LIVRE XIV
Dubois-Crancé, ex-constituant, qui alors était attaché h l'état-major de l'armée du Midi, obtint les suffrages du Var, des Bouches-du- Rhône et de l'Isère, où se trouvait cantonnée cette armée; les Ardennes, son pays natal, lui décernèrent un quatrième mandat, qu'il accepta1.
Condorcet fut, comme Dubois-Crancé, honoré d'une quadruple élection dans la Sarthe, l'Aisne, la Loire et l'Eure. Brissot et lui étaient députés de Paris à la Législative. Mais leur influence, qui était considérable en 1791 dans la capitale , avait fort diminué en 1792 ; ils ne purent ni l'un ni l'autre se faire réélire par leurs anciens électeurs. Brissot en fut consolé par les suffrages d'Eureet-Loir, de l'Eure et du Loiret. Pétion, qui n'avait plus voulu .courir les chances de la députa tion parisienne depuis qu'il n'avait pas été le premier élu, ne reçut qu'un seul mandat, celui de Chartres, sa patrie.
Robespierre fut élu à Arras en même temps qu'à Paris, Sieyès dans l'Orne et dans la Sarthe, Merlin (de Thïonville) daas la Moselle, son pays natal, et dans la Somme, où il était en mission; Héraut-Séchelles, Gorsas et Barrère furent également nommés deux fois.
De tous les départements celui qui se montra le moins disposé a choisir ses mandataires dans son propre sein,
•t. L'option fie Dubois-Crancé pour les Ardennes laissa une place vacante dans la députa (ion du Var. Le suppléant, qui en profila, fut le fameux Barras, alors parfaitement inconnu : ainsi, celui qui plus tard devait jouer un si grand rôle pendant tout le règne du Directoire, celui qui pendant cinq ans en fui le membre inamovible, n'entra à la Convention que par hasard.
fut certainement celui de Seine-et-Oise. Sur les quatorze députes qui furent nommés par le corps électoral de ce département, cinq seulement lui appartenaient en propre et étaient assez obscurs ; les neuf autres étaient empruntés aux célébrités de la capitale, savoir : Treilhard, député de Paris à l'Assemblée constituante; Kersaint et Héraut-Séchclles, députés de la même ville à la Législative; trois journalistes, Mercier, l'auteur du Tableau de Paris, Corsas, le rédacteur du Courrier des départements s et Audouin, qui publiait le Journal universel; Tallïen, le fameux secrétaire de la commune insurrectionnelle dont, pour un mot imprudent, Robespierre avait fait échouer la candidature à Paris ; Marie-Joseph Chénier, l'auteur de Charles IX (ainsi le désigne le procès-verbal) , et enfin Dupuis, l'auteur de l'Origine des cultes.
Cette manie d'élire des individus sans les connaître produisit un curieux incident qui prit naissance dans l'assemblée électorale de l'Oise et se termina dans la salle des Jacobins de Paris. L'Oise avait choisi pour douzième et dernier député un sieur Bourdon, qualifié dans le procès-verbal de vainqueur de la Bastille et de membre de la Commune de Paris. Or, parmi les démagogues parisiens, il y avait deux Bourdon : Léonard, instituteur, et Louis-François, ex-procureur au Châtelet. Lorsqu'on apprit qu'un Bourdon avait été élu député dans l'Oise, les deux homonymes, l'un et l'autre membres du corps électoral parisien, réclamèrent à la Ibis le bénéfice de cette nomination. Ils s'accablèrent mutuellement des récriminations les plus vives et fatiguèrent leurs auditeurs du pompeux étalage de tous les titres qu'ils prétendaient
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France