‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 44 sur 236 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

culaire daigne à peine laisser voir qu'il s'en est aperçu :

« J'aî frémi moi-même des mouvements impétueux et désordonnés du peuple lorsque je les ai vus se prolonger; et, pour que ces mouvements ne fussent pas essentiellement vains, et qu'il ne se trouvât pas dans ta nécessité de les recommencer, j'ai demandé qu'il nommât un bon citoyen, juste et ferme, connu 'par son ardent amour de la liberté, pour diriger ses mouvements et les faire servir au salut public.

« Si l'on m'avait cru, si l'on avait créé ce dictateur, auquel, pour l'enchaîner à la patrie, je voulais qu'on mît un boulet aux. pieds et pour qui je ne demandais d'autre pouvoir que celui d'abattre des tôles criminelles, on verrait aujourd'hui la justice et la liberté établies dans nos murs. Telles sont mes opinions ; je les ai imprimées, j'y ai mis mon nom, je n'en rougis pas. Si vous n'êtes pas encore à la hauteur de m'entendre, tant pis pour vous. On m'a accusé de vues ambitieuses, mais voyezmoi et jugez-moi. »

A mesure que Marat parlait, l'indignation se changeait en mépris. La péroraison grotesque du sanguinaire boufTon provoque un immense éclat de rire.

L'Ami du peuple ne s'en émeut pas; la tête haute, il traverse la salle et va se rasseoir à son banc en bravant ses collègues du. regard et du geste. Mais à l'ignoble Therstle succède le prince des orateurs de la Gironde; Vergniaud paraît à la tribune. Pendant que le président l'invite à attendre que l'agitation se soit un peu calmée, le député de Bordeaux, abîmé dans ses réflexions, semble mesurer avec stupeur toute l'étendue de la honte qui

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IirSTOlRE Dlî LA TEIiRKUR.

vient d'être infligée à la représentation nationale. Enfin , d'une voix émue et avec un accent plein d'amertume, il débute ainsi :

« S'il est un malheur pour un représentant du peuple, c'est d'être obligé de remplacer à cette tribune un homme chargé de décrets de prise de corps qu'il n'a pas purgés. . . »

« Je m'en fais gloire ! » hurle Marat.

« Sont-ce les décrets du Châlelet dont on parle? » demande Chabot.

« Sont-ce ceux dont il a été honoré pour avoir terrassé La Fayette? » ajoute Tallien.

a ... Un homme, continue Vergniaud, contre lequel il a été lancé un décret d'accusation , et qui ose encore lever sa tête audacieuse au-dessus de la loi; un homme enfin tout dégoûtant de calomnies, de fiel et de sang. »

Puis, sans entrer dans de plus longs développements, il se prépare à donner lecture d'une pièce qu'il a déjà dénoncée il y a quelques jours à l'Assemblée législative, il déploie un exemplaire de la fameuse circulaire du comité de surveillance1. A cette vue, la Montagne réclame l'ordre du jour avec fureur, les tribunes trépignent de colère ; mais la droite et le centre appuient l'orateur du geste et de la voix. « il faut en finir, s'écrie-t-on ; il est bon de les connaître tous. »

Vergniaud relit cette page sanglante que l'on croirait datée des enfers , puis il rappelle que, le soir même des massacres, Robespierre dénonçait à la Commune le prétendu complot qui devait livrer la France à Brunswick,

1. Nous avons donné le leste de celle circulaire, t. m, p. 308.

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