‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 39 sur 236 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

ration patriotique qui a été tramée pour renverser le trône de Louis XVI le tyran. Alors chaque parti voulait s'appuyer sur les valeureux combattants que nous avions amenés des Bouches-du-Rhône. Rebecqui et moi avons été le point de mire de toutes les intrigues et de toutes les séductions ; on nous fit venir chez Robespierre. Là on nous dit qu'il fallait se lallïei* aux citoyens les plus populaires. Panîs nous désigna nominativement Robespierre comme l'homme vertueux qui devait être dictateur de la France. Nous lui répondîmes que les Marseillais n'abaisseraient jamais le front ni devant un roi, ni devant un dictateur. Voilà ce que je signerai et ce que je défie Robespierre de démentir. »

Après avoir ainsi démasqué celui qu'il considère comme le principal coupable, le jeune orateur s'attaque à ses complices :

« Je dénonce cette commune désorganîsatrice qui envoyait des commissaires dans toutes les parties de la République pour commander aux autres communes; qui délivrait des mandats d'arrêt contre des députés du corps législatif, contre un ministre, homme public dont la personne appartient, non pas à la ville de Paris, mais à la République entière... On ne veut pas. de dictature, mais pourquoi alors s'opposer à ce que la Convention décrète que des citoyens de tous les déparlements se réuniront pour sa sûreté et celle de Paris. Citoyens, ces oppositions seront vaines; les patriotes vous feront un rempart de leurs corps : huit cents Marseillais sont en marche pour venir concourir à la défense de cette ville étala vôtre. Marseille, qui a constamment prévenu les

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meilleurs décrels de l'Assemblée nationale, a choisi ces huit cents hommes parmi les citoyens les plus patriotes et les plus indépendants de tout besoin : leurs pères leur out donné à chacun deux pistolets, un sabre, un fusil et un assignat de 500 livres; ils sont accompagnés par deux cents hommes de cavalerie armés et équipés à leurs frais. Ils vont arriver. Les Parisiens, nous n'en doutons pas, les recevront avec fraternité. »,

Cette explication de la nouvelle que les Jacobins avaient si bien accueillie la veille, parce qu'ils ne l'avaient pas comprise, excite les murmures de l'extrême gauche; mais l'Assemblée presque tout entière éclate en applaudissements enthousiastes.

Tout à coup, de la crête de la Montagne part cette exclamation lancée d'une voix stridente : « C'est pour me dénoncer que je demande la parole I »

A ce cri, les députés se retournent, ious les yeux, se dirigent vers l'interrupteur. On voit s'agiter sur son banc un être hideux, de qui ses voisins s'écartent avec une visible répugnance, mais qui semble jouir avec volupté de l'effroi qu'il inspire. Sa tête est couverte d'un mouchoir sordide, ses lèvres livides sont contractées par un affreux, sourire , ses yeux jettent des lueurs sinistres, sa face jaunâtre respire l'audace et l'impudence, ses gestes sont convulsifs et saccadés. — « C'est M a rat, » s'écrie-t-on. On se le montre du doigt, on contemple avec une sorte de stupeur le monstre que les électeurs de Paris viennent de faire sortir de son antre pour le lancer au milieu de la Convention. Cependant, après le premier moment donné à la surprise, l'Assem-

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