LIVRE XIV
moires, eafia saisit, parmi les richesses royales entassées, tout ce qui se trouvait d'uu transport facile*.
4 . Montagnards et Girondins se renvoyèrent, à l'occasion do ce vol, les accusations les plus acrimonieuses et les plus mal fondées. Les Girondins prétendirent que leurs adversaires l'avaient fait exécuter par leurs affidés pour solder ce qui était dû aux assassins de septembre. Nous avons prouvé dans le volume précédent qu'ils n'avaient pas besoin de recourir à ce moyen pour se procurer de l'argent. Les visites domiciliaires et les violations de dépôts les avaient nantis de tout ce qui pouvait leur èlre nécessaire à cet égard. Ma rat et ses amis lancèrent de leur côté des insinuations contre la probité de Roland qui, comme ministre de l'intérieur, avait le garde-meuble sous sa responsabilité. Quelques-uns des voleurs et de leurs complices furent arrêtés et jugés par le tribunal du 17 août. Les débats prouvèrent (nous en avons eu toutes les pièces entre les mains) qu'il avait été tout simplement commis par des individus sortis récemment des prisons et qui avaient voulu fêter leur délivrance par une audacieuse déprédation. Plusieurs condamnations à mort furent, prononcées, parce que, d'après les déclarations du jury, le vol devait être considéré comme le résultat d'une conspiration tendant à spolier la République à force ouverte. Huit au moins des condamnés furent exécutés entre le 46 octobre et le 44 novembre 4792.
Tant que dura la Terreur, les démagogues parurent attribuer une grande importance à ce que le vol du garde-meuble ne cessât pas d'être considéré comme une affaire politique. C'est pourquoi ie tribunal criminel de Paris refusa, en prairial an n, déjuger un nommé Duvivier, ancien commis du ministère de la guerre) accusé de complicité dans la soustraction d'un chétif mobilier, marqué aux armes royales. Ce malheureux fut renvoyé devant le tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort, comme « convaincu d'avoir aidé et facilité le vol fait, en 4792, au garde-meuble, des diamants de la Couronne, pour fournir de secours aux ennemis coalisés contre la France. » Ce qui était matériellement faux, puisque, d'après les pièces du procès, Duvivier n'avait eu aucune espèce de rapport avec les voleurs du 17 septembre, et que les objets dont il s'était trouvé détenteur n'étaient rien moins que des diamants, mais bien une couchette et des matelas!
Le trouble et la confusion n'étaient pas seulement dans la rue, ils étaient aussi et plus encore dans les esprits. La presse, dont la mission sainement entendue est de défendre le faible et l'opprimé, d'éclairer les masses et d'adoucir les mœurs, n'était pas même restée muette et atterrée comme l'immense majorité de la population parisienne; elle avait applaudi aux massacres, elle avait cherché des excuses, des justifications aux crimes qui s'étaient perpétrés sous ses yeux. Les journaux girondins, pour la plupart, ne se montrèrent pas moins lâches à l'égard des assassins, pas moins infâmes à l'égard des victimes que les feuilles de Marat et de ses imitateurs. Ils croyaient qu'en flattant les passions de la tourbe ils conserveraient cette popularité qu'ils s'étaient acquise en déblatérant à tout propos contre les royalistes et les constitutionnels, cette popularité que de nouveaux venus leur disputaient déjà et allaient bientôt leur ravir1.
Cependant l'Assemblée législative semblait avoir honte d'elle-même; elle commençait à comprendre qu'elle avait failli à son devoir le plus sacré en n'allant pas se présenter tout entière aux égorgeurs et les adjurer
1. Nous avons réuni à la (in du volume les jugements émis sur les journées de septembre par les journaux du temps et par quelques contemporains illustres. Nous avons voulu ainsi fournir à nos lecteurs !e moyen de juger entre notre opinion et celle des hommes qui oui cru devoir excuser ces exécrables événements.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France