LIVRE XV
sûreté que pour celle des personnes qui nous étaient dénoncées. Un grand nombre de bons citoyens viennent nous dire que Brissot va partir pour Londres avec les preuves écrites de ses machinations; je ne croyais pas sans doute à ces inculpations, mais je ne pouvais pas répondre personnellement et sur ma tête qu'elles ne fussent pas vraies; je ne crus pouvoir mieux faire que d'envoyer chez lui des commissaires pour lui demander fraternellement communication de ses papiers. Les papiers ont prouvé l'innocence de Brissot, j'en étais convaincu d'avance. »
Certes l'impudence de Panis avait été grande; un seul homme pouvait la surpasser, un seul homme pouvait augmenter l'invincible dégoût dont l'Assemblée n'avait pu se défendre en entendant l'ancien président du comité de surveillance, l'ancien pourvoyeur de la Force et de l'Abbaye, prétendre que c'était dans l'intérêt de la sûreté personnelle des individus qu'il lançait contre eus des mandats d'amener.
 peine cet audacieux, menteur a-l-ïl quitté la tribune que Marat l'escalade et s'y cramponne. Un cri d'indignation s'élève de toutes parts ; la Convention , animée d'un sentiment presque unanime, voudrait écraser sous ses pieds le reptile venimeux qui s'étale devant elle et semble la défier. Mais Lacroix réclame le silence. « Il importe, dit-il, que l'Assemblée ne prononce que
lorsqu'elle aura tous les éclaircissements qui lui ont manqué jusqu'ici. » Le tumulte s'apaise; l'Ami du peuple promène ses yeux hagards sur les diverses parties de la salle et commence ainsi :
« J'ai dans cette assemblée un grand nombre d'ennemis personnels... »
•(Tous, tous!» s'écrie l'Assemblée presque tout entière.
« Eh bien! je les rappelle à la pudeur, continue Marat impassible, car ce" ne sont pas de vaines clameurs, des huées, des menaces que l'on doit opposer à un homme qui s'est dévoué pour la patrie. Les accusations à l'aide desquelles on a espéré jeter de la défaveur sur la députation de Paris, je les accepte, mais je les accepte pour moi seul , car Danton , Robespierre et tous les autres ont constamment improuvé l'idée de dictature et de triumvirat
« Si quelqu'un est coupable d'avoir jeté dans le public ces idées-là, c'est moi. J'appelle sur ma tête la vengeance de la nation! Maïs avant de faire tomber sur ma lêle l'opprobre ou le glaive, daignez m'entendre....
« Lorsque j'ai vu la pairie entraînée au bord de l'abîme, me ferez-vous un crime d'avoir appelé sur la tête des coupables la hache vengeresse du peuple ? A'oji, si vous l'osiez, le peuple vous démentirait ; car, obéissant à ma vqÎXj il a senti que le moyen que je lui proposais était le seul pour sauver la patrie^ et> devenu dictateur lui-même, il a su se débarrasser des traîtres. »
A celte apologie éhontée des attentats de septembre répond un long cri de réprobation. Le misérable folli-