann 1 vous rendra à peu près un pareil compte et vous fera sentir la nécessité de donner à Dumouriez un grade qui ôte tout prétexte de lui désobéir. J'espère que Carra et Prieur auront arrangé cette affaire à l'amiable ; car, sans cela, ils sont décidés à agir avec, autorité, le bien public l'exige.

1. Vraisemblablement Westermann porta lui-même la lettre de Sillery à Péiion, car, par une note qui se trouve à la fin du Moniteur, n" 280, on voit que Westermann arriva le S octobre au matin à Paris; il avait fait diligence, puisque nous venons de le voir dater une lettre de Sainte- M eue Itou M, 3 octobre. Westermann faisait a chaque instant la route de Sainte-AIenchould a Parts et de Paris à Saintc-Metiehould. Nous avons constaté sa présence à Paris le 26 septembre (Moniteur, 11*272); nous la constatons de nouveau le 5 octobre (Moniteur, n" 280); dans l'intervalle, il avait été diner chez le roi de Prusse, et (inruicr (luolques coups de sabre à l'avant-garde de Benrnonville.

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HISTOIRE l>E LA TKIlItEUU.

« Ne rendez pas ma lettre publique surcette querelle. Prieur et Carra reviennent du camp de Kellermann; les généraux sont d'accord, mais je n'en persiste pas moins à demander que Ditmouriez commande le tout. Ne parlez de rien de ce qui est contenu dans celle lettre, qui est pour vous seul. — Montrez-la à Gensonné. »

lieumonvillc à Dumouriez.

u Au quartier général, àMarcq, le 5 octobre 1702, l'an v de la République.

« Pont* calmer vos inquiétudes sur le sort de vos enfants, mon cher général, je vous dirai où je suis, ce que je possède, et en jetant après un coup d'œil sur votre carte vous verrez que je serai votre avant-garde par quel trou il vous plaira passer la chaîne du précipice (sic) et que je suis parfaitement en mesure pour vous la faire passer avec sécurité.

« Mes vedettes sont à portée de fusil des vedettes ennemies. J'ai fait un pont avec des charrettes, que j'ai consolidé sur l'Aire.

a Je veux faire suivre l'ennemi pour lui prendre jusqu'aux semelles de ses souliers, qu'il laissera dans les boues, par le temps affreux qu'il fait. Du reste j'ai une position, la plus défensive. Ma retraite est sûre, et j'ai ma correspondance assurée avec le. général Dillon ; je puis enfin me porter à tous vos débouchés et vous en faciliter la sortie. Voilà, cher général, le fruit le plus essentiel, mais bien nécessaire de cette expédition infernale.

« Telle est la position de l'ennemi par rapport à son emplacement et aux entraves de sa marche : il occupe tous les espaces qui se trouvent entre Remonville, Bayonville, la cote de Chaumont,Thenorgue etSivry; mes postes avancés sont à Verpel et Sinécourt, les postes ennemis en sont à portée de fusil. Vous voyez que je fais mieux que de les observer.

« Telle a été mon expédition, et le fruit que j'en ai tiré.

« Je me suis arrêté à Condé-lez-Autry, à huit heures du soir.

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