MASSACRÉS A RETHEL
) Voir pape 173. } '
La procédure commencée contre les principaux auteurs et complices du meurtre commis à Hethel, le 5 octobre 179-\ sur la personne de quatre déserteurs réputés émigrés, forme un dossier très-volumineux que nous avonseu le bonheur de retrouver tout entier. Nous nous contenterons d'en donner les trois principales pièces : 1" la déclaration faite par-devant notaire par les officiers de la garde nationale qui arrêtèrent les quatre déserteurs, le 3 octobre; 2» le procès-verbal dressé par la municipalité de Hethel, le 5 octobre, quelques heures après la perpétration du crime; 3° l'attestation du président du tribunal de Hethel donnée à la décharge d'un seul des accusés, le sieur Joly, quartier-maître du baiaillon Mauconseil.
« Par-devant les notaires au ci-devant bailliage de Vitry en Vermandois, aux résidences de Rethel et Chàteau-Porcien. département des Ardennes.
■ 'i Sont comparus, Jean-Baptiste Tellier, domestique chez le
HISTOIRE DR LA TI-RRI-CR
sieur Marc-Antoine Bonnevie, maire de la municipalité de Ville-su r-Retonrne, y demeurant, et Jacques l'ennès, commandant en second de la garde nationale, demeurant à Bignicourt;
« Lesquels ont déclaré et attesté, savoir : ledit Tellier que, étant dans la rue à Ville, il a aperçu quatre chasseurs des armées étrangères, montés chacun sur un cheval et avec armes et bagages, qui lui ont demandé la maison du maire dudit Ville, en lui disant qu'ils étaient patriotes, et qu'ils venaient pour se rendre et s'engager dans les armées françaises; et lesdits Pennes et Tellier ont attesté l'un et l'autre que lesdits chasseurs ont remis entre leurs mains leurs armes pour prouver la sincérité de leurs déclarations, et les ont engagés, ainsi que la garde nationale d'Annetles, de les accompagner jusqu'à Rethel, où ils voulaient prendre l'engagement de servir la France ; que les comparants les ont effectivement accompagnés en ladite ville de Rethel avec la garde nationale d'Annelles; qu'arrivés au district de Rethel avec lesdits quatre chasseurs, ils ont remis à ces derniers, du consentement du Directoire, les armes qui leur avaient été confiées; que lesdits quatre chasseurs leur ont dit qu'ils venaient de déserter du régiment des chasseurs impériaux russes, qui passaient à Bourg ; qu'ils se nommaientBonneville, Dusellier, Jacques Gotier et Devatix' ; qu'ils étaient tous les quatre Français, qu'ils venaient se ranger' sous l'étendard de la République française ; desquelles déclarations ledit Bonneville, aussi présent, a requis acte, que nous lui avons accordé. Fait et passé aujourd'hui 3 octobre 1792, an î" de la République française !. »
1. Ces quatre malheureux étaient tous très-jeunes ; d'après leurs actes d'engagement, Dusellier était àgù 'lu virijit et un ans ; Jacques Cotier, de viuglsixans; Dcvaux, de dix-neuf ans; Bonneville «tait un peu plus âgé, il avait servi quelque temps dans le G" chasseurs, en qualité d'élève chirurgien.
2. Cette pièce est donnée par le Journal des Débats et Décrets, n" 59, p. 540 et 541, séance du 18 octobre. Elle est simplement analysée, dans le compte rendu de la même séance, par le Moniteur, n° 293.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
NOTES
Extrait rftt registre des délibérations dit conseil permanent de la municipalité de Retliel, du 5 octobre 1792.
