LIVRE XIV
avoir au suffrage du peuple. Ils faisaient surtout valoir : Léonard, son élection au tribunal du 17 août, la mission de confiance dont Danton l'avait honoré en l'envoyant récemment à Orléans préparer le départ des accusés de la haute cour, sa nomination récente aux fonctions de substitut du procureur de la Commune ; Louis-François, les services qu'il avait rendus à la patrie en se mettant à la tête des volontaires qui avaient dépouillé de ses merveilles le château de Chantilly et en allant au-devant des Marseillais dans les premiers jours d'août. La querelle menaçait de s'envenimer et de produire un scandale dont commençaient à rire les gens mai intentionnés. Des amis communs s'interposèrent entre ces deux citoyens si bien faits pour s'entendre. Léonard Bourdon, qui avait appartenu à la section du Finistère, avant d'être le meneur de celle des Gravilliers, avait oublié de rendre compte de l'argent qui lui avait été confié par ses anciens commettants pour des achats de grains; une accusation de malversation , lancée par eux , et qui lui mérita même d'être chassé de l'assemblée électorale parisienne1, vint
i. C'est le 43 septembre qu'eut, lieu l'exclusion de Léonard Bourdon du sein de l'assemblée électorale séant aux Jacobins.
Le io septembre {Moniteur, p. lOOo), la section des Gravilliers envoie à la barre de la Législative une députation « pour se plaindre des intrigues qui agitent le corps électoral, dans lequel l'envie s'arme impunément de la calomnie contre les citoyens vertueux et patriotes qui ne partagent pas les fureurs de quelques factieux. M. Léonard Bourdon, électeur de cette section, l'un des représentants de la commune de Paris, et député a la Convention par les départements de l'Oise cl du Loiret, vient d'être exclu de l'assemblée électorale par l'effet de ces intrigues. La section demande justice en faveur de ce
fort à propos lui faire comprendre combien il avait intérêt à ne pas trop éveiller l'attention publique sur ses antécédents. D'un autre côté, il apprit que, grâce à l'influence de son ami Lombard-Lachaux , le maire d'Orléans, il avait été élu par le Loiret. Il renonça donc de bonne grâce au vain honneur d'une double élection et remit entre les mains de Louis- François Bourdon le procès-verbal, si peu explicite, de l'élection de l'Oise. Louis-François s'en servit pour se l'aire reconnaître comme représentant d'une population qui n'avait peutêtre jamais songé à l'élire. Afin de mieux prendre possession d'un mandat fort contestable, il ajouta à son nom celui du département, auquel il s'était si singulièrement imposé; il devint ainsi le fameux Bourdon (de l'Oise) dont le nom est resté inscrit en caractères sanglants dans les fastes révolutionnaires.
La Convention, comme la Législative, devait compter 7f|9 membres1. Parmi les conventionnels, 75 avaient
citoyen qui ;t consl^miiinnL montré le juiiriotismc le plus pur et est le principal auteur de la révolution du iO août. » — Lecointe-Puyraveau et Cambon s'élèvent contre cette exclusion, « qui est de nature, disent-ils, à infecter d'un vice radical toutes les opérations de l'assemblée électorale postérieures a. cet acte. » Cambon ajoute que ce sera à la Convention à connaître de la pétition des Gravilliers,
L'incident n'eut pas de suites. Au sein de la Convention, les opérations de l'assemblée parisienne ne furent attaquées ni pour les élections faites avant le -là septembre ni pour celles fuites après, et Léonard Bourdon fut admis sans s'être justifié de la grave accusation qui pesait sur lui.
1 . Sans compter les représentants des colonies et des déparlemenfs annexés qui vinrent successivement siéger pendant la durée du règne conventionnel.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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fait partie de la Constituante et 1S3 de la secoûde Assemblée nationale1.
En parcourant la liste des dépotés à la Convention, on est étonné de trouver des députations tout entières composées de dix à douze individus, dont pas un n'a laissé un souvenir dans la mémoire des hommes; tant, au sein de la redoutable assemblée, on sentait le besoin de s'effacer et de cacher sa propre individualité.
Les conventionnels furent recrutés en grande majorité dans les administrations départementales, qui renfermaient elles-mêmes beaucoup de propriétaires et d'hommes de loi. Au milieu d'eux se trouvaient un assez grand nombre d'officiers ayant appartenu à l'ancienne armée et surtout aux corps privilégiés, mousquetaires et gardes du corps; quelques-uns de ceux-ci étaient même titrés, ce fut pour eux une raison de plus de faire preuve d'ardent républicanisme.
Le clergé constitutionnel était aussi très-largement représenté : 17 évêques, 6 vicaires généraux, 25 curés ou simples prêtres vinrent, dès le début de la session, siéger dans cette assemblée, dont l'un des premiers actes devait être d'envoyer à l'échafaud le roi très-chrétien2.
4. On trouvera à la fin de co volume la liste dos 75 membres de l'Assemblée constituante et des 4 83 membres de l'Assemblée législative qui vinrent siéger ie 20 septembre à la Convention.
2. Sept ministres protestants figuraient aussi dans les rangs des conventionnels.
On trouvera à la fin de ce volume la nomenclature des quarantehuit ecclésiastiques et des sept ministres protestants qui faisaient partie de la Convention à son début.
La Législative ne comptait dans son sein que vingt-trois ecclésiastiques, dont onze évèques.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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