LIVRE XV
tude, il ne savait s'il devait opter pour le mandat populaire ou pour le portefeuille de l'intérieur. Sa femme, naturellement, le pressait fort de conserver le ministère où, restant dans la pénombre, elle pouvait projeter sur lui le reflet de sa grâce et de son esprit, et par un
régulières et avait notifié ses choix au président de l'Assemblée législative par une lettre officielle.
Mais, le 13, on apprit à Abbeville, où siégeait l'assemblée électorale de la Somme, que deux des élus, Carra et Merlin (de Thionville), optaient pour d'autres départements.
Le même jour plusieurs électeurs attaquèrent la validité de l'élection de deux autres députés, Hourrier-Éloï et Dufestel, anciejis administrateurs du département, qui avaient signé des protestations contre les journées du SO juin et du 40 août, et qui avaient, pour ces faits, été déclarés, par un décret de la Législative, inhabiles à remplir aucune fonction publique. Cette dénonciation parut fondée aux électeurs, qui procédèrent tout de suite à la nomination de quatre nouveaux députés, Roland fut élu le quatrième de cette nouvelle série. Son élection était valable si les deux administrateurs étaient exclus, elle avait chance de ne pas l'être s'ils étaient admis. Ceux-ci n'avaient pas passé condamnation sur l'arrêt prononcé contre eux par l'assemblée électorale de la Somme, ils avaient protesté et étaient venus à Paris soutenir leur protestation. Les montagnards, qui avaient résolu de poursuivre à outrance les signataires des protestations anticiviques, so trouvaient fort embarrassés entre le désir d'exclure les deux administrateurs de la Somme et la volonté bien arrêtée de ne pas laisser Roland venir renforcer les rangs des girondins, leurs ennemis. Leur haine contre le ministre l'emporta bien vite sur toute autre considération, et les deux signataires des pétitions anti-civiques furent admis sans conteste comme députés de la Somme. Mais l'option d'Héraut-Séchelles pour le département de Seine-et-Oise et la démission d'un autre député, nommé Delaunay de Mailly, vinrent de nouveau ouvrir des droits à Roland . et il était si bien décidé à les faire valoir que, le 26 septembre (voir le Moniteur, n° 573), il écrivait à In Convention une lettre, on il remettait son portefeuille flr ministre et
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effet d'optique le faire paraître un grand homme à ceux qui le regardaient de loin. Mais de toute manière Roland devait à la nouvelle assemblée un compte rendu de sa gestion, il le lui envoya le 23. Le rapport de l' ex-ministre de Louis XVI débutait ainsi :
« Les Français ont eu horreur les crimes des nobles, l'hypocrisie des prêtres et la tyrannie des rois; des rois ! ils n'en veulent plus. L'énergie de la nation est extrême, mais il faut qu'elle soit bien dirigée. »
Pour la diriger Roland assurait avoir employé les plus grands moyens. Lesquels? toujours ceux que mettait en -usage ce vieillard rogue et morose, habitué aux paperasseries de l'ancien régime et qui croyait avoir rempli tous ses devoirs lorsque, sous l'inspiration de sa femme, il avait libellé une belle pièce d'éloquence et l'avait fait expédier aux directoires des quatre-vingttrois départements, avec ordre de la transmettre aux autorités inférieures.
Le rapport du ministre contenait quelques allusions très-voilées aux journées de septembre et aux usurpations continuelles de la Commune. Il y était dit,
proposait pour le remplacer a le vénérable Pache. » Mais, trois jours après, Danton ayant insisté pour que la démission de son ancien collègue fut acceptée définitivement, parce que, disait-il, «la nation avait besoin de ministres qui pussent agir sans être conduits par leurs femmes, » Roland, blessé dans son amour-propre, déclara h qu'il restait à son poste de ministre, comme plus périlleux. » François (d'Albert), le premier des suppléants élus après Roland, réclama alors les droits qui lui advenaient par suite de celte détermination et siégea à la place du ministre girondin pendant toute la session conventionnelle,
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