LIVRE XV
L'un des anciens présidents de l'Assemblée législative qui, pour des raisons de santé, avait déclaré ne pas vouloir accepter un nouveau mandat, François (de Neufchâteau), occupait le fauteuil et n'attendait que la notification de la Convention pour déclarer à ses collègues que leur mission était' terminée. Cette déclaration faite solennellement, les ex-députés sortent avec leur président et se rendent aux Tuileries pour saluer la souveraineté populaire dans la personne de ses nouveaux représentants.
En ce moment la Convention délibérait sur un objet qui concernait justement l'assemblée dont le mandat venait d'expirer. On- avait proposé de voter des remercîments à la Législative comme celle-ci en avait voté à la Constituante, lorsqu'elle l'avait remplacée : « En faisant leurs efforts pour assurer le triomphe de la liberté, s'écrie un nouveau député, nos prédécesseurs n'ont fait que remplir leur devoir. » La proposition est écarlée par la question préalable.
Ainsi la malheureuse assemblée, qui occupe dans l'histoire une si triste place entre la Constituante et la Convention, après avoir, pendant un an, traîné une existence bien peu digne d'envie, devait mourir sans même emporter dans la tombe le banal hommage d'un regret officiel.
François de Neufchâteau, introduit dans la salle des Cent-Snisses, donne l'accolade fraternelle à Pétion , qui
quelques jours avant d'être décimée en la personne des girondins* (31 niai 1793]. La demeure royale porta malheur à ceux qui avaient renversé le trône de Louis XVI.
la lui rend ; puis, dans deux discours d'apparat, l'ancien et le nouveau président promettent aux Français, le premier, « que la nouvelle Assemblée va inaugurer le règne des lois, de la liberté et de la pais ; » le second, « que ses collègues et lui sont disposés à fouler aux pieds toutes les petites passions qui dégradent l'homme, toutes les prétentions méprisables de la jalousie et de l'orgueil.» Les deux orateurs, il faut en convenir, n'étaient pas meilleurs prophètes l'un que l'autre.
Cet échange d'embrassades et de harangues officielles étant terminé, les membres de la nouvelle assemblée quittent les Tuileries, leur président en lêVe, et se dirigent à travers le jardin vers la salle du Manège.
A leur entrée, les tribunes font entendre plusieurs salves d'applaudissements. Mais à l'enthousiasme succède l'étonnement, lorsque les spectateurs habituels s'aperçoivent qu'un changement considérable s'opère dans la prise de possession des sièges placés des deux côtés du fauteuil présidentiel. Les anciens membres de la Législative qui marchent sous la bannière de Brissot. de Vergniaud et autres chefs de la Gironde, se dirigent non plus vers les bancs de la gauche, qu'ils occupaient jadis, mais vers la droite, à la place où siégeaient quelques jours auparavant les derniers défenseurs de la Constitution de .179:1., les Jaucourt, les Girardin. les Mathieu Dumas, les fleugnot. Ils veulent marquer par ce changement de place le changement qui va s'opérer dans leur politique. Pour eux, il ne s'agit plus de détruire, il faut édifier; il ne s'agit plus de pousser les masses en avant, il faut les retenir, il faut, en un mot,