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« J'ai donné ordre au général Rozière de partir à minuit d'Autry avec la légion belgique et liégeoise, avec les volontaires de Cambray et cinq compagnies des volontaires de Paris, suivis de six cents chevaux des chasseurs et hussards du 6e régiment, sous les ordres de l'excellent capitaine Zunig Hellemen, que vous m'avez chargé de recevoir lieutenant-colonel du 6e des hussards. Cette avant-garde de votre avant-garde a eu ordre de fouiller les bois de Marcq, les boïs de Négreraont, de se porter sur les hauteurs de Grand-Pré môme, à votre ancien camp, enfin à Grand-Pré avec prudence et précaution. Enfin, à sept heures, cette avant-garde était en possession de Grand-Pré. Elle n'a eu la peine que de tuer une douzaine de chasseurs prussiens et de mettre en fuite une cinquantaine de hussards, que l'on avait laisse's en vedette pour imposer; on en' a pris onze, qui demandent à s'enrôler dans les Belges, et j'y ai consenti.
« le n'ai pu faire usage de mon infanterie, elle a mis huit heures pour faire deux lieues.
« Il y a des bataillons qui n'ont pas eu le pain depuis deux jours, il était dû à tous aujourd'hui; il pleut, il fait un temps abominable, leurs tentes sont restées au milieu des bois; ils vont passer la nuit sous les haies; je leur ai dit que l'ennemi fuyait et était plus mal qu'eux; si je les écoutais, nous irions l'ensevelir dans la boue.
« Quant aux captures, cela se borne à une trentaine de chevaux, à quelques voitures, à une vingtaine de prisonniers, à une douzaine de tués et à cent vingt moribonds du flux de sang chargés sur une vingtaine de voitures de nos paysans, et que je leur ai envoyés plutôt que de conserver la peste chez nous.
« J'ai cependant observé à M. ftfansteïn, dans la lettre que le trompette lui a portée, que vous n'aviez pas eu lort de prévoir les difficultés qui pouvaient résulter de la retraite de l'armée prussienne; si j'étais arrivé un peu plus matin, j'aurais pu prendre cent voitures de pareils malades, et un tel convoi aurait été tris-embarrassant. Je me suis porté avec douze cents chevaux sur Champigneulle; en arrivant, ne trouvant plus de pont sur l'Aire, je l'ai passée, l'eau au ventre du cheval ; j'ai fait charger les piquets et vedettes prussiens; tout s'est replié sur le camp que j'ai trouvé très-grand; j'ai fait placer mes
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HISTOIKH DR LA TEHBEUK.
vedeties, qui ont été respectées. Ce soir on veillera exactement.
« Malgré les circonstances fâcheuses du temps, la retraite de l'ennemi s'est faite dans le plus grand ordre; l'armée campée avant-hier entre Termes et Grand-Pré est venue camper entre Briquenay et Thenorgues. L'arrière-garde de douze mille hommes avec vingt-quatre pièces d'artillerie à cheval est partie de Termes à minuit, a passé à Grand- Pré à deux heures; tous les gros équipages étaient filés; alors cinquante voitures de malades sont restées en arrière, parce que l'on ne trouvait pas de chevaux; partie sont passés à deux heures à Champigneulle. Nos troupes ont trouvé les autres à sept heures, et j'ai ordonné qu'on leur laissât porter la peste à leur armée. Au demeurant ces messieurs s'en vont, je suis en mesure d'observer leurs mouvements et de vous attendre '.
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Biron à Dvmowriez.
« Strasbourg, le 4 octobre 1792.
« Je vous envoie, mon ami, copie de la lettre du général Custine, par laquelle vous verrez qu'il ne s'éloignera pas de Spire*; qu'il pourra y recevoir votre réponse, et concerter ses mouvements avec les vôtres. Nos affaires sont en bien bon train, et je crois les Autrichiens et les Prussiens également dégoûtés de venir faire la police chez nous; leurs soldats commencent à déserter beaucoup par Baie et à nous venir trouver. Le seul moyen qui nous ait réussi de leur faire passer nos décrets sur la désertion, a été de payer fort cher des gens pour les attacher la nuit dans toutes les latrines. Celui-ci n'avait pas été prévu, et il est le seul auquel les ennemis n'aient pas paré.
1. Le Moniteur, n° 283, contient en quelques lignes l'analyse de cette lettre que nous donnons tout entière.
Pour compléter le tableau de la retraite de l'armée austro-prussienne, il faut recourir aux dépêches des trois commissaires, en date des 7, 10, 13, 18, 22, 25 octobre. Moniteur, n« 283, 280, 291, '205, 300, 302.
2. On voit par cette lettre que Custine avait promis à Biron de ne pus dépasser Spire. Il tint bien mal ses promesses.
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NOTES
« Voici, mon cher Dumouriez, deux rapports d'espions ensemble, assez intéressants pour nous, et peut-être même un peu pour vous.
« Voici encore quelques décrets de désertion.
« Je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.
