LIVRE XIV
d'inaugurer, par le meurtre en masse de la représentation nationale, le triomphe de l'anarchie et l'anéantissement de toutes les lois divines et humaines- Ayant conscience de la tache éternelle qui, aux yeux de l'histoire, devait souiller les derniers mois de son existence, elle gardait contre la Commune de Paris la rancune dont s'arme la faiblesse vis-à-vis de la violence qui l'a maîtrisée et déshonorée. Cette rancune, elle attendait pour l'exhaler une occasion favorable; l'initiative de quelques citoyens courageux ne tarda pas à la faire naitre.
Plusieurs sections, où les honnêtes gens étaient parvenus à. ressaisir la majorité, se déclarèrent, dans des délibérations solennelles, prêtes à suppléer par ellesmêmes à l'impuissance des autorités pour le maintien de l'ordre et le rétablissement de la sécurité publique. Elles proposèrent de former, entre elles et en dehors de toute organisation municipale, une confédération dans le but de se garantir mutuellement contre le retour des saturnales qui venaient d'ensanglanter Paris. Elles prirent sous leur protection spéciale les signataires des pétitions des huit mille et des vingt mille, auxquels chaque* jour les ultra-révolutionnaires prédisaient le sort des malheureux prisonniers de la Force et de l'Abbaye; elles demandèrent qu'il fût fait un auto-da-fé des originaux de ces pétitions, qui avaient été déposés à l'Assemblée nationale.
Les sections du Mail, du Marais et des Lombards, qui eurent l'initiative de cette mesure, s'adressèrent en même temps à la Législative et à la Commune; mais leur pétition reçut de ces deux autorités un accueil bien
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différent. Le conseil général, fidèle aux inspirations de son oracle Robespierre, refusa net d'y faire droit, parce qu'il était imprudent (ce sont les termes mêmes du procès-verbal) de se laisser aller à un tolérantisme capable de perdre la chose publique. La Législative, au contraire;, sur la proposition du montagnard Choudieu et des girondins Larivière et Brissot, rendit le décret suivant:
n L'Assemblée nationale, considérant qu'au moment « où tous les Français prennent les armes pour la défi fense de la liberté et de l'égalité, tous les sentiments « doivent se confondre dans le seul amour de la patrie, et « les haines particulières s'anéantir, décrète que l'origi- <t nal de la pétition dite des vingt mille, et celui de la « pétition dite des huit mille, et autres pétitions sem- « blables, seront brûlés.
« L'Assemblée nationale invite tous les citoyens qui « auront ces listes imprimées à les anéantir, et déclare a ennemis de l'union fraternelle qui doit régner désor- « mais entre tous les Français ceux qui voudraient « donner quelque effet à ces listes. »
Mais cet appel à l'oubli et à l'union fut peu entendu. De nombreux exemplaires des fatales pétitions se conservèrent dans les archives de la démagogie ; elles se retrouvèrent plus tard pour servir de listes de proscription contre ceux qui avaient eu la naïveté de croire à l'amnistie solennellement décrétée par la Législative.
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