‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 31 sur 236 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

qu'afin de consommer la régénération sociale, il faut abolir immédiatement toutes les conditions d'éligibilité pour les fonctions de juges, et reconnaître que tous les citoyens français sont aptes à rendre la justice et à faire l'application des lois civiles et criminelles. « Ceux qui se sont fait un état de juger les hommes, ajoute-t-il, étaient comme les prêtres : les uns et les autres ont éternellement trompé le peuple. En fait, les juges existants ont excité des suspicions légitimes en pétitionnant contre les sociétés populaires, en signant des adresses flagorneuses au pouvoir exécutif. Les preuves de leur incivisme, adressées à Dejoly, ministre de la tyrannie, sont arrivées à son successeur, à moi, le ministre du peuple. »

Cette idée est appuyée par Léonard Bourdon , Billaud-Varennes et Osselin; elle est énergiquement combattue par deux anciens constituants, Chasset et Lanjuinais, qui avouent n'être pas encore habitués à voir emporter d'assaut des résolutions aussi graves.

« On veut donc tout désorganiser, s'écrie Chasset, on veut donc nous jeter dans l'anarchie? Savez-vous à quelles folies conduirait l'ignorance absolue des citoyens que le suffrage populaire pourrait installer dans les postes les plus élevés ?

« L'Assemblée, ajoute Lanjuinais, veut-elle donc faire des lois à l'heure et à la minute? Il ne suffît pas de détruire : l'essentiel est de créer. »

Mais c'est en vain que des voix isolées se font entendre, la Convention décrète :

« Que tous les corps administratifs, municipaux et judiciaires seront renouvelés, et que les juges pourront

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

être choisis indistinctement parmi tous les citoyens *. »

Cette discussion avait démontré la nécessité absolue de faire un règlement pour la tenue des séances. Lanjuinais, en signalant les dangers de la précipitation avec laquelle avait été accueillie la proposition de Danton, avait fait entendre à ses collègues de dures vérités : « Nous périssons avant que de naître, avaii-il dit, si nous ne faisons pas un règlement ; prenez-y garde, si vous ne mûrissez pas vos lois, on les méprisera et on vous méprisera vous-mêmes. »

Grâce à l'insistance du député breton , la Convention décréta, dans sa séance du 22 au soir, la création d'une commission chargée d'élaborer un règlement et de proposer la division de l'Assemblée en divers comités2.

Roland avait été élu représentant du peuple par le département de la Somme, et il aurait pu à la rigueur venir, comme Danton, siéger dès la première séance au sein de la Convention nationale. Mais son élection donnait lieu à quelque contestation â, et, dans l'incerti-

1. Grâce à ce décret, les tribunaux civils et criminels furent bientôt peuplés de citoyens ignorant les plus simples procédés de la justice et sachant souvent à peine lire et signer leur nom.

2. On trouvera à la fin de ce volume une note indiquant les principaux articles de ce règlement et les attributions des comités.

3. Le département de la Somme avait droit d'élire treize députés. Le 12 septembre; il avait épuisé ce droit par une série de nominations

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