LIVRE XV
et-Marne, deux députés de la municipalité de Paris, décorés de leur écharpe, sont venus dans l'assemblée électorale nous annoncer qu'il n'y avait plus de lois; que nous étions maîtres de faire ce que nous voulions, que nous étions souverains. Ils ont ensuite prêché le peuple, et le soir même quatorze têtes sont tombées. Ces municipaux, prétendus amis de la liberté, n'étaient que des incendiaires, des voleurs et des assassins1. »
Après cette avalanche de faits accablants pour la Commune et ses suppôts, Panis obtient la parole pour répondre à ce qui le concerne personnellement dans l'accusation de Barbaroux. Il oppose à son adversaire une dénégation formelle et lui demande quels sontses témoins.
« Moi, » réplique Rebecqui.
« Vous êtes son ami, objecte Panis, je vous récuse. » Alors l 'ex-administrateur de police commence un long récit tendant à expliquer comme quoi, magistrat chargé de veiller à la sûreté de la capitule et au maintien des lois, il a été la chevilla ouvrière de l'insurrection du 40 août. « Je n'ai vu, dit-il, Barbaroux que deux fois, et j'atteste que ni l'une ni l'autre je ne lui aï parlé dedic-
1. Ni les Débats ni -le Moniteur ne nomment le courageux dépujé de Seine-el-Marno qui fit cette dénonciation ; mais il est à croire # que ce député était Bailly, anc.ifn oratoni-n do Juilly. Ce qui permet celte supposition, c'est l'interruption lancée par Murât, au moment où l'orateur racontait le- massacre de Moaux, où sept prêtres avaient péri : « J'invite t'opinml ù nommer son élut. » L'Ami du peuple voulait évidemment infirmer ce témoignage en l'attribuant à une rancone de ca?te religieuse. Lo moniteur, selon son habitude, ne note pas celte interruption. Nous l'avons retrouvée dans le Journal des Débats et Décrets, p. 88, n° 7.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
lalure. Depuis plusieurs jours, je faisais de vains eflbrls pourengager les Marseillais à venir prendre possession de la caserne des Cordelîers , section du Théâtre-Français, parce que celte section me paraissait devoir être, dans les moments de danger, le point de ralliement des patriotes. Danton y présidait. J'adjurai Barbaroux de m'aïder à décider celle translation ; nous nous réunîmes un certain nombre de bons citoyens pour tramer patriotiquement le siège des Tuileries, et nous sauvâmes la patrie. Je n'ai pas revu depuis le citoyen Barbaroux, et j'atteste que je n'ai proposé ni à lui ni a d'autres la dictature de Robespierre. »
Panisse voyant écouté, grâce à l'intérêt qu'éveillent ses révélations, se déclare prêt à justifier le comité de surveillance des inculpations qui viennent d'être formulées par les précédents orateurs.
« Eh bien ! puisqu'il en est ainsi, s'écrie Brissot, qui se bâte assez maladroitement de se porter partie plaignante dans sa propre cause, pour quel motif avez- vous délivré un mandat d'arrêt contre un député? N'était-ce pas pour l'immoler avec les prisonniers de l'Abbaye? »
Panis ne s'embarrasse pas pour si peu. « On ne se reporte pas assez, reprend-il, aux circonstances terribles oii nous nous trouvions. Nous vous avons sauvés, et vous nous abreuvez de calomnies ! Voilà donc le sort de* ceux qui se sacrifient au triomphe de la liberté... Qu'on se représente notre situation: nous étions entourés de citoyens irrités des trahisons de la cour , on nous mettait le pistolet sur la gorge; nous nous sommes vus forcés de signer des mandats, moins pour notre propre