« But ON. »
« P. S. ftenvoyez-moi mon courrier le plus promptenient que vous pourrez, mon bon ami, et adressez en même temps au ministre de la guerre copie de la réponse que vous me ferez, pour qu'il n'y ait pas de temps perdu, et que tout puisse marcher ensemble.
« Vous communiquerez, si vous le jugez à propos, la lettre du général Gustine au général Kellermann, à 'qui je n'en adresse point de copie. »
Le général Dumouriez, commandant en chef l'armée du Nord, au <jë>iêral Biron, commandant en chef L'armée du Rhin.
« Au quartier général, à Autry,, le 6 octobre, l'au i" de la République.
« J'envoie sur-le-champ au ministre, mon cher Biron, votre lettre en original. Je vous ai mandé dernièrement quelques détails formant une espèce de précis historique de ma campagne, qui est certainement une des plus singulières que l'histoire militaire des peuples ait présentée. Depuis le 1er du mois, les Prussiens sont en déroute, et cependant ils se retirent avec un ordre que je ne peux trop louer. J'ai mis à leurs trousses Kellermann avec plus de cinquante mille hommes : nous nous séparons demain; il se porte sur Verdun, que cette armée évacue; il se porte de là sur Longwy par où ces malheureux se retirent. Leur route est jalonnée de chevaux et d'hommes morts. Les chemins sont détestables, ce qui est contre nous autant que contre eux; ils sont aiïaméset remplis de maladies; j'estime déjà leur perte effective à plus de vingt-cinq mille hommes, et je suis persuadé qu'il ne reste pas quarante mille hommes
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en état de combattre. Les paysans en assomment beaucoup. Le roi de Prusse est furieux contre les Autrichiens et les émigrés. ]] a traité Monsieur comme un nègre, et l'a chassé d'auprès de lui.
« J'espère que cela facilitera nos négociations et que je finirai par lui faire préférer l'alliance de la France à celle de la dangereuse et perfide Autriche. Je charge Kellermann d'achever sa conversion à coups de canon, et comme il n'y a plus de guerre offensive à craindre dans ce pays-ci, je fais filer, dès aprèsdemain, trente mille hommes pour aller délivrer le département du Nord; j'y marche à leur tète, et vous jugez d'avance, mon ami, que je ne compte pas m'en tenir là, et que j'espère passer mon carnaval à Bruxelles. C'est la seule récompense que je demande pour avoir sauvé la patrie.
« Entretenez dorénavant une correspondance exacte....1, c'est un brave et digne homme. On avait cherché à nous brouiller en lui soufflant la jalousie du commandement ; on n'a pas réussi et il m'aime à la folie. Voilà ce que fait la République, et ce que l'on n'aurait pas obtenu sous un roi.
« Pendant la marche de mon armée pour la Flandre, je vais faire une tournée militaire; je passerai par Paris, et je rejoindrai mes braves compagnons à Valenciennes ; je vous donnerai de mes nouvelles quand je pourrai, mais je vous aimerai tous les jours. « Dumour.ez. »
« P. S. Les détails des succès du brave Cusline nous ont infiniment réjouis. Son attaque de Spire est digne du bon temps des armées françaises, et prouvera aux Allemands combien les émigrés leur en ont imposé sur l'esprit de nos troupes; son acte de vigueur assurera la discipline, et nous rendra invincibles2. »
1. Le reste de la phrase est en blanc dans l'original; évidemment les mots que par discrétion Du mouriez a laissés au bout de sa plume sont, ceuxci': avec Kellermann.
2. Du mou riez fait ici allusion auj mesures sévères que Cusline avait prises contre les pillards de Spire (voir p. 213 de ce volume) , et qu'il se proposait d'imiter à la première occasion : ce qu'il fit quelques jours après en apprenant les meurtres de ftctlid.
NOTES
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« Mandez-lui nos succès en lui faisant nos tendres et sincères compliments. S'il n'avait affaire qu'aux troupes des cercles, je serais fâché qu'il rompît le cours de ses conquêtes ; maïs je crains qu'il n'ait sur les bras les Autrichiens, qu'il ne soit engagé à une retraite difficile, et qu'il ne finisse par être entamé, ce qui diminuerait beaucoup vos moyens de défense. Je crois donc qu'il n'est pas mal de se contenter de ce succès; qu'il vaut mieux qu'il se rapproche de vous, et qu'ensuite il concerte un bon plan d'invasion avec Kellermann, que je laisse à la tête de plus de cinquante mille hommes, qui par conséquent pourra vous rendre les cinq à six mille hommes que vous lui avez prêtés, avec lesquels vous pourrez fortifier Custine, pour lui faire faire une expédition plus solide, que les contingents de l'empire ne gêneront ni n'empêcheront. Cette expédition peut être concertée avec mon entrée dans les Pays-Bas, et avec une attaque intermédiaire de Custine, et même avec une attaque de l'armée de Montesquieu, qui doit bientôt se faire sur Genève. C'est ainsi que que nous pourrons travailler en grand, au Heu de nous livrer à des opérations partielles.
« Je vous expliquerai une autre fois cette grande idée, qui est faite pour vous plaire. »
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