« La municipalité, instruite que quatre soldais de la légion des impériaux russes, qui avaient été amenés au district de Rethel le 3 courant, comme déserteurs de l'armée ennemie, et dont trois s'étaient engagés le même jour au service de la République, dans le 10" régiment de dragons, avaient été saisis dans la nuit par Palloy, commandant d'un bataillon, et par quelques volontaires de l'armée du général Chazot, qui logeait ce jour à Rethel, conduits par eux, d'après les ordres et en présence de Palloy, à un de leurs corps de garde, où ils ont passé le reste de la nuit;
« Instruits que le général, ayant été averti de l'arrestation de ces quatre déserteurs, avait de suite fait battre la générale et donné des ordres à son aide de camp pour les faire conduire en prison et les soustraire à la fureur de ces volontaires; mais que ses ordres n'avaient pu être exécutés ; que les volontaires les avaient transférés au domicile du général, à qui ils demandaient la tête de ces quatre hommes; qu'il y avait un assez grand nombre de volontaires attroupés ; que le citoyen Chazot, parlant avec fermeté au nom, de la loi, n'était pas respecté, que même on entendait des menaces contre lui, dans le cas où il parviendrait à sauver ces quatre hommes de la fureur des volontaires;
« Une partie de la municipalité, au milieu des embarras que lui occasionnait la distribution de la viande et du pain à l'armée, attendu qu'il n"y avait point de commissaire des guerres, et qu'elle n'avait pas été prévenue de l'arrivée de celte colonne, s'est transportée au lieu de l'attroupement, grossi alors de plusieurs hommes, femmes et enfants, tant de la ville que de la campagne, où elle réunit ses efforts à ceux du général pour le dissiper. Elle crut y parvenir en instruisant les volontaires présents des détails de la désertion de ces quatre hommes, qui s'étaient rendus à un commandant de garde na-
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tionale d'un village voisin de Rethel, qui, en les amenant en cette ville, avait attesté le fait aux membres du district, et enfin en invitant ces volontaires à se rendre aux derniers ordres du général, qui demandait que ces quatre hommes Cussentconduils au conseil de guerre à Mézîères, pour y être jugés .suivant la loi. Pour toute réponse, on n'entendit que des cris de fureur: Noire jugement est ou bout de noire sabre! A l'instant, la garde est forcée par des volontaires ; ces quatre malheureux sont arrachés de la maison où ils étaient détenus, traînés sur la place de la maison commune et massacrés.
■ n Le général faisait alors battre le rappel : il partait luimême, parce que le maire venait de lui faire passer l'avis qu'il recevait à l'instant de la municipalité de Saulcè-aux-Bois, que l'ennemi se montrait à deux lieues de la ville sur le chemin qu'il avait à faire, et déjà le 38e régiment d'infanterie, qui était de sa brigade, avait pris les devants ; cet avis avait même été lu à haute voix, dans la rue, au milieu de l'attroupement des volontaires, par le général et par le citoyen chez lequel il était logé, mais sans succès, et ces forcenés ne voulurent joindre leur drapeau qu'après avoir assouvi leur fureur. Dont et de quoi nous avons dressé procès- verbal, ce b octobre t"792 .
« Signé au registre :
<( Brulé-Brulé, Miroy - Destournelles , Leroy le jeune. Potier, Clayevîdie , Deoèves, Bigot, Jhstinart, Demeaux, procureur de la commune, et Lanbiiâgin le jeune, maire '. »
« Nous, Nicolas Nobiet, président du tribunal du district de Rethel, certifions et attestons que les quatre malheureux déserteurs ont été mis à mort sur la place de la maison commune de cette ville. Un officier d'un des bataillons qui étaient arrivés la veille en ladite ville, et que j'ai appris depuis être le
1. Ce procès -verbal est donné par Marat lui-même, dans Is n° XXV du Journal de la République-
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NOTBS.
citoyen Joly, quartier-maître du bataillon de MauconseiJ, est venu me trouver vers les huit heures du matin, accompagné du citoyen Chantrart, premier grenadier dans l'une des compagnies de la garde nationale de la même ville, pour m'engager à me rendre sur-le-champ à la place de la maison commune, à l'effet de juger quatre innocents, que ma présence soustrairait peut-être au sort dont iis étaient menacés ; que ma réponse a été de lui détailler les raisons qui ne me permettaient pas. de déférer à sa demande, en lui exposant, entre autres choses, que tout ce que je pouvais faire était de requérir que les quatre particuliers dont il s'agissait fussent constitués prisonniers ; que ledit sieur Joly ayant insisté sur mon transport, j'étais prêt àsortir, lorsque environ quatre minutes après on est venu nous annoncer que ces quatre particuliers venaient d'être massacrés à coups de sabre et de baïonnette, que cette boucherie a été exercée en l'absence du citoyen Joly et avant qu'il soit retourné sur la place de la maison commune.
« Noblet.
« Le 28 octobre -1702 i. »
Deux jours après que la Convention, après avoir entendu les accusations de Marat contre Dumouriez et Chazot, eut fait justice des allégations de l'Ami du peuple en passant dédaigneusement à l'ordre du jour (voir page 189 et suivantes de cè volume), la section Mauconseil vint (le 20 octobre) présenter à la barre de l'Assemblée une adresse dans laquelle elle demandait : i* qu'il fût sursis à toute procédure contre les soldats de son bataillon ; 2* que les accusés fussent conduits à Paris «pour y être jugés, là et non ailleurs, sauf à prendre par la suite telles voies que de raison contre les généraux eux-mêmes, s'ils étaient convaincus d'avoir prévariqué dans des fonctions qui, motivées sur la confiance publique, ne les rendaient que plus coupables, s'ils en avaient indignement abusé. »
Déjà cette section avait envoyé de sa propre autorité dans le département des Ardennes des commissaires pour faire une enquête sur les faits qui s'étaient passés à Rethel le 5 octobre. Ces commissaires se rendirent dans cette ville, dans les